Peu avant la réouverture des classes, un des correspondants de Guineematin.com s’est rendu dans la sous-préfecture de Bangouyah, située à 35 kilomètres sur la route de Télimélé. Une des plus oubliées de cette préfecture par nos autorités. Et, parmi les préoccupations des citoyens locaux, il y a le manque d’enseignants. Ce qui pousse les enfants loin des écoles. Aujourd’hui, dans cette sous-préfecture, le droit à l’éducation des enfants est visiblement foulé au sol par les autorités éducatives…

Selon des témoignages recueillis sur place, les enseignants qui sont mutés dans cette sous-préfecture n’acceptent quasiment pas d’y aller. Les quelques rares qui y vont ne durent pas sur les lieux. Et, ceux qui acceptent de servir là-bas n’y érige pas domicile. Ils font la navette entre le centre-ville de Kindia et Bangouyah ; et, ils ne dispensent les cours que trois jours dans la semaine. Conséquences, les élèves finissent par quitter les tables-bancs et deviennent conducteurs de taxi-moto ou apprentis-chauffeurs. Ce, au grand dam de leurs parents qui assistent impuissants à ce triste sort.

Ousmane Barry,

« Notre collège est là ; mais, il n’existe que de nom. Il n’y a pas d’enseignant. Même cinq matières ne sont pas enseignées ici. L’école primaire qui est là aussi, le directeur se trouve au centre-ville de Kindia. Il ne fait que trois jours ici. Donc, si l’école reste comme ça, c’est vraiment une inquiétude pour nous. Les enfants n’étudient pas. Ceux qui doivent faire le collège ont tous abandonné à cause du manque d’enseignants. C’est difficile pour nous. Quand tu envoies ton enfant en ville où il n’a pas de soutien, encore moins un parent qui peut l’encadrer, il ne pourra pas étudier. C’est ce qui fait que tous ces enfants sont devenus apprentis de véhicules ou conducteurs de taxi-moto. Par exemple, moi, j’encadre trois enfants qui font le collège. Ils sont tous orphelins de père et leur mère n’a aucun moyen pour leur permettre de continuer les études en ville. Ici, nous n’avons que deux professeurs pour tout le collège. Je ne connais même pas leurs noms, parce qu’ils ne sont pas logés ici. Après les cours, ils rentrent en ville. Notre école a été renouvelée ; mais, il ne fonctionne pas. Nous sommes dans l’obscurité. Au moment où ma génération étudiait ici, les enseignants venaient avec leurs familles. Aujourd’hui, tous les enseignants qui sont là sont logés en ville. Les enfants n’étudient pas du tout ici », a dénoncé, Ousmane Barry, citoyen de Bangouyah.

Apparemment, le taux de déscolarisation est très élevé dans cette sous-préfecture qui se trouve à 35 kilomètres de la commune urbaine de Kindia, sur « l’ancienne » route nationale Kindia-Télimélé. Il n’y a pas de statistiques disponibles ; mais, les habitants de Bangouyah sont unanimes sur la question.

Selon M’ma Hawa Camara, la présidente des femmes de Bangouyah, c’est le manque criard d’enseignants dans leurs écoles et le manque de moyens des parents qui poussent les enfants à abandonner prématurément les études.

M’mahawa Camara

« Nos enfants n’ont pas d’enseignants. Nos responsables (le sous-préfet et le maire) ont tout fait ; mais, ça ne marche pas. Si un professeur a cours aujourd’hui, après son cours, il rentre en ville. Même si vous lui donnez une place ici, il refuse d’y rester. On ne sait pas pourquoi. Et, pourtant, les enfants sont l’avenir de Bangouyah… Quand on envoie nos enfants en ville, c’est pitoyable. Parce qu’ils n’ont pas un bon tuteur et le problème de nourriture se pose aussi. En plus, comme ils n’ont pas le niveau, les enfants abandonnent complètement l’école. Cette année aussi, la même crainte s’installe chez nous les parents. Parce qu’on se demande si les enseignants qui étaient là l’année dernière vont accepter de revenir… Les enfants qui ont décrochés l’examen d’entrée en 7emeannée sont là pour le moment. Mais, si les enseignants ne viennent pas, on va forcément les amener en ville pour le collège. Ça fait presque six ans qu’il n’y a pas d’enseignant ici. Ceux (les contractuels communautaires) qui sont recrutés par notre directeur d’école sont payés par les parents ; et, la mensualité est fixée à 3 000 francs. Mais, payer ça aussi est tout à fait un problème. Car, les parents n’ont pas les mêmes moyens. Aujourd’hui, tous les enfants de Bangouyah sont devenus des conducteurs de taxi-moto. Et, cela n’est pas un avenir pour un enfant qui veut être une relève de demain », a expliqué M’ma Hawa Camara.

De Kindia, Mohamed M’Bemba Condé pour Guineematin.com

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