Pr. Bangaly Traoré, service de cancérologie de l’hôpital national Donka

Même s’il n’y a pas de statistiques fiables en la matière, de plus en plus de femmes sont atteintes du cancer du sein en Guinée. Cette maladie est aujourd’hui la première cause de consultation au service de cancérologie de l’hôpital national Donka. Quels sont les facteurs pouvant entraîner le cancer du sein ? Comment la reconnait-on et comment la traite-t-on ? Ce sont entre autres les questions qu’un journaliste de Guineematin.com a posées au Professeur Bangaly Traoré, le responsable du service.

Décryptage !

Guineematin.com : parlez-nous du cancer du sein.

Professeur Bangaly Traoré : le cancer du sein est un ensemble de maladies, caractérisées par une modification cellulaire anarchique et désordonnée aux dépens des cellules ou des tissus mammaires, qui détruisent les tissus et qui ont tendance à se disséminer au niveau de l’organisme qu’on appelle des métastases. Donc, ce sont des tumeurs malignes développées au niveau du sein et qui sont responsables du décès de la majorité des femmes en quelque sorte.

Le cancer du sein représente le quatrième cancer dans les deux sexes confondus, le deuxième cancer chez la femme avec un taux d’incidence de 15 cas pour 100.000 habitants. Alors, si on rapporte ça à l’ensemble de la population féminine, on se retrouve à environ 700 cas annuels. Ce chiffre c’est ce qui est connu. Mais, actuellement, on a tendance à obtenir beaucoup plus de femmes atteintes de cancer du sein que de cancer du col de l’utérus. Le taux mortalité avoisine les 70% sans traitement chaque année. Donc, sur les 700 cas, il y a environ un peu plus de 400 décès annuels. Au service que je dirige, c’est la première cause de consultation, avec une fréquence de plus de 26%. C’est-à-dire, environ un malade sur quatre a un cancer du sein.

Guineematin.com : quels sont les types de cancers du sein ?

Professeur Bangaly Traoré : aujourd’hui, on ne parle pas de cancer du sein, mais des cancers du sein. Cette classification découle du profil moléculaire, c’est-à-dire le comportement biologique du cancer du sein. Alors, il y a des cancers du sein qui se développent aux dépens de la stimulation hormonal, donc qui sont sensibles au traitement antihormonal. Vous savez, la glande mammaire qui développe aux dépens de la stimulation hormonal, donc certains cancers vont poursuive leur évolution en dépendant de la stimulation hormonale.

Il y a des cancers du sein qui se développent également indépendamment de la stimulation hormonale, donc qui sont insensibles à l’hormonothérapie, mais qui expriment des gènes qui font qu’elles sont différentes des cellules normales, donc qui ont acquis l’expression de nouveau gène. Il y en a qui sont dépourvus non seulement de l’expression antigénique, mais aussi des récepteurs hormonaux, donc ce sont des catégories appelées les triples négatifs. Ces cancers-là sont très méchants. Ils évoluent très rapidement, et ils sont responsables de beaucoup plus de décès que les autres cancers qui dépendent de la stimulation hormonale ou qui dépendent de l’expression oncogénique du cancer du sein.

Guineematin.com : parmi ces différents types de cancers, lesquels sont les plus répandus dans notre pays ?

Professeur Bangaly Traoré : nous n’avons pas de statistiques très fiables sur ce plan. Mais, il faut reconnaître que ce sont les triples négatifs qui sont fréquemment rencontrés, tout simplement parce que l’âge de survenue des cancers du sein dans la population féminine chez nous tourne autour de 48 ans. C’est-à-dire que ce sont des femmes qui sont proches de la ménopause, mais qui, dans environ 40 à 48% des cas ne sont pas ménopausées.

En Europe, l’âge moyen de survenue de cancer, c’est autour de 65, 75, 78 ans, donc ce sont des femmes âgées là-bas, alors que chez nous ce sont des femmes jeunes. Donc, c’est ça que ces femmes-là qui sont jeunes, leurs cancers sont un peu plus agressifs et ils évoluent plus vite que le cancer chez la femme âgée.

Guineematin.com : quelles peuvent être les causes de ces différents cancers ?

Professeur Bangaly Traoré : on ne parle pas de causes en cancérologie, mais plutôt de facteurs. Parce que quand vous parlez de causes, c’est comme si vous dites : le paludisme pour l’avoir, il faut avoir le plasmodium, il faut avoir été piqué par un moustique qui va infecter l’organisme par le plasmodium, dont le parasite qui donne le paludisme.

Le cancer est une maladie qui est multifactorielle, donc qui ne dépend pas que d’un seul facteur, qui dépend de plusieurs facteurs. Chaque facteur va jouer son rôle dans le développement de la maladie à un moment ou un autre donné de l’évolution naturelle de la maladie. Le cancer du sein, il y a deux groupes de facteurs qui sont importants à connaître. Il y a des facteurs qu’on peut éviter, donc qu’on peut maîtriser pour prévenir la maladie ; il y a des facteurs qu’on ne peut pas éviter ni utiliser pour prévenir la maladie.

