Jusque-là peu ou pas connu du grand public, Oumar Pathé Barry est un jeune très engagé dans les combats citoyens. Depuis quelques temps, ce jeune dynamique d’une vingtaine d’années participe aux manifestations sociopolitiques qui se tiennent à Conakry. Malgré sa condition d’handicapé, Oumar Pathé Barry bat le pavé à chaque fois que les circonstances l’exigent. Et, depuis hier (jeudi), il se trouve sous les feux des projecteurs. Comme un rayon de soleil de midi, sa participation à l’acte III du front national pour la défense de la constitution (qui proteste contre un troisième mandat du président Alpha Condé en Guinée), l’a révélé au grand jour. Avec les opposants au projet de nouvelle constitution en Guinée, Oumar Pathé Barry a parcouru les onze kilomètres qui séparent la Tannerie de l’esplanade du stade du 28 septembre.

Mais, qui est ce jeune qui suscite tant d’intérêt depuis ce 07 novembre 2019 ?

Oumar Pathé Barry est originaire du district de Ley-Legguel, sous-préfecture de Sarékaly, préfecture de Télimélé. Il est âgé de 27 ans et titulaire d’un diplôme de licence en gestion des ressources humaines. Il est orphelin de père (depuis quelques semaines) et membre d’une famille de huit enfants. Il est sans emploi ; et, dans la vie active, c’est un homme effacé. C’est aussi un handicapé qui ne peut marcher qu’en s’appuyant sur deux béquilles.

« Mon handicap est lié aux évènements du 28 septembre 2009 à Conakry. Je revenais de chez un ami à la Tannerie. A mon arrivée à Cosa, un groupe de militaires est venu sur les lieux. Ils ont tiré sur moi au niveau du genou gauche. Avec cette blessure, je suis resté deux jours à la maison. Je n’ai pas pu aller très tôt à l’hôpital, parce que les militaires étaient en train de rechercher les gens dans les quartiers. Donc, c’est après deux jours que je suis allé à l’hôpital Donka où les médecins ont dit que ma blessure était grave. Et, ils ont alors suggéré qu’on ampute le pied », a expliqué Oumar Pathé Barry, dans un entretien qu’il a accordé à un reporter de Guineematin.com ce vendredi, 08 novembre 2019.

Alors qu’il faisait la 9ème année, ce jeune perd sa jambe gauche. Et, par ricochet, il a fait son entrée dans le cercle des hommes à trois pieds. Mais, loin de se lamenter sur sa condition d’handicapé, Oumar Pathé a su mener ses études à bon port. Il a respectivement affronté le BEPC (brevet d’études du premier cycle) et le baccalauréat unique. Et, avec succès, il a franchi ces obstacles (qui coûtent des années d’effort à de nombreux jeunes de sa génération) pour faire des études supérieures.

Contrairement à de nombreux handicapés (qui ont réduit leur vie à la mendicité), Pathé Barry a eu le courage de prendre son destin en main. Au lieu de tendre la main, il a ouvert un petit kiosque de transfert de crédit. Il n’est pas dans le Top 10 des meilleurs entrepreneurs, mais son revenu l’aide à satisfaire à ses quelques besoins.

A 27 ans, Oumar est encore célibataire. Et, depuis cinq ans, il participe, dans l’ombre, aux différentes manifestations sociopolitiques enregistrées à Conakry. Sa conviction, c’est la lutte pour le respect de la loi et des droits reconnus aux citoyens pour une Guinée unie et prospère. « Ça a fait cinq ans maintenant que je participe aux manifestations. Mais, je ne prends pas part à toutes les manifestations. Quand les organisateurs et les autorités ne s’entendent pas sur la tenue d’une marche, je ne sors pas. Car, vous savez ce qui se passe généralement. Et, je ne peux pas risquer ma vie comme ça. Mais, si c’est autorisé, j’y participe », a-t-il laissé entendre, tout en précisant qu’il avait pris part en début de cette semaine, à l’enterrement des onze victimes des manifestations du FNDC.

Comme à ses habitudes, il était ce jeudi dans les rues de Conakry. Il faisait partie de cette marée humaine qui a battu le pavé ce 07 novembre 2019, pour protester contre un 3ème mandat en Guinée. Avec détermination, Oumar Pathé Barry a parcouru le trajet de onze kilomètres qui sépare la Tannerie (point de ralliement des marcheurs) à l’esplanade du stade du 28 septembre (point de chute de la marche).

Et, sans s’y attendre, sa participation à l’acte III du front national pour la défense de la constitution l’a révélé au grand jour. Il a été admiré, galvanisé, adulé par les marcheurs. Sans le vouloir, il a suscité de l’intérêt chez certains journalistes qui étaient à la Tannerie. Ces photos ont fait le tour sur les réseaux sociaux. Et, les internautes n’ont pas tari d’éloges. « C’est le héros du jour », commente Abou-Bakr Bocar Sow sur la page facebook officielle de Guineematin.com, où quelques photos de ce jeune handicapé ont été affichées.

« Je tire mon chapeau pour le courage et la détermination de cet homme », écrit Saliou Fadiga. « Un vrai patriote », renchéri Paykoun Koudel. « Ce monsieur me rend fier », enchaine Mamadou Korka Bah.

Dans cette foulée des réactions, une action citoyenne de levée de fonds a été initiée par madame Fatou Baldé. Une action qui a, en moins de 24 heures, permis de collecter deux millions deux cent mille (2 200 000) francs guinéens en faveur de Pathé Barry.

« On continue la collecte ; et, on espère que les bonnes volontés vont réagir. On doit l’envoyer voir un orthopédiste qui va l’examiner et déterminer la prothèse qui pourrait lui convenir. Si ça ne va pas ici (en Guinée), on espère qu’il y aura suffisamment d’argent pour l’évacuer à l’extérieur. On s’est un peu renseigné. Et, les prothèses coûtent entre 350 et 3 500 euros, selon la qualité de la prothèse et le niveau d’amputation du pied. Mais, il y a aussi une rééducation pour lui permettre de marcher avec la prothèse », a expliqué au téléphone de Guineematin.com madame Fatou Baldé.

Déterminé à mener un combat citoyen contre un pouvoir à vie en République de Guinée, Oumar Pathé Barry estime que la lutte du FNDC est l’affaire de tous les Guinéens.

« Ce combat n’est pas pour un seul individu. C’est un combat pour tous les Guinéens. Et, c’est un combat noble. C’est pourquoi, je demande aux gens de sortir pour défendre notre constitution », a-t-il confié lors de l’entretien qu’il nous a accordé.

Mamadou Baïlo Keïta pour Guineematin.com

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