Pr Mohamed CISSE, Doyen de la faculté des sciences et techniques de la santé de l’UGANC

Après une pause de 5 ans, les orientations des bacheliers guinéens en médecine reprennent cette année. La faculté est revenue avec une nouvelle dénomination. On l’appelle désormais faculté des sciences et techniques de la santé. Mais, il n’y a pas que le nom qui a changé. Plusieurs autres changements sont intervenus à ce niveau. Pour en parler justement, un journaliste de Guineematin.com est allé à la rencontre du Professeur Mohamed Cissé, le doyen de cette faculté à l’université Gamal Abdel Nasser de Conakry.

Décryptage !

Guineematin.com : le gouvernement a annoncé la réouverture de l’ex-faculté de médecine. Dites-nous pourquoi le changement de dénomination et comment elle va fonctionner désormais ?

Pr Mohamed Cissé : je voudrais rappeler que la faculté de médecine de l’université Gamal Abdel Nasser a été créée en 1968. La faculté de pharmacie en 1969. Et, en 1990, le département d’odontostomatologie a été créé. Finalement, la faculté de médecine, de pharmacie et d’odontostomatologie a été mise en place. Je rappelle que cette faculté de médecine de Guinée est la plus vielle des facultés de médecine d’Afrique noire en dehors celle de Dakar et de Kinshasa. Depuis sa création à cette date, il n’y a eu aucun investissement. Sa capacité d’accueil était de 20 étudiants. De cette date à maintenant, il n’y a eu aucun investissement pour augmenter les capacités d’accueil pouvant l’amener à donner une formation de qualité aux futurs médecins, pharmaciens, chirurgiens et dentistes du pays.

D’autres problèmes naturellement existaient, et c’est pour toutes ces raisons que le département de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique a, dans son programme de réformes, s’est occupé de la faculté de médecine. Il a fait une évaluation menée par un expert sur financement de l’OMS. Et c’est suite à cette évaluation, qu’il y a eu des propositions qui ont été faites d’une part de changer le nom de la faculté et d’autre part pour être conforme aux nouvelles normes de la formation dans le domaine de la santé. C’est pourquoi, elle est passée du nom de faculté de médecine, pharmacie et odontostomatologie au nom de la faculté des sciences et techniques de la santé.

Guineematin.com : pourquoi ce nom ?

Pr Mohamed Cissé : vous savez, nous sommes dans l’espace CEDEAO (Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest) qui a ce qu’on appelle l’organisation de la santé, qui régule tout ce qui est santé dans l’espace CEDEAO. Cet organisme s’est mis depuis plusieurs années dans un processus d’harmonisation des programmes de formation dans toutes les institutions qui assurent la formation dans le domaine de la santé. C’est dans ce cadre qu’il a été décidé de ramener au niveau universitaire ce qu’on appelle la formation des sciences infirmières, obstétricales et paramédicales. Désormais, dans cette faculté, on va former des médecins, des pharmaciens, des chirurgiens-dentistes mais également des sages-femmes, des infirmiers et d’autres paramédicaux.

Guineematin.com : est-ce à dire que les autres écoles de santé primaires et secondaires vont disparaitre ?

Pr Mohamed Cissé : vous savez, cette question ne relève pas de moi. La disparition ou la création d’une école ne relève pas d’un doyen de faculté.

Guineematin.com : parlons des conditions d’accueil. Qu’est-ce qui est prévu pour la reprise de cette faculté des sciences et techniques de la santé ?

Pr Mohamed Cissé : je vous ai dit tout à l’heure que depuis sa création, il n’y a pas eu d’investissement. Mais on est en train de faire des investissements maintenant. On a décidé que pour cette rentrée, on aura six laboratoires au minimum sans compter ceux qui sont au niveau de l’université. La faculté des sciences en dispose et le CELFIG également. En ce qui concerne d’ailleurs les chirurgiens-dentistes que nous formons, tous les équipements sont sur place et le département a été rénové, grâce à l’appui du bateau Mercy Ship.

Guineematin.com : quelle va être la capacité d’accueil ?

