Comme annoncé précédemment, les corps des deux pilotes, décédés suite au crash de l’hélicoptère de l’armée le mardi 06 août 2019, ont été retrouvés. Les corps du Colonel Abdoulaye Diallo et du sous-lieutenant Sékouba Condé sont à la morgue de l’hôpital Ignace Deen, à Kaloum. Dans leurs familles respectives, l’émotion est grande.

Au domicile du sous-lieutenant Sékouba Condé, situé au quartier Yimbaya, dans la commune de Matoto, la famille accuse le coup. Interrogés hier vendredi, 09 août 2019, certains membres de sa famille et ses amis ont exprimé leurs sentiments suite à la disparition du jeune pilote, âgé de 32 ans, originaire de Douakô, dans la préfecture de Kouroussa.

Nassira Koulibaly, épouse du défunt : mon mari est mort, il n’y avait rien de mauvais entre nous, sauf la paix. Le mardi à 4 h, il s’est réveillé en me disant de lui donner de l’eau qu’il va prendre sa douche. Quand il a fini, on s’est assis en train de causer jusqu’à 6 h 30 minutes. Il m’a dit, Nassira, je vais au travail, je reviendrai, il faut bénir pour moi. Et j’ai béni pour lui, il est sorti. Quand il est sorti, jusqu’à 10 h, il ne m’a pas appelé. Je suis allé au marché. A mon retour, il était 11 h. J’ai repris le téléphone pour l’appeler. Ça commençait vraiment à m’inquiéter parce qu’aucun de ces numéros ne passait. J’ai commencé à préparer.

Entretemps, j’ai vu un corps habillé venir chez nous. Il a beaucoup regardé mon fils. Mon petit garçon qui était assis à mes côtés. Il a dit « Eh ! C’est le fils de Pythagore. Et puis, c’est sa photo », parce qu’on l’appelait Pythagore, au travail et dans le quartier. Après, le monsieur est reparti. Midi est arrivé, il ne m’a toujours pas appelé et aucun de ses numéros ne passait. Son petit frère m’a appelé en me demandant où est mon grand frère ? Je lui ai dit ton frère est au travail. Je lui ai demandé à mon tour qu’est ce qui se passe ? Il m’a dit je te rappelle. J’ai vraiment commencé à douter.

J’ai demandé à une camarade de mon mari le numéro de son mari. Elle m’a dit qu’ils sont en vol. Sinon d’habitude, il m’informe s’il y a vol. A 13 h, j’ai appelé le numéro du mari de la camarade de Sékouba. Ça ne passait pas. J’ai aussitôt appelé un autre ami à lui. Ce dernier m’a dit qu’il part au travail et qu’il était dans les embouteillages. J’étais très inquiète. Son ami, pensant qu’il a raccroché le téléphone, a dit à quelqu’un qui était à côté de lui que Sékouba a fait un accident, j’ai entendu cela.

Mais, il ne savait pas que l’appel était toujours actif. Je me suis dit automatiquement que quelque chose est arrivé à mon mari. Je suis parti au camp. Quand les militaires m’ont vu arriver, ils se sont tus. Je suis revenue à la maison, j’ai commencé à pleurer. Entretemps, j’ai vu un groupe de militaire chez moi, devant ma porte. C’est leur présence qui m’a fait comprendre qu’il est décédé. C’est son jour qui est arrivé. Mais, au lieu d’aller chercher les moyens pour vite trouver mon mari, ils sont venus s’asseoir en groupe ici.

Au lieu d’avoyer les matériels et consorts, ils devraient d’abord aller chercher mon mari dans l’eau. Avec lui, je n’ai jamais connu de souffrance. Il se souciait de l’avenir de ses enfants. Il est mort en laissant avec moi, deux enfants. Le premier, c’est Toumany Condé, et le second, c’est Mariam Condé. Ils sont tous à l’école. Je ne peux que bénir pour lui. Que Dieu pardonne tous les morts. Les anciens et les nouveaux, que Dieu leur pardonne tous.

