Elhadj Saïkou Yaya Barry, président de la Coordination des Fulbhé et Haali Poular de Guinée

Il appartenait à cette légion d’honneur de ces grands hommes du devoir bien accompli, guidés par la seule ambition d’être serviables aux autres en ne leur disant que la vérité, qu’elle plaise ou qu’elle blesse. 

Pourtant, de par ses origines et sa naissance au cœur même de l’aristocratie régnante Seydiyanké de la branche Soriya de la prestigieuse lignée de Ibrahima Sory Yero Pathé dit « Sory Mawdho », le deuxième Almamy de la confédération théocratique du Fouta Djallon, Elhadj Saikou Yaya Barry était un prince peul du beurre et du lait. 

Il l’était comme les Almamys Sadou, Abdoul Ghadiri, Oumarou, Ibrahima Doghol Fela, Bocar Biro, Sori Yilili, Alimou, Boubacar et Aguibou (père de Barry Diawadou), descendants de Maliki, frère de Nouhou, père du premier Almamy du Fouta Théocratique, Alpha Ibrahima Sambegou dit Karamoko Alpha Mo Timbo. Illustre premier de la branche Alphaya auquel succédèrent par alternance biennale ses deux fils : les Almamys Alpha Saliou, Abdoulaye Bademba, puis Boubacar Zikrou, Bacar, Sory Dara, Amadou, Oumar Bademba, Oumar Bademba(2), Ibrahima Sory Sabou et Ibrahima Sory Dara.

Ce rappel historique n’est pas fortuit à mes yeux. Car il montre qui était Elhadj Saikou Yaya Barry dont les attributs princiers ne l’ont jamais grisé au point d’exiger qu’on lui tressât des couronnes au son de la Tabala de la cour royale. Il s’était plutôt placé aux avants postes du combat pour la liberté, la dignité, l’unité et l’indépendance. Des valeurs et principes qu’il a défendus sa vie durant. Et, c’est pour le triomphe de ceux-ci qu’il prit une part active au mouvement politique qui accéléra l’accession de notre pays à la souveraineté pleine et entière sous la bannière du PDG, dirigé par Ahmed Sékou Touré. 

Ce qui valut à Elhadj Saikou Yaya Barry d’être élevé au rang de compagnon de l’indépendance et de servir dans tout le pays dans des fonctions politiques et administratives de premier plan. Comme à Gaoual dans les années 60 où son sens élevé de responsabilité et sa proximité avec les populations verront ces dernières proposer le nom de sa femme Sakinatou Barry pour baptiser le quartier à majorité Diakanké.

Ce quartier, l’un des quatre que compte la ville de Gaoual, s’étend sur la rive gauche du fleuve Tominé venu de Télimélé rencontre en ce lieu la Komba venue de Labé pour former le Koliba, frontalier entre notre pays et la Guinée Bissau à 12 km de Foulamory dans le Kaade. La Géographie est la première composante de l’histoire car non loin de là, dans le village de Dombiadji, repose l’Almamy Oumar de la branche Soriya comme lui, le vainqueur du roi de Ngabou Diankewali Sané. 

C’est dans les fonctions de président de la coordination nationale Haali Poular que Elhadj Saikou Yaya Barry donnera toute la dimension de sa forte personnalité. D’abord, en maintenant et en consolidant les liens entre toutes les composantes du Fouta Djallon, ensuite en lubrifiant leurs relations avec le reste de la Guinée. Je garde en mémoire la médiation et le rapprochement obtenus au prix de 48 heures de discussions houleuses parfois entre Cellou Dalein Diallo et Bah Oury à Dakar où on s’était tous transportés au chevet de Elhadj Saikou Yaya Barry, malade en soins chez un de ses fils. 

Mais c’est surtout face au péril que constituait le maudit concept de Manden Djallon entretenu par le pouvoir actuel que le président de la coordination nationale Haali Poular allait constituer un rempart décisif, un canif tranchant et un mur infranchissable. C’était un homme qui ne s’évadait pas de ses responsabilités. Il convoqua des réunions d’urgence, envoya des missions dans tout le Fouta avec un message clair et précis. Il n’y a et il ne saurait y avoir de Manden Djallon. Il y a et il n’y aura que le Fouta Djallon dont tous ceux qui y vivent sont fils de la région sans exclusive. 

Il dénonça avec véhémence les commanditaires et les chargés de mission de cette sale besogne dont le seul but était d’embraser le Fouta Djallon et de le réduire à néant après tout ce que ses fils subissent à longueur de journée en termes de mépris et de haine, de discrimination et d’exclusion de la part des gouvernants. Ça suffit ! Disait-il.

A moi personnellement, journaliste et surtout historien, il avait chargé d’organiser des veillées et des conférences en Guinée et à l’étranger pour expliquer l’histoire du Fouta Djallon, cette terre d’hospitalité et de vaste culture islamique dont les fondements reposent sur un brassage intégré de tous ses habitants. 

Ainsi, en mission de Elhadj Saikou Yaya Barry, je parcouru l’Europe et les États-Unis pendant sept mois pour raconter la belle histoire du Fouta Djallon à nos frères et sœurs guinéens sur fond de débats enrichissants et fructueux.

Le patriarche avait vu juste, car de Paris à Bruxelles ; de Rosendal à Hambourg jusqu’à New York, Philadelphie, Boston, Atlanta, Colombus, Washington, partout ce fut salle comble. 

Le Manden Djallon échoua lamentablement grâce à la prévention et à la vision de Elhadj Saikou Yaya Barry qui s’est toujours affranchi vigoureusement des considérations claniques tribales et ethniques pour ne voir et servir que la Guinée et les Guinéens, tous les Guinéens. 

Repose en paix. AMEN ! 

Amadou Diouldé Diallo 

Journaliste-historien 

Vichy/France 

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