Pr Mohamed Cissé : la formation d’un médecin, d’un pharmacien, d’une sage-femme, c’est 30% dans les amphithéâtres et 70 % dans les hôpitaux. C’est extrêmement important que là où on les accueille dans les structures de santé, que cela ne soit pas un problème pour les malades qui viennent se soigner. Ça va être un effectif réduit qui va permettre aux formateurs de pouvoir assurer une bonne formation à ces étudiants. C’est pourquoi, les effectifs qui sont retenus sont les suivants : 100 en médecine, 50 en pharmacie et 25 en chirurgie-dentaire. En ce qui concerne les sciences infirmières obstétricales et paramédicales, ce sera 90 étudiants en tout. Ils seront répartis comme suit : infirmiers 25, sages-femmes 25, les préparateurs en pharmacie 15, les techniciens supérieurs en laboratoires 15 et la kinésie thérapie 10.

Guineematin.com : combien de temps vont durer les formations ?

Pr Mohamed Cissé : la durée de formation ne change pas ni pour les médecins, ni pour les pharmaciens, ni pour les chirurgiens-dentistes. Mais pour les infirmiers, à partir du moment où la formation se fait au niveau universitaire, il va falloir passer 4 ans pour décrocher une licence professionnelle.

Guineematin.com : quelles sont les conditions d’admission à la faculté des sciences et techniques de santé?

Pr Mohamed Cissé : ce qui a été arrêté par les autorités, c’est que pour être admis, il faut avoir le bac avec au minimum mention Bien et passer un concours pour la médecine, la pharmacie et la chirurgie. Vous savez que la formation en sciences médicales n’est pas la même pour les autres options. Il faut de la rigueur et un bon encadrement. En Tunisie par exemple, pour être admis, il faut avoir 17/20 de moyenne. C’est pourquoi dans ce pays, le taux de réussite en médecine tourne autour de 97% de la 1ère année à la sortie. Il ne suffit pas d’avoir un millier d’étudiants dans un amphi mais d’avoir des étudiants d’un bon niveau, quel que soit l’effectif qu’on peut former.

Guineematin.com : faire la rigueur dans le recrutement est une chose, pouvoir former les admis est une autre. Qu’est-ce qui est prévu pour permettre aux futurs étudiants d’avoir une formation de qualité ?

Pr Mohamed CISSE, Doyen de la faculté des sciences et techniques de la santé de l’UGANC

Pr Mohamed Cissé : vous savez, le système de santé d’un pays repose sur six piliers. Le plus fondamental est celui des ressources humaines. Tous les autres cinq piliers tournent autour. On ne peut pas avoir un système de santé de qualité sans des ressources humaines de qualité. C’est pourquoi on investit dans la formation et c’est ce qui est en train d’être fait. J’ai parlé de laboratoires qui existent et des travaux qui ont déjà commencé. Vous pouvez aller voir dans la cour de Hadja Mafori Bangoura, les gens sont là. Et, on estime que dans les mois qui vont suivre, tous ces laboratoires seront disponibles. Une première partie, ce sera les cours théoriques et on a suffisamment de temps pour que les laboratoires soient prêts.

Deuxième partie, c’est ceux qui enseignent. Je l’ai dit récemment dans une interview, quand vous regardez dans le système éducatif guinéen, plus précisément au niveau de l’enseignement supérieur, c’est la faculté de médecine qui a le plus grand nombre d’enseignants de rang A de toutes les universités guinéennes réunies. Nous avons plus 12 professeurs titulaires du CAMES, plus de 25 maitres de conférences agrégés du CAMES et une dizaine de maitres de conférences, nommés localement. Donc nous avons toutes les ressources humaines requises pour donner une bonne formation aux étudiants.

Guineematin.com : quand est-ce que la rentrée est prévue chez vous ?

Pr Mohamed Cissé : c’est les autorités qui décident. D’habitude, c’est le 3 octobre. Mais on ne nous a rien dit encore. On attend.

Guineematin.com : à part à l’université Gamal, y aura-t-il des facultés de sciences et techniques de santé dans d’autres endroits du pays ?

Pr Mohamed Cissé : pour les établissements d’enseignement public, ce sera ici à Gamal, donc à Conakry. Mais il y a des universités privées qui ont des facultés de médecine. Seulement, les conditions de recrutement seront les mêmes pour toutes universités du pays qu’elles soient publiques ou privées. C’est ce que les autorités ont décidé.

Interview réalisée par Abdallah Baldé pour Guineematin.com

Tél : 628 08 98 45

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