Les descentes sur le terrain des forces de l’ordre occasionnent souvent des morts d’hommes à Conakry. La dernière en date a eu lieu dans la nuit d’hier à aujourd’hui, mardi 08 octobre 2019, au secteur Hafia 1, du quartier Sonfonia, dans la commune de Ratoma. Une descente des gendarmes sur les lieux a coûté la vie à Amadou Oury Bah, un conducteur de taxi moto, tué par balle.

Après le débarcadère de Kaporo, un autre jeune homme a perdu la vie lors de l’intervention d’un groupe de gendarmes, postés au PA situé dans ledit secteur, a expliqué à Guineematin.com des membres de la famille. Amadou Oury Bah, âgé de 20 ans, a reçu une balle à bout portant avant de rendre l’âme.

Mamadou Alpha Bah, père de la victime

Selon Mamadou Alpha Bah, père de la victime, son fils était assis au terrain de football avec certains de ses amis quand des gendarmes, à bord d’un pick-up, sont venus les pourchasser. « J’ai dîné avec mon fils la nuit. Ensuite, il s’est levé pour rejoindre ses amis qui étaient assis au terrain, non loin de notre domicile. C’est alors qu’un groupe de gendarmes, posté dans le secteur ici, est venu pour les attraper. C’est ainsi que certains se sont mis à fuir. Lui, il a dit qu’il ne va pas fuir puisqu’il ne se reproche de rien. Mais, il a été pourchassé. Ils l’ont fait tomber à côté d’une concession avant d’ouvrir le feu sur lui. La balle lui a transpercé le ventre pour sortir au dos ».

Par ailleurs, Mamadou Alpha Bah a expliqué que les gendarmes avaient menacé pendant la journée de tirer sur toute personne qu’ils trouveraient sur les lieux. « Aux environs de 17 heures, ces mêmes gendarmes basés au PA ici sont passés au terrain. Ils ont dit qu’ils viendront la nuit et que quiconque ils trouveraient là-bas, qu’ils vont tirer sur lui. Je peux pardonner chez Dieu ; mais, je ne pardonne pas aux gendarmes qui ont tué mon fils. Parce qu’ils ont fait exprès pour le tuer. Mon fils n’a ni menti, ni volé, il n’avait rien de mauvais sur lui. Ils l’ont tué parce qu’ils se sentent forts. Je ne pardonne pas la mort de mon fils. Je vais user de tous les moyens pour que justice soit rendue », a-t-il promis.

Madame Bah Ramatoulaye Barry, mère du défunt Amadou Oury Bah

Pour sa part, madame Bah Ramatoulaye Barry, mère du défunt, a également dit sa tristesse face à cette terrible épreuve. Elle dénonce le fait qu’au lendemain de ce meurtre, les gendarmes soient revenus pour tirer du gaz lacrymogène dans la concession du défunt. « Ce que je sais, c’est que mon fils a été tué par des hommes sans foi. Hier, toute la journée, j’étais avec lui. Comme s’il savait qu’il allait me quitter pour toujours, hier, il a passé toute la journée à mes côtés… La nuit, il m’a dit qu’il partait passer un peu de temps avec ses amis, qu’il n’allait pas durer puisqu’il devrait être matinal au boulot. Son père venait de lui acheter une nouvelle moto, il devait aller faire le taxi-moto. Je prie Dieu de rendre justice, car c’est Lui qui nous a créés tous et c’est Lui qui a le pouvoir sur nous tous. Ce qui m’a encore plus fait mal, c’est qu’au moment où nous sommes en train de pleurer mon fils, les mêmes gendarmes sont venus jeter encore du gaz lacrymogène sur nous ce matin, accompagné d’injures grossières ».

Mamadou Baïlo Diallo, chef de secteur de Hafia 1

De son côté, Mamadou Baïlo Diallo, chef de secteur de Hafia 1, qui a suivi cette affaire toute la nuit, a fustigé l’attitude des forces de l’ordre. Il a mis l’occasion à profit pour interpeller les autorités au plus haut niveau sur ce qui se passe actuellement dans son secteur. « Bien que l’enfant soit tué, ce matin encore, les mêmes gendarmes sont venus pour semer la terreur dans le secteur. Ils sont venus frapper tout le monde ici (femmes, jeunes, enfants, vieux, etc.) et jeter des bombes lacrymogènes dans les concessions, notamment celle où le défunt habitait. Aujourd’hui, nous avons plusieurs personnes qui ont été blessées par les gendarmes. J’ai été témoin de tout ce que je vous dis. J’exhorte le haut commandement de la gendarmerie à ouvrir des enquêtes sérieuses pour identifier le ou les coupables de ce meurtre ».

Amadou Oury Bah était originaire du secteur Sounkaya, relevant du district de Kolia, dans la sous-préfecture de Linsan, à Lélouma.

Guineematin.com présente ses condoléances les plus attristées à sa famille.

Paix à son âme, amine !

Ibrahima Sory Diallo pour Guineematin.com

Tél. : (00224) 621 09 08 18

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