Situé à 25 kilomètres de la commune urbaine de Kindia (sur la route nationale Kindia-Télimélé), le district de Bagueya est l’une des zones impactées par le projet de construction du barrage hydroélectrique de Souapiti. Les habitants de ce district qui se trouve menacé par la montée des eaux sur le fleuve Konkouré sont sommés de quitter leurs terres qui seront bientôt inondées. Malheureusement, aucun bâtiment n’a encore été construit pour eux sur le site qui devrait les recevoir à Modiyah. Une situation à la fois inquiétante et embarrassante pour ces populations qui ne savent plus à quel saint se vouer, rapportent les envoyés spéciaux de Guineematin.com sur les lieux.

Les habitants de Bagueya vivent essentiellement de l’agriculture. Mais, aujourd’hui, ils sont sommés de quitter leurs terres. Pour cause, la construction du barrage hydroélectrique de Souapiti. Le district de Bagueya ferait partie de la longue liste des zones qui seront inondées par les eaux de ce gigantesque ouvrage dont la mise en eau est intervenue le 26 août dernier. Seulement, pendant que les populations de certaines localités impactées par le projet Souapiti se plaignent de l’insuffisance des maisons et du manque d’espace dans leurs sites de recasement, celles de Bagueya scrutent encore les terrains vides de Modiyah où elles devraient être réinstallées.

Rencontré par l’équipe de journalistes de Guineematin.com qui s’est rendue hier, vendredi 20 septembre 2019, à Bagueya, Mamadouba Camara, le président dudit district, a exprimé les inquiétudes de ses administrés.

Mamadouba Camara, président dudit district

« Les chinois sont venus nous trouver ici à cause de la construction du barrage de souapiti. Ils ont recensé nos plantes et nos maisons. Ils nous ont dit qu’on ne doit pas rester ici… Nous leur avons montré un lieu où nous allons déménager. Ils sont allés faire le lotissement et réaliser deux forages. C’est là qu’ils ont arrêté les travaux, en nous disant qu’ils ont du boulot à faire derrière la montagne. Sans nous dire où ils allaient, ils ont quitté Modiyah. Depuis qu’ils sont partis, ils ne sont plus revenus. Quand on les appelle, ils disent que la pluie empêche les travaux de construction… On nous dit toujours qu’on doit quitter Bagueya ; mais, rien n’est encore fait pour nous à Modiyah. Nous sommes très inquiets pour ça », a expliqué Mamadouba Camara.

Selon les habitants de Bagueya, à part le recensement, rien n’est fait encore par le projet Souapiti, dans le cadre de leur dédommagement et de leur recasement à Modiyah.

Soryba Camara, citoyen de Bagueya

« Depuis le recensement, nous n’avons rien vu d’abord ! Nous demandons au gouvernement de nous venir en aide ; sinon, on ne sait pas comment vivre. Comme c’est un intérêt du peuple, on ne peut pas refuser de déménager. Mais, nous avons des difficultés. On doit quitter Bagueya pour Modiya ; mais, rien n’est fait là-bas. Même une case n’a été construite pour nous d’abord. On apprend que l’eau est en train de monter de l’autre côté. On a peur d’être noyé ici ; mais, on ne sait pas où aller. En plus, nous avons appris que les maisons qu’ils ont construites ailleurs, comme à Kinfayah, ne sont pas du tout convaincantes. Ce sont des maisons avec des petites chambres où on ne peut même pas placer un lit, à plus forte raison une armoire. C’est vraiment inquiétant », s’est plaint Soryba Camara, citoyen de Bagueya.

Visiblement, la préoccupation est grande. Et, à l’absence d’interlocuteur, les habitants de Bagueya sont dans le désarroi. Ils attendent chaque jour d’être déguerpis pour un terrain qui n’a pas été mis en valeur à Modiyah. Avec la peur d’avoir les pieds dans l’eau, Karamoko Naby, le premier imam de Bagueya, émet des réserves sur les promesses qui leur ont été faites. Ce guide spirituel s’interroge aussi sur la qualité des bâtiments qui leur seront construits à Modiyah pour leur réinstallation.

Karamoko Naby, premier imam de Bagueya

« Ils font croire qu’ils construisent de belles maisons. Mais, aux dernières nouvelles, les chambres de ces maisons sont restreintes. Et puis, le nombre de maisons qu’ils ont recensées, ce n’est pas ce nombre qu’ils construisent pour toi. Par exemple, si tu as cinq maisons en banco, ils te donnent trois ou deux maisons en dur. C’est inquiétant pour quelqu’un qui a une grande famille. En plus, les plantes qui ont été recensées, c’est eux qui savent le nombre. Nous, on n’a aucune connaissance du nombre d’arbres qu’ils ont pris en compte. On se demande aussi si ce sont les guinéens qui viendront construire nos maisons et rembourser nos plantes. Car, si ce ne sont pas les chinois, nous allons perdre. On est tous des guinéens. Et, on sait que le guinéen aime tromper son frère », a indiqué le premier imam de Bagueya.

Selon Amara Camara, le directeur général du projet Souapiti, le programme d’action de réinstallation comporte six (6) programmes avec 23 mesures. Et, ça va du choix des sites de recasement jusqu’à l’indemnisation. « Tout sera indemnisé. Tout ce qui entre dans leur patrimoine, que ça soit les arbres fruitiers, les poulaillers, les cuisines, tout sera indemnisé. Il n’y a pas de dilemme en la matière », a indiqué Amara Camara, lors d’une tournée de prise de contact du ministre de l’Energie, Cheick Taliby Sylla, avec les populations impactées par le projet de Souapiti.

Nous y reviendrons !

De retour de Bagueya, Mamadou Baïlo Keïta et M’Bemba Condé pour Guineematin.com

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