Fatoumata Condé, sœur du défunt : la mort de Sékouba Condé concerne tous les Guinéens. Parce que la perte d’un pilote, surtout d’une une armée nationale, est une grande perte. Sékouba est mon petit frère. Il était très important pour la famille, il était un grand espoir pour la famille. Il était quelqu’un qui renforçait la solidarité entre les membres de la sa famille et il aimait tout le monde. Tout ce qu’il cherchait, c’était pour sa famille et ses parents. Sékouba ressemble à son père. Il était très généreux. Lorsqu’il avait quitté la maison, il nous a dit qu’il sort pour aller voir ses chefs, pour qu’ils lui donnent une voiture, pour que j’aille avec ma famille fêter au village chez mon père à Douakô.

Il a cherché cette voiture, il l’a donné à la famille. Quand il a envoyé la voiture, il a appelé tout le monde. Il m’a dit ma sœur, vous avez arrangé les bagages ? Je lui ai dit oui, les enfants ont fini d’arranger les bagages. Il m’a demandé si moi-même je ne pars pas. Je lui ai dit que j’étais malade. Il m’a dit OK tu as raison, à mon retour du voyage pour la fête, je ferai en sorte qu’on t’envoie à Dakar pour tes soins médicaux. Moi, j’étais assise en train d’attendre ce Sékouba pour m’envoyer à Dakar. Mais, si j’apprends aujourd’hui que Sékouba est décédé, on n’a rien à dire que d’essuyer nos larmes.

Sa mère est là, elle souffre de problèmes respiratoires. C’est Sékouba seul qui achetait les produits pour elle. Si ce Sékouba meurt aujourd’hui, c’est une tristesse pour nous. Nous ne ferons que prier pour lui, pour que la terre lui soit légère. Je n’ai vu personne se plaindre contre Sékouba dans le quartier. Le jour où il a quitté la maison, il disait à tout le monde, préparez vos bagages, demain nous irons tous à Douakô. Que Dieu lui pardonne ses pêchés.

Amara Damaro Dioubaté, ami du défunt : la disparition de Sékou, c’est une grande perte pour la nation guinéenne. C’est un rêve qu’il a longtemps caressé. Depuis que nous étions au collège, il aspirait toujours à devenir pilote. On chahutait beaucoup, il me disait comme toi tu es Dioubaté, tu es griot, au cas tu n’aurais pas de travail après tes études, il faut hériter de ton grand père. Il a été un éminent mathématicien parmi tous nos amis. On l’appelait toujours Pythagore. (…) Sékou n’a fait qu’allonger la liste de tous les militaires qui sont morts.

Ce qu’on peut dire au gouvernement, c’est qu’est-ce qu’il faut faire pour la famille de Sékou ? Il ne s’agit pas seulement de tenir de grands symposiums, il ne faut pas que ça se limite aux promesses. Mais, c’est de ne pas oublier Sékou. Sa famille est très triste aujourd’hui. Il était l’aîné de toute une famille. Il est mort sur le champ de bataille. Si ce malheur lui est arrivé, il faudrait que les autorités de l’armée volent au chevet de sa famille. Il était l’espoir de tout Douakô. C’est quelqu’un qui était tout le temps à côté de ses amis civils.

Ibrahim Soumah, ami du défunt : ce que je retiens de Sékou, il a été un ami très sérieux, très dévoué, très travailleurs et très courageux. Je l’ai connu lors du concours de l’UNESCO. Ça, c’était à l’école primaire à Hadja Aicha Bah en 2001, au moment où nous faisions la 6ème et la 7ème Année. Donc c’est là que nous nous sommes connus. Compte tenu de son courage et de son dévouement, ça nous a rapprochés et finalement, on est devenu des amis très d’accord.

Nous avons aussi fait le lycée ensemble. Je suis très touché du cas de Sékou. Et ça a été vraiment une surprise pour moi. Dieu a donné Sékou à sa famille comme étant une unique lumière pour éclairer non seulement sa famille mais aussi pour la Guinée. Si ce drame est arrivé, c’est la volonté de Dieu et c’est le destin. On souhaite que le gouvernement n’oublie pas Sékou Condé et sa famille. Que Dieu lui accorde le paradis.

Propos recueillis par Mohamed DORE pour Guineematin.com

Tel : + 224 622 07 93 59

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