Le 1er vice-président du Conseil Préfectoral de Développement (CPD) de Boké, Dr Mohamed Faza Diallo, se dit très déçu des acteurs politiques guinéens. Selon lui, au lieu de parler du développement de notre pays, leurs débats sont orientés ailleurs, notamment sur le contesté projet de nouvelle Constitution.

Dans un entretien accordé à un journaliste de Guineematin.com, Dr Diallo a dénoncé l’attitude des acteurs politiques, qui ont tous versé dans l’ethno-stratégie. Il a été également question dans cet entretien du parcours politique de Dr Diallo et de ce qu’il ambitionne pour la Guinée.

Guineematin.com : vous êtes un ancien membre du comité directeur du Rassemblement pour la Démocratie et le Progrès (RDP), un parti politique dirigé à l’époque par feu Aboubacar Somparé, ancien président de l’Assemblée nationale sous le régime de Lansana Conté. Que pouvez-vous nous dire de votre parcours politique ?

Dr Mohamed Faza Diallo : merci de me donner la parole. Par rapport à ça, dès l’annonce de la création des partis politiques, j’ai été approché par mon grand frère et ami, Aboubacar Somparé, avec certains cadres, pour créer le parti politique qu’on a fini par appeler le Rassemblement pour la Démocratie et le Progrès. Maintenant, nous avons passé un an au sein de ce parti à réfléchir à comment arriver à l’unité nationale, à la cohésion sociale. C’était notre préoccupation. C’est pour cela que nous l’avons appelé Rassemblement pour la Démocratie et le Progrès. Et après, ce parti a été phagocyté par le Parti de l’Unité et du Progrès(PUP). Maintenant moi, je suis parti. On a créé, ensemble avec Aboubacar Sylla, actuel porte-parole du gouvernement, qui était à l’époque secrétaire général au ministère de l’information, une ONG que nous avons appelée APD (Association Paix et Développement). De mon souvenir, c’est l’une des premières structures en termes de société civile, qui devait intervenir entre le pouvoir et l’opposition en tant qu’élément de la société civile. Après ça, il y a eu dislocation. J’ai intégré l’UNR (Union pour la Nouvelle République) de feu Bah Mamadou avec lequel on a évolué pendant longtemps. Et pendant mon séjour à Boké, j’étais là-bas, on a évolué. Il y avait le Front de Lutte et de Gouvernement (FLUG) qui était constitué de l’UNR, du RPG et du PGP d’Abdoulaye Portos Diallo. C’est à l’époque, en 1992, qu’il y a eu la visite des différents leaders : Bah Mamadou, le professeur Alpha Condé, Siradiou Diallo. Et cette année-là, j’ai eu le courage de faire l’interprète entre le professeur Alpha Condé et la population.

Guineematin.com : on voit d’ailleurs une photo de vous avec l’actuel Chef de l’Etat. Aujourd’hui, quel regard avez-vous de la situation sociopolitique de la Guinée ?

Dr Mohamed Faza Diallo : oui effectivement, j’étais très collé à la dénomination des partis politiques. Si je prends le RPG, c’était extrêmement intéressant du point de vue contenu, on voyait la physionomie des partis politiques, Bâ Mamadou avec l’UNR, là aussi on était très collé au sigle. On voyait la mise en œuvre par rapport à ça. Avec Aboubacar Sylla aussi, on a fait beaucoup de choses pour renforcer l’unité nationale dans le pays. Mais à l’état actuel, je suis très déçu de la situation politique dans son ensemble, tant du côté du pouvoir que du côté de l’opposition. Parce que tout le monde est en train de tirer le pays vers le bas, dans des positions d’ethno-stratégie ; ce qui ne devrait pas être le cas. Il n’y a pas de réflexion en termes d’unité nationale, il n’y a pas de réflexion en termes de cohésion sociale, il n’y a pas de schéma en termes de développement cohérent. Et ça, ça me fait mal. Parce que si vous voyez comment nos parents ont fonctionné, ça ne posait pas de problème d’alternance. Nous, on est là aujourd’hui, on est bloqué par rapport à ça. Ça nous pose problème.

Guineematin.com : aujourd’hui, le président Alpha Condé est à son second et dernier mandat. Quel regard avez-vous de la gouvernance du Chef de l’Etat ?

