Feu Ibrahima Deing, ancien ministre guinéen de la Sécurité

A le voir en famille lors des cérémonies, chahuter, provoquer ses belles-sœurs, cousines et même ses belles nièces, dont il regrettait ne pas être le cousin, on pense à un homme chaleureux, juste bon pour jouer à la comédie. Erreur !

Une fois sur le front du travail, c’est un homme très rigoureux, à cheval sur les principes, téméraire à dire la vérité à n’importe qui, n’importe où, n’importe quand.

Cette anecdote suffit pour s’en convaincre. Un jour, son neveu, le fils du professeur Naye Dieng, son frère aîné, accidente mortellement un jeune dans la zone de Bambéto. Il est immédiatement mis aux arrêts et mis au violon au commissariat de police de Bambéto. Sa mère, Hadja Yayé Sow, ses tantes Diafarou et Koumborou, ainsi que plusieurs membres de la famille, se présentent au commissariat et envoient à manger au détenu.

Informé, Ibrahima Dieng, alors tout puissant ministre de la Sécurité arrive sur les lieux. Il ordonne à sa propre famille de quitter manu militari le commissariat de Bambéto et menace les policiers de sanctions au cas où quelqu’un rendrait visite au détenu, dont il exigera d’ailleurs le durcissement des conditions de détention. « Mon neveu est un criminel », dira-t-il.

Le lendemain, Ibrahima Dieng, en tant qu’oncle du détenu, constituera une délégation, comprenant des membres de sa famille et d’amis, comme le ministre Amadou Camara, pour se rendre dans la famille mortuaire, avec une enveloppe et des présents pour demander pardon. Ce que la famille du défunt, vivement impressionnée par le comportement républicain du ministre de la sécurité, accorda sans sourciller avec des prières et bénédictions pour sa réussite.

C’était cela Ibrahima Dieng que rien ne prédisposait à devenir policier pour avoir fait Economie-Finances à Poly Conakry. Le destin en avait décidé autrement. Il servira comme commissaire de l’aéroport de Labé, de Koundara, de Kissidougou, avant de rejoindre Conakry où il occupera tous les postes pour finir ministre.

Cette belle et enviable carrière, Ibrahima Dieng l’exercera avec un groupe d’amis, je dirais même une bande de copains, dont le commissaire et ministre Amadou Camara sera le plus fidèle compagnon et l’ami de tous les instants.

Ibrahima Dieng était un homme hors du commun et, comme la vie des grands hommes est toujours chargée de symboles, c’est pourquoi il nous a quittés un 9 novembre, comme Charles de Gaulle, le libérateur de la France et la voix de l’Afrique, Myriam Makéba.

En priant DIEU de l’accueillir dans son paradis éternel, tous mes vœux de soutien et de compassion vont à son épouse, Rougui Soumah, à ses enfants, et à sa prestigieuse famille qui a joué un rôle éminent dans l’affirmation et le rayonnement de la confédération théocratique du Fouta Djallon.

Justement, cette famille des Awloubhés du Fouta-Djallon constitue l’académie des princes de la parole et l’avocate du droit coutumier et islamique dans toutes les aristocraties régnantes du Fouta-Djallon, plus particulièrement celles Kaldouyanké et Séléyanké du Diwal de Labé, fondé par l’illustre Thierno Mamadou Cellou, dit Karamoko Alpha Mo Labé.

Ainsi, de Gadha Woundou à Simili, de Dalein à Lélouma, de Gadha Gomba à Mombéya, de Popodara à Singueti, de Kinsi Koté à Kaadé, de Bowé Leymayo à Ndama, de Sigon à Yembéring, de Dougountouny à Madina Wora, les farbas furent les conseillers avisés et écoutés des chefs à la fois spirituels et temporels dans cet espace foutanien véritable sanctuaire de l’islam.

De par l’endogamie pratiquement consacrée chez les Awloubhés, le ministre Ibrahima Dieng a tété au sein et à la barbe des plus éminents de cette aristocratie de la parole et du droit.

Il naquit en 1952 à Kankalabé, dans la cour royale Dialoyanké du Kolladhé, de la prestigieuse lignée d’Alpha Amadou dont les arrières petits fils (Alpha Ibrahima Sila et son fils Thierno Saïdou) assuraient le commandement. Son père, Thierno Bocar Dieng, lui-même fils de Farba Amadou, était le conseiller de la cour. Sa mère, Nênan Naïtou Sow, était la fille aînée du célèbre Farba Hammady Pellal de Labé. Et, ce n’est pas fini ! Car, dans ces connexions et interconnexions familiales de Diencounda et Sowcounda, Ibrahima Dieng est au cœur de l’étage de la fusée de Labé à Gaoual jusqu’à Koundara.

A travers surtout le grand Farba et érudit Thierno Boubou Singueti, fils unique de Thierno Bêly, l’une des rares femmes à posséder à l’époque une école coranique dont il hérita avec 40 talibés et vint fonder le village de Dianweli dans le Kinsi Koté Kakony en souvenir de l’originel à Salambaldé dans le Yembering Mali.

Thierno Boubou Singueti était le père de Thierno Ibrahima le père du comédien Sow Bailo, Thierno Mamadou Samba dit Farba Kendo mon grand maître conseiller du Kaldouyanké Alpha Ousmane Kakony, chef de canton du Kinsi Koté, de Farba Peredio, Farba Siré, Nênan Nêné Gallé Gawlo entre autres.

A noter que les Secks ascendants et descendants de la légende Farba Toura grand et emblématique conseiller de la cour des Almamys Seydiyankés de Timbo et Dabola appartiennent également à cette grande famille des awloubhés du Fouta-Djallon, ainsi que les Niang dont est issu Farba Oumar Niang de Menyega de la cour royale des Pateyankés de Bowé dans le Télimélé et qu’on retrouve aussi dans le ndama et le Badiar à Koundara.

Koto Ibrahima ainsi que je l’appelais fièrement et familialement brassait et embrassait tout ce beau monde charnellement lié à lui et dont il constituait le nectar de Babylone, la fine fleur protea et l’articulation portante dans une guinée et des guinéens succombant à son charme, à son abnégation et à sa rigueur dans le travail d’excellence.

Repose en paix mon Koto Ibrahima.

Amine !

Amadou Diouldé Diallo, journaliste et historien

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