Saikou Yaya Barry, député à l’Assemblée nationale et secrétaire administratif de l’UFR

La mise sous contrôle judiciaire du doyen Diallo Souleymane, pionnier de la liberté de la presse en République de Guinée et PDG du groupe de presse Lynx-Lance, suscite une avalanche de réactions dans le pays. Saïkou Yaya Barry, secrétaire exécutif de l’UFR (Union des Forces Républicaines) ne mâche pas ses mots devant cette action du pouvoir en place.

Joint au téléphone par un reporter de Guineematin.com dans l’après-midi de ce mardi, 20 août 2019, le député parle de tentative d’intimidation pour légaliser la dictature dans notre pays.

« Je l’ai dit et je le répète, Alpha Condé veut légaliser la dictature en Guinée. C’est-à-dire qu’il a trouvé que les choses ne marchent pas au pays, il veut essayer de passer par la terreur pour se maintenir au pouvoir. Nous ne devons pas perdre de vue cela. Aujourd’hui, il utilise certains militants, il utilise des individus à la justice pour essayer d’intimider les paisibles citoyens du pays », a introduit Saïkou Yaya Barry.

Selon ce proche de Sidya Touré, « le doyen Diallo Souleymane connait la déontologie du journalisme. Il fait la part des choses et on ne peut pas le traquer parce qu’il a un groupe de presse. Qu’on laisse les gens donner leurs opinions sur la vie des guinéens, leurs opinions sur la gestion calamiteuse d’un gouvernement, d’un pouvoir en place. Nous sentons qu’ils sont frileux, ils sont aux abois. Si non, ce n’est pas des personnes charismatiques comme Diallo Souleymane qu’on va tenter d’intimider, qui n’ont d’ailleurs pas la peur au ventre ».

La mésaventure du PDG de ce groupe de presse et même d’Abou Bakr, le directeur général de la radio Lynx FM, serait liée à une intervention de madame Kaba Doussou Condé, ancienne militante du RPG, aujourd’hui pourfendeur du parti au pouvoir. Cette dame a fait des révélations, dans l’émission Œil de Lynx, sur la gestion de la solde des militaires guinéens engagés au Nord Mali au compte de la MINUSMA (Mission des Nations pour la Sécurisation au Mali).

A la question de savoir si ce genre d’informations n’est pas sensible, Saïkou Yaya Barry dédramatise. « Arrêtez de parler d’informations sensibles. Nous ne sommes pas dans la dictature et dans le communisme. Aujourd’hui, il n’y a pas de secret outre-mesure sur ce qu’on connait. Quand tu donnes ton opinion sur une situation donnée, qui ne peut pas parler de son armée et de son fonctionnement? Dans les conditions normales, le Procureur devrait s’autosaisir pour mener des enquêtes sur ce qui se passe au niveau de l’armée. Si ce que la dame dit (Doussou Condé, ndlr), que ce soit vrai ou faux, quand elle a annoncé cela, il revient à l’Etat de jouer un rôle, mais pas aux journalistes. Ils n’ont pas poussé la dame à le dire. Tu ne peux pas contrôler en amont ce que va dire ton interlocuteur dans une émission interactive », soutient le député.

En outre, Saïkou Yaya Barry dénonce le fait que la Loi sur la cyber-sécurité soit invoquée dans un délit de presse. Il estime que tout ceci est fait à dessein. « Cette loi sur la cyber-sécurité protège le citoyen, qu’il soit de la presse ou pas. Mais, cette loi n’est même pas en application aujourd’hui. Est-ce qu’il y a un décret d’application de cette loi ? Ensuite, cette loi mérite d’être vulgarisée. Elle est bonne, mais l’utilisation qu’on veut en faire, est négative. Pour cette loi, il avait été recommandé de former là-dessus les officiers de police judiciaire pour qu’ils puissent faire la part des choses. Ce n’est pas encore fait. Cette loi demande la formation des juges et autres magistrats en matière de technologie de l’information et de la communication. Ce n’est pas fait… »

Face à cette épée de Damoclès qui plane au dessus de la tête des médias, Saïkou Yaya Barry invite à l’union sacrée de toues les sensibilités. « C’est ce qui m’amène à dire que les guinéens, qu’ils soient journalistes, hommes de métiers, magistrats ou autres, doivent savoir que ça nous ne servira à personne que la dictature s’installe chez nous. Nous devons tous nous lever pour lutter contre cette dictature », a-t-il martelé.

Alpha Mamadou Diallo pour Guineematin.com

Tél. : 628 1 799 17

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