Les facteurs qu’on peut éviter sont : le manque d’activités physiques, la consommation en excès de protéines animales et surtout la consommation des graisses, le manque de consommation des fruits et légumes, la consommation de tabac. Ces trois facteurs sont évitables. Les facteurs qu’on ne peut pas éviter, c’est d’abord le vieillissement. La maladie est liée à l’âge, donc plus on est âgé, plus le risque est élevé. Il y a aussi des problèmes génétiques, des anomalies génétiques. Donc, l’atteinte de certains gènes expose ou multiplie le risque de cancer chez les personnes adultes.

Guineematin.com : y a-t-il aussi d’autres maladies qui peuvent provoquer le cancer du sein ?

Professeur Bangaly Traoré : si, il y a des maladies, c’est pas très important. Ce qui est le plus important c’est, qu’est ce qu’on peut éviter? C’est l’alimentation pauvre en fruits et légumes, riche en graisses et en protéines animales, c’est le manque d’activer physique et le consommation du tabac. Quand on évite pas des aliments riches en protéines, graisses, c’est-à-dire on ne mange ses aliments, sans consommer de légumes et d’épreuves physiques on prend du poid et l’excès du poid, est facteur prédisposant au cancer du sien et à des nombreux autres cancers. Mais aussi à des maladies non transmissibles, comme les maladies cardiovasculaires, hypertension, le Diabète.

Ce sont aussi des maladies qui sont surtout des maladies à connotation génétique, donc il y a des anomalies génétiques qui prédisposent le développement du cancer. Ce sont des femmes qui sont infectées par le VIH SIDA également, ça on peut l’éviter, aussi, il y a aussi le vieillissement.

Guineematin.com : comment peut-on détecter le cancer du sein ?

Professeur Bangaly Traoré : la détection, il y a trois méthodes : la première qui est plus facile, c’est l’autopalpation. C’est-à-dire une femme qui est bien réglée, donc qui voit ses menstruations, à la fin de chaque menstruation, la femme doit se regarder les seins, s’auto examiner, pour rechercher la présence d’une boule ou de toute autre anomalie qui peut orienter vers le cancer du sein. Donc quand elle suspecte qu’il y a une boule ou une anomalie au niveau du sein, elle va dans la structure de santé la plus proche, où un professionnel de santé va l’examiner pour voir s’il n’y a pas d’anomalies.

Il y a aussi, l’examen clinique systématique des seins. C’est-à-dire qu’à l’occasion de chaque consultation, on propose à une femme de se laisser examiner les seins, afin de rechercher une anomalie ou une boule qui peut orienter vers cette maladie. La troisième méthode qui est idéale qui devait être accessible, c’est la mammographie. C’est-à-dire la radiographie du sein qui permet de voir, de détecter la maladie sans même que la boule ne soit perceptible au niveau du sein. Donc ça permet de voir la maladie tout à fait au début et de faciliter le traitement.

Guineematin.com : comment se fait le traitement ?

Pr. Bangaly Traoré, service de cancérologie de l’hôpital national Donka

Professeur Bangaly Traoré : le traitement est aussi complexe et varié. Il comporte le traitement chirurgical, c’est-à-dire c’est l’opération qui consiste soit à opérer pour en enlever la maladie tout en conservant le sein ou bien à enlever la totalité du sein, ça s’appelle traitement conservateur et radical. Mais ça, ça dépend du stade auquel on a reçu le patient. Je dis le patient, parce que l’homme et la femme peuvent être victimes du cancer du sein. L’homme est atteint du cancer du sein dans une proportion de 1% à 2%.

Alors, il y a les traitements médicaux, dont la chimiothérapie. Ce sont des médicaments chimiques anti-cancéreux qu’on donne pour détruire la cellule, partout où elle se trouve dans l’organisme. Il y a l’hormonothérapie. Je parlais tout à l’heure de cancers qui dépendent de la stimulation hormonale, donc on donne des antihormones pour bloquer la stimulation hormonale. Il y a aussi des thérapies ciblées, où on utilise des médicaments pour détruire certaines cellules particulières du cancer du sein. Ça s’appelle les anticorps monoclonaux. Donc, permet de cibler les cellules et de les détruire. Il y a les traitements physiques, c’est la radiothérapie. On utilise des radiations ionisantes pour traiter et détruire les cellules cancéreuses.

En dehors de ces traitements, c’est-à-dire la chirurgie, du traitement médical et de la radiothérapie, il y a d’autres traitements accompagnants telle que la prise en charge de la douleur. Quand les malades ou les femmes sont anémiés, il faut aussi une prise en charge de ceci.

Guineematin.com : pendant combien de temps peut durer le traitement du cancer du sein ?

Professeur Bangaly Traoré : le traitement du cancer du sein varie de huit mois à un peu plus d’un an. Il y en a même qui peuvent aller jusqu’à deux ans. Et si le traitement est purement chirurgical, ça peut s’arrêter à plus de deux mois. Ça dépend du stade auquel on a vu le patient. Il est plus facile de traiter très rapidement quand c’est vu tôt que si la maladie est un peu avancée.

Guineematin.com : est-ce que tous les types de cancers du sein peuvent être traités aujourd’hui en Guinée ?

Professeur Bangaly Traoré : bien sûr, nous prenons en charge tous les types de cancers du sein en Guinée. Par contre, quand la maladie arrive en phase de la radiothérapie, on les oriente vers l’extérieur pour bénéficier de ce traitement, parce que nous n’avons pas ce traitement sur place.

Entretien réalisé par Fatoumata Djouldé Diallo pour Guineematin.com

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