Comme annoncé précédemment, le procès de Badra Koné (vice-maire de Matam et secrétaire général de la jeunesse de l’UFR), Elie Kamano (artiste reggaeman et président du parti PGSD) et Cie a connu son épilogue hier, mardi 22 octobre 2019, au tribunal de première instance de Mafanco.

Interpellés la veille et le jour des manifestations de rue organisées la semaine dernière par le FNDC (front national pour la défense de la constitution), plusieurs de ces citoyens ont été reconnus coupables de « provocation à un attroupement non armée ». Mais, Elie Kamano et Badra Koné ont eu la coupe pleine. Les deux hommes politiques ont été condamnés respectivement à un an de prison dont six mois assortis de sursis et trois ans de prison dont deux ans assortis de sursis, rapportent les reporters de Guineematin.com qui étaient au tribunal de Mafanco.

C’est sous haute surveillance des agents de la sécurité que cette dernière audience qui boucle, en première instance, cette « affaire politico-judiciaire », s’est tenue ce mardi, devant le tribunal correctionnel de Mafanco.

Très tôt le matin, des policiers et des gendarmes ont quadrillé le périmètre qui se trouve autour de cette juridiction de première instance. Ils ont établi deux points de contrôle sur la route qui mène au tribunal. « Qui êtes-vous ? Où allez-vous ? » Demandaient-ils sans cesse aux personnes qui s’y aventure. Et, aux journalistes, ils donnent des règles de conduite à observer.

« Vous connaissez les nouvelles instructions ? Aujourd’hui, ce n’est pas comme les autres jours. Vous ne devez pas filmer, prendre des photos ou enregistrer ce qui se passe dans la salle d’audience. Ce sont les nouvelles instructions que nous avons reçu », disent-ils avant de libérer le passage.

Les mêmes consignes vous sont répétées au deuxième point de contrôle, mais avec plus de fermeté. « Si vous avez des caméras, des téléphones androïdes, éteignez-les. Si on vous prend en train de filmer ou de prendre des photos, nous allons retirer vos téléphones et vous embarquer (pour ainsi dire vous arrêter) ».

Cependant, l’audience n’a pas eu lieu le matin, comme prévu. A 9 heures, une affiche tout près du rôle annonçait le renvoie de l’audience à 15 heures. Aucune raison de ce report n’était indiquée ; mais, on pouvait aisément constater l’absence des prévenus (Elie Kamano, Badra Koné et Cie), dans la salle d’audience. Ils n’étaient pas encore arrivés au tribunal.

Après une longue attente, le minibus transportant les prisonniers arrive au tribunal. Il était 14 heures 35’. Ils descendent du minibus, direction la salle d’audience où ils ont pris place sous l’œil vigilent des agents de sécurité.

Coiffé d’un bonnet bleu et vêtu d’un complet bleu sombre, l’artiste Elie Kamano et le vice-maire de Matam, Badra Koné (vêtu d’un maillot du Sily national) étaient assis côte à côte, sur le second banc de la rangée de droite.

Visiblement très décontractés, sourire aux lèvres, les deux hommes politiques (qui militent tous contre un troisième mandat pour le président Alpha Condé, l’actuel chef de l’Etat guinéen) échangeaient des mots. Et, ils saluaient les gens avec un petit geste de la main. Par moment, Elie Kamano se levait pour serrer la main à certaines personnes qui étaient au font de la salle.

Après avoir sifflé un jus et grignoté un sandwich, Badra Koné s’est même permis de porter des écouteurs. Surement pour savourer de la musique. En tout cas, on pouvait le voir en train de faire danser sa tête. Il était 15 heures 23’.

« Aujourd’hui, il n’y a pas de photos, il n’y a pas d’enregistrement », lance au micro un homme à l’endroit des journalistes qui étaient massés hors de la salle d’audience.

Quelques minutes plus tard (à 15 heures 43’), la juge, Djénabou Donghol Diallo, fait son entrée ; et, l’audience tant attendue est ouverte. Les expressions « coupables » et « non coupables » s’enchainent au cours de sa lecture de la décision du tribunal contre les prévenus.

« Le tribunal statuant publiquement… déclare Elie Kamano coupable… et le condamne à un an de prison dont six mois assortis de sursis », a-t-elle dit entre autres.

Une voix cris du fond de la salle : « Amoulanfé (ça ne marche pas en langue Soussou) ». Cette voix est suivie d’un brouhaha qui amena la juge à interrompre sa lecture.

« S’il vous plait ! S’il vous plait ! Les services de sécurité, maintenez le calme dans la salle », entend-on du côté du ministère public.

« Le calme se maintient par de bonnes décisions », réplique un avocat de la défense.

Ce dernier est immédiatement suivi par un de ses confrères qui soutient « qu’un juge qui rend une mauvaise décision a toujours peur ».

« Lisez vite votre décision ! Rien ne nous surprend ici. On sait que ce sont des décisions synchronisées (en référence à la condamnation des leaders du FNDC au tribunal de Dixinn, dans la matinée de ce mardi) », a lâché un autre avocat de la défense.

La juge, Djénabou Donghol Diallo, reprend la parole et interpelle le doyen des avocats de la défense. « Me Traoré, calmez vos confrères ! » s’exclame-t-elle.

« Je fais de mon mieux, madame la présidente », répond l’avocat, tout en faisant des signes à ces collègues de calmer la tension.

Le calme à peine revenu, après quelques minutes de brouhaha, la juge Djénabou Donghol Diallo reprend sa lecture et annonce la condamnation de Badra Koné à trois ans de prison dont deux ans assortis de sursis.

Cette décision sera suivie de l’hymne du FNDC, puis de l’hymne national de la Guinée. « C’est nous les guinéens qui avons choisi la liberté à l’oppression », ont entonné, séance tenante, les militants du front national pour la défense de la constitution. Ceci, sous l’encouragement de Badra Koné et Elie Kamano, deux prévenus qui ont été condamnés avant la levée de l’audience.

A noter que les avocats de la défense ont relevé appel de la décision rendue par le tribunal.

Mamadou Baïlo Keïta et Siba Guilavogui pour Guineematin.com

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