Après la chaude journée d’hier, lundi 14 octobre 2019, à l’occasion de laquelle des manifestations et des violences ont été enregistrées à Conakry et dans plusieurs villes de l’intérieur du pays, le président Alpha Condé a lancé un appel au dialogue avec le FNDC qui a appelé à ces mouvements de protestation contre un troisième mandat en Guinée. Des manifestations qui ont paralysé la plupart des villes du pays et ont entraîné au moins 5 morts dont un gendarme, de nombreux blessés et des interpellations.

Au lendemain de cette main tendue du chef de l’Etat, un reporter de Guineematin.com a recueilli la réaction de l’opposant Sidya Touré. Le président de l’UFR s’est exprimé depuis son domicile situé au quartier Minière où il est confiné par des agents des forces de l’ordre depuis hier matin. Il émet des doutes quant à la sincérité des autorités et pose des conditions pour participer à toutes discussions avec le pouvoir.

« Il faut commencer par libérer les responsables du FNDC qui ont été arrêtés dans les circonstances que nous connaissons. C’est-à-dire de manière totalement illégale avant qu’on ne discute de tout cela. C’est une habitude du pouvoir d’Alpha Condé. Chaque fois qu’il y a eu crise, on vous lance un os le temps pour vous de remuer cela, ils continuent leur programme. Cellou et moi avons écrit avant la crise pour ne qu’on arrive à ce niveau au ministre de l’administration du territoire pour lui demander à ce que le comité de suivi soit réactivé. Cela n’a pas été fait fait. Ça veut dire il n’y aucune sincérité en cela (la main tendue d’Alpha Condé, ndlr). C’est simplement pour faire baisser la tension. Nous n’avons aucun intérêt à nous inscrire dans une aventure pareille », estime Sidya Touré.

Pour l’opposant, le peuple de Guinée s’est exprimé à travers les manifestations d’hier et a donné sa position sur le projet de changement de la Constitution qui devrait permettre au président Alpha Condé de briguer un troisième mandat. « Les manifestations d’hier ont prouvé que la majorité des guinéens étaient opposés à l’idée d’un troisième mandat d’Alpha Condé. C’est vraiment la première conclusion qu’on peut tirer de ces manifestations. Ensuite, nous estimons que le pouvoir a été fébrile. Parce que je ne vois pas de raison pour laquelle on peut avoir à tirer sur les jeunes gens qui sont en train de manifester dans un pays où la constitution leur donne absolument ce droit.

On s’est rendu compte que notamment en ce qui concerne l’UFR, nos militants ont été ciblés de telle façon qu’on puisse casser les manifestations, ce qui n’a pas marché. De Matoto jusqu’à Kaloum, pratiquement il y a une quarantaine. Ce matin encore, j’apprends qu’on est pratiquement à plus de cinquante personnes arrêtées y compris le responsable de la jeunesse du parti dont la concession familiale a été agressée. Des gens ont été blessés, des véhicules ont été saccagés et je pense que c’est un comportement qui n’est pas digne d’un gouvernement », a regretté le président de l’UFR.

L’opposant s’insurge aussi contre des abus dont son parti a été victime en Haute Guinée. « Hier, les manifestants qui étaient réunis au siège de l’UFR à Kankan ont été agressés, molestés et le siège a été totalement saccagé. Ils ont été envoyés à la police, et ce matin ils ont été déférés et mis en prison. On a une douzaine comme ça. À Siguiri, les intimidations, à Mandiana, on a un blessé, on ne sait pas dans quel état il est actuellement. Donc voilà un peu ce qui s’est passé hier. Le résultat global de tout ça, les Guinéens ont voté hier en sortant massivement et en maintenant les activités bloquées non seulement à Conakry et dans la majeure partie des villes de l’intérieur pour s’opposer au troisième mandat d’Alpha Condé », a laissé entendre Sidya Touré.

Siba Guilavogui pour Guineematin.com

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