Dr Mohamed Faza Diallo : par rapport à la gouvernance du professeur Alpha Condé depuis son accession au pouvoir, je m’attendais d’abord à une structuration cohérente du gouvernement avec les engagements de développement à l’état actuel. Je prends un exemple concret avec le ministère de la Santé qui a des objectifs à atteindre, comme la couverture sanitaire universelle. On ne peut pas aller à la couverture sanitaire universelle lorsqu’on fait une dissociation du ministère de la Santé et de l’Action sociale. Parce que qui dit couverture sanitaire universelle, dit des approches qui permettent à chaque citoyen d’avoir accès à un système de santé : la prise en charge des indigents, la prise en charge des handicapés, par rapport à un système de santé, doit être rapproché. De l’autre côté, le ministère de la Culture devait être le levier du développement du pays. Associés aujourd’hui culture et rapport, moi je pense que ça ne se doit pas. Parce qu’on se focalise beaucoup plus sur le sport. Si on se focalisait beaucoup plus sur la culture, ça aurait été le levier du développement. Moi je retiens toujours ce qu’Amical Cabral disait lorsqu’on lui a demandé pourquoi il a engagé la lutte de libération nationale. Il dit que « la lutte de libération nationale est un acte de culture ». Donc, c’est au-delà de toute cette photocopie, les festivals. La culture devait être le fondement de notre développement. Regardez le petit jeu qu’on a commencé aujourd’hui, par la réhabilitation du tissu traditionnel, ce que ça fait. Et aujourd’hui, le Burkina est allé plus loin : il y a un décret qui a interdit de porter toute autre tenue en dehors du tissu traditionnel en conseil des ministres, à l’Assemblée nationale. Ce pays-là, c’est des valeurs… Ils consomment tout le coton qu’ils produisent. Et ça réhabilite, c’est comme une activité génératrice de revenu. Ils se donnent une place à l’internationale. Voici les schémas pour lesquels nous aussi on aurait pu faire à travers un ministère de la Culture fort, mais qui ne soit pas là à réhabiliter des histoires de festivals nationaux. Je m’attendais aussi à un système éducatif qui soit révisé. Parce qu’aujourd’hui, le niveau de formation qu’on a est très bas. C’est seulement le ministère de l’Enseignement Supérieur qui est en train de faire des réformes courageuses que j’apprécie. Le ministère de l’Enseignement Technique devait faire la même chose, le ministère de l’Enseignement pré-universitaire la même chose. Parce que j’ai suivi des situations de diagnostic au niveau de l’Enseignement pré-universitaire, il y a des enseignants qui ne devraient pas être en situation de classe parce qu’ils ne peuvent pas enseigner correctement. Aujourd’hui, avec cette gouvernance, nous rentrons dans la diversion. On est focalisé sur un problème de constitution, de 3ème mandat et on veut occulter ce qu’on est appelé à faire d’ici 2020. Moi je pense qu’il ne faudrait pas que ça soit mis de côté. Il faut qu’on parle des objectifs de développement. Quitte en 2020 qu’il parte ou qu’il reste.

Guineematin.com : concrètement, qu’est-ce que vous souhaitez pour la Guinée ?

Dr Mohamed Faza Diallo : ce que je souhaite pour la Guinée, c’est que les guinéens doivent se souvenir qu’il y a des attentes, que ces problèmes de considérations ethniques, c’est du très bas niveau. Je vais vous dire une chose, les sociologues disent que l’ethnie est culturelle. Je vous le confirme. Je prends l’exemple de Cellou Dalein aujourd’hui : vous savez que c’est par un phénomène matriarcal que Cellou est Diallo. Sinon, dans les conditions normales, il doit porter le nom Souaré. Moi, je ne vois pas de raisons pour lesquelles les ethnies s’opposent les unes contre les autres. Encore plus, est-ce que vous savez le pacte qui lie la famille de Sidya Touré à la famille Diakhaby de Labé et la famille de Karamoko Alpha Mo Labé ? Il est interdit, en tant que pacte, qu’on verse une seule goûte du sang de la famille Diakhaby dans le territoire de Labé. Karamoko Alpha Mo Labé a maudit tout cela. Ce sont des pactes actés et qui font la cohésion sociale. Pourquoi nous, on ne peut pas s’inspirer de ces modèles pour vivre ensemble, d’une manière cohérente ?

Interview réalisée par Ibrahima Sory Diallo pour Guineematin.com

Tél. : (00224) 621 09 08 18

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