C’est à Kouroussa, au cœur de la Savane guinéenne, que naquit celui qu’on prénomma Sidy Mahmoud, fils de Namory Kéita, le « Diamanati » du Hamana, et d’Aissata Traoré, une Kassounké, fille du chef de canton de Kangaba, au Mali.

Il grandit dans la concession familiale, au milieu de ses nombreux frères et sœurs, avant de rejoindre l’école coranique puis française en compagnie de sa classe d’âge, rigoureusement respectée dans la stratification sociale au Mandingue.

Ces activités académiques viennent s’ajouter aux différents jeux avec des parties en brousse et dans les eaux du majestueux Djoliba, le tout supervisé par des ainés très vigilants et sévères à la moindre faute des cadets qu’ils préparent déjà à la vie d’homme sous une autorité parentale responsable.

Le respect des valeurs traditionnelles, le métier des armes et les brillants résultats obtenus par ses fils à l’école française, font de Kouroussa une place prestigieuse et forte dans l’histoire de la Guinée.

Un nom sorti de la forge pour mettre la plume dans l’encrier cristallise alors toute l’intelligence et toute l’ardeur combative des fils de Kouroussa. Il s’agit de Camara Laye, estampillé « l’Enfant Noir », son premier roman.

L’illustre enseignant et syndicaliste, Koumandian Kéita sera également une référence dans le domaine de l’éducation, tandis que le général Noumandian Kéita fonda l’armée guinéenne, après d’éminents services rendus sous le drapeau français.

« Diamanati Namory », ce descendant de Manden Mory, le frère cadet de Soundiata Kéita, est un visionnaire rompu aux charges et fonctions du commandement des hommes et entend par conséquent donner le bel exemple de l’intérieur même de sa famille.

Après ses études primaires, Sidy Mahmoud est envoyé à l’école des enfants de troupe avant de poursuivre, à l’indépendance de la Guinée, sa formation en Union Soviétique.

De retour au pays, il servira au Bataillon du Quartier Général au camp Almamy Samory Touré et sera par la suite détaché à l’Institut Polytechnique Gamal Abdel Nasser de Conakry en qualité d’officier major au cœur même du temple du savoir. C’est pendant qu’il renforçait ses capacités intellectuelles, au contact des professeurs et étudiants de Poly, qu’il sera affecté à Kérouané comme commandant de compagnie.

Jusque là, l’occasion de prouver son génie militaire ne s’était pas offerte à lui. L’agression portugaise du 22 novembre 1970 sera celle qui va le projeter au devant de la scène quand le contingent de la Haute Guinée, dont il faisait partie, prit une part active à la résistance contre l’envahisseur.

Mais, le fils de « Diamanati Namory » ne savait pas encore que sa bravoure, sa ténacité et ses qualités de meneur d’hommes vont pour toujours l’éloigner du camp pour les résidences des gouverneurs de région. En 1971, il est affecté en cette qualité à Gaoual, en remplacement du capitaine Kémoko Doumbouya, dénoncé et arrêté comme appartenant à la cinquième colonne.

L’affectation du capitaine Sidy Mahmoud Kéita n’est pas fortuite car Gaoual est une région frontalière surtout avec la Guinée-Bissau encore sous le joug portugais. Il met en place un important dispositif militaire de riposte sans pour autant verser dans un zèle de nature à perturber la quiétude des populations auxquelles il s’associe pleinement en boostant les activités artistiques, sportives et culturelles.

A noter que c’est dans ce cadre que moi-même je fus découvert et encouragé sur le terrain vague de Sinthiourou me servant d’une boite vide de jus comme micro.

Sans désemparer, il me suivit, me soutint, aidé en cela par ses frères, les ministres Mamady et Seydou Kéita jusque dans les studios de la « Voix de la Révolution »pour faire la brillante carrière internationale dans la presse sportive qui est la mienne aujourd’hui.

C’est sous son impulsion que Beyla sera classé premier de la Guinée Forestière à la quinzaine artistique, sportive et culturelle de 1978 à N’zérékoré et obtenu de brillants autres résultats dans des domaines jusque-là en sommeil dans le Konia.

Il en sera ainsi à N’zérékoré et à Kissidougou, où il sera affecté avec une parenthèse de deux semaines, quand il sera nommé ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de la République de Guinée en Chine.

Le président Ahmed Sékou Touré annulera le décret après avoir été informé que le commandant Sidy Mahmoud Kéita, avait à ses côtés et partout sa mère et la première femme de son père qui n’avait pas fait d’enfants. Et ce n’est pas tout, car en plus de garder ses deux vieilles mères, il relevait d’un rite quotidien pour lui de s’agenouiller devant elles les matins avant de se rendre au bureau et à son retour le soir avant de rejoindre ses appartements.

En dépit de la garde que montaient les agents de sécurité à la résidence du gouverneur de région muni d’une torche, le locataire des lieux inspectait toutes les chambres pour s’assurer de la présence effective de toute la maisonnée.

Toutes les sorties de ses enfants étaient subordonnées à une permission accordée, dont la durée était déterminée par lui-même après un exposé des motifs convaincants.

Fils de Kouroussa, cette académie inviolable des valeurs et normes sociales, militaires, administratives, diplomatiques et littéraires expressives, d’une identité jalousement conservée au son et au rythme du Doundoumba, cette danse des hommes forts, Sidy Mahmoud Kéita ne voulait en aucune manière assister à l’érosion de l’éthique du droit et de la solidarité ; d’abord familial, c’est pourquoi partout où il a servi, il a cultivé la terre et envoyer toute la moisson à Kouroussa pour soulager la nombreuse famille de son père « Diamanati Namory », le chef du Hamana ; ensuite national, avec la dimension du guinéen tout court, attentif et généreux envers tous, fidèle qu’il a toujours été aux valeurs d’essence et d’inspiration humaines.

Sidy Mahmoud était ce capitaine de l’aristocratie militaire, capable de trouver les bons vents grâce à une voilure de qualité et un maillon fort des symboles. Il avait le limon de ce pays dans la composition de sa chair, transpirant et se grattant au sang pour le défendre dans l’honneur la grandeur et la dignité.

Malheureusement, l’hémorragie des élites dont la Guinée est coutumière fera disparaitre le commandant Sidy Mahmoud Kéita à la faveur des douloureux événements du 4 juillet 1985, alors qu’il était membre du CMRN (Comité Militaire de Redressement National) et ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique.

Il sera fusillé le 8 juillet 1985 et jeté dans une fosse commune au pied du mont Gangan à Kindia, en compagnie de plusieurs autres officiers, dont certains étaient fils de Kouroussa comme lui, s’ils n’étaient pas de sa propre famille.

En organisant ce tournoi de football, dont la finale se jouera le mercredi, 14 août 2019, à 16 heures au stade préfectoral de Kouroussa, pour honorer la mémoire de ce grand fils de la Guinée entière, la jeunesse de Kouroussa nettoie ainsi les égouts du passé et se met à l’avant-garde du combat pour le triomphe des nobles idéaux d’amitié, de fraternité, d’unité, de paix, de solidarité et de partage entre tous les fils de notre cher pays.

Paix à l’âme du commandant Sidy Mahmoud Keita. AMEN !

Par Amadou Diouldé Diallo, Journaliste-Historien

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