Très dynamiques dans la recherche des moyens de subsistance destinés aux familles, les Guinéennes s’activent dans divers domaines pour améliorer leurs conditions de vie, instruire leurs compatriotes et accélérer le processus de développement durable dans leur pays.

Fatou Souaré Hann est directrice exécutive de l’ONG Wafrica Guinée, une association créée depuis 2006 et dont l’action cible les jeunes filles et les femmes. Ces dernières années, la jeune dame s’est fortement impliquée dans la lutte contre les violences basées sur le genre, tout en ne négligeant pas l’indispensable volet de la formation.

« L’année dernière, grâce à l’accompagnement de l’UNICEF, on a pu former à peu près 300 acteurs de la prévention et de la réponse aux Violences basées sur le genre (VBG) dans toutes les zones du pays », explique-t-elle.

Wafrica Guinée est l’une des ONG qui a placé l’éducation et la formation des jeunes filles et femmes au cœur de sa stratégie. Dans un pays comme la Guinée, avec un taux d’analphabétisme élevé (dont 73% de femmes selon les chiffres officiels), cette démarche permet indéniablement de maintenir les progrès réalisés sur le terrain.

« On a le programme 4F (« Des Filles Fortes deviennent des Femmes Fortes) que l’on déploie dans les écoles, consistant à appuyer tous les ans une centaine de jeunes filles en difficulté scolaire. Le programme permet surtout de les aider à comprendre l’importance de l’école et avoir confiance en elles pour passer le cap de l’école primaire. Je pense que c’est une action essentielle dans un pays comme le nôtre », souligne la directrice exécutive de Wafrica.

A court terme, l’action de Fatou ne va sans doute pas bouleverser les équilibres actuels. Mais la jeune femme vise l’avenir, par une démarche structurée permettant à terme de changer les mentalités.

« Dans un premier temps, il s’agit de mettre à leur disposition de petits outils. Par exemple, signer un document, le comprendre, etc », insiste-t-elle, tout en soulignant l’apport essentiel de l’Union européenne dans ses schémas de réseautage.

D’autres Guinéennes se distinguent dans leur implication au processus de développement durable de leur pays, dans des domaines traditionnellement réservés à la gent masculine. C’est le cas de Safiatou Diallo, fondatrice du tout premier Centre International de Recherches et de Documentation (CIRD) du pays.

« En 2015, en tant qu’étudiante d’abord, puis en qualité d’enseignante chercheur à l’université de Sonfonia, j’ai voulu créer dans un premier temps un centre de documentation pour soulager ceux qui étaient confrontés à la rareté des documents dans nos structures d’enseignement supérieur, fondamentaux pour la recherche ».

A la base, le CIRD, était juste une bibliothèque mais très vite l’ambition d’en faire un projet beaucoup plus grand s’imposera d’elle-même. « Nos efforts nous ont permis de faire du CIRD un centre de documentation mais également de recherche indépendant, ce qui est remarquable. La structure est à but non lucratif et est reconnu par le ministère de l’enseignement supérieur », se réjouit la jeune dame.

Le CIRD est aujourd’hui doté de 4000 ouvrages comprenant des livres, des articles scientifiques, etc. Il a réussi à organiser plus de 70 conférences scientifiques entre 2017 et 2018.

Le CIRD a créé en outre le « prix Williams Sassine », du nom d’un des plus grands écrivains et journalistes que la Guinée ait connus. Pour la première édition, plus de 60 contributions ont été enregistrées dont 11 venant de l’étranger. C’est le Guinéen Alimou Sow, employé à l’Union européenne qui a remporté le prix.

Dans le cadre de la prévention des conflits notamment en période électorale, Makalé Traoré, ancienne ministre, cheffe d’entreprise, titulaire d’un doctorat et présidente de la Coalition des Femmes et Filles de Guinée et du Réseau Africains des Femmes ministre et parlementaires de Guinée, est une femme reconnue dans son pays.

Son réseau regroupe 1000 organisations féminines et groupements qui œuvrent à influencer les grandes décisions de tout ordre impactant les femmes dans le pays. La plateforme dirigée par Traoré, met en place des structures originales appelées « Cases » pour recueillir toutes les informations et agir en cas de besoin.

« Dans le cadre de notre réseau, nous invitons toujours les acteurs politiques à régler leurs différends par le dialogue. Il s’agit pour nous d’anticiper sur les situations conflictuelles », souligne-t-elle.

« La Case de veille a pu désamorcer plus de 200 situations conflictuelles en 2013. Deux ans plus tard, à la présidentielle, notre plateforme a déployé plus de 2000 observatrices sur l’ensemble du territoire où nous avons pu désamorcer 1604 situations conflictuelles. Dernièrement, lors les élections communales, on a déployé 2000 femmes observatrices ; pour 832 situations conflictuelles désamorcées », souligne Traoré.

Le ministère de l’action sociale de la promotion féminine et de l’enfance, accompagne les efforts fournis par toutes ces dames pour améliorer durablement les conditions de vie des Guinéens. Toutes ont en commun d’avoir compris le rôle incontournable que doit jouer la gent féminine dans le processus de développement durable du pays, grâce à l’aide de partenaires comme les institutions des Nations Unies et l’Union Européenne.

« Un seul exemple peut démontrer le dynamisme des Guinéennes : quand vous arrivez au marché Matoto à 4 heures du matin, sur 100 individus présents 99% sont des femmes », fait remarquer Batouly Kaba, directrice nationale adjointe en charge du genre et de l’équité du ministère de l’action sociale.

« Entreprendre est essentiel pour être autonome. Malheureusement dans nos pays, les femmes sont entravées par le manque de moyens en dépit de tous les efforts du gouvernement », explique-t-elle.

« Recenser leurs préoccupations et trouver des solutions, parfois avec l’aide de l’Etat ou l’appui de partenaire comme l’Union européenne, voilà notre raison d’être. Notre combat, c’est leur autonomisation », explique Kaba.

En dépit de tout, les Guinéennes sont encore marginalisées. Les statistiques officielles montrent que seulement 20% des postes de décision sont occupées par les femmes. Or, inverser cette tendance ne sera pas une sinécure…

Ibrahima Sory Diallo

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