Des familles de victimes de répression lors des manifestations politiques de l’opposition en Guinée ont porté plainte contre Mouctar Diallo, président du parti Nouvelles Forces Démocratiques (NFD) et ministre de la Jeunesse. Des déclarations faites récemment par le ministre, qui dit connaitre des jeunes détenteurs d’armes lors des manifestations, sont à la base du début de cette procédure. L’annonce en a été faite ce mardi, 12 novembre 2019, à l’occasion d’une conférence de presse animée par maitre Thierno Souleymane Baldé, avocat des familles, a appris Guineematin.com à travers un de ses reporters.

Lors d’une sortie médiatique dans l’émission les Grandes Gueules de la radio Espace FM, Mouctar Diallo, président des NFD et ministre de la Jeunesse et de l’Emploi des Jeunes, a laissé entendre qu’il connait des manifestants armés. Devant cette déclaration, certaines familles de victimes ont exprimé leur souhait de voir Mouctar Diallo s’expliquer pour lever un coin de voile sur les décès de près de 120 manifestants depuis 2011 en Guinée. C’est dans cette dynamique que s’inscrit la plainte formulée contre Mouctar Diallo, qui a tout le temps réclamé l’appartenance de Djakariaou Diallo à son parti, la 1ère victime tuée par balle sous le régime Alpha Condé.

Maitre Thierno Souleymane Baldé, en tant qu’avocat de la famille de feu Ismaël Diallo, l’une des victimes des violentes manifestations au quartier Hamdallaye-Kabalaya, dans la commune de Ratoma, poursuit Mouctar Diallo pour non dénonciation de crime auprès du procureur de la République.

Maitre Thierno Souleymane Baldé, avocat de la famille de feu Ismaël Diallo

« J’ai déposé la plainte au nom des familles des victimes. Lorsque Monsieur Mamadou Mouctar Diallo a fait sa déclaration au niveau des médias, il y a eu un certain nombre de familles qui sont venues me voir, puisqu’on est toujours en contact. Ils me disent, maitre Baldé on a déposé des plaintes, jusqu’à maintenant nous n’avons aucune suite. Et il y a Mamadou Mouctar Diallo qui affirme connaitre des jeunes qui détiennent les armes. Donc, pourquoi il ne nous dit pas quels sont ces jeunes-là pour qu’en fin notre plainte soit instruite. Je me pose aussi la question, puisque je ne m’attendais pas du tout à ce qu’il puisse savoir le nom des jeunes qui détiennent les armes sans pour autant les dénoncer. Et comme la loi nous permet, j’ai déposé une plainte conformément à l’article 705 du code pénal pour non dénonciation d’un crime. Donc, non seulement nous demandons à ce que notre plainte soit instruite et qu’ils nous disent exactement quels sont ces jeunes-là qui détiennent les armes afin d’éviter éventuellement qu’il y ait d’autres assassinats. Nous ne connaissons pas la suite, mais nous voulons vraiment arrêter ces massacres », a-t-il laissé entendre.

Madame Safiatou Diallo, mère de Boubacar Bah

Du côté des victimes, Madame Safiatou Diallo, mère de Boubacar Bah, tué en 2015, et d’Ismaël Bah, tué en 2017 lors des manifestations politiques, a dit sa soif de vérité et de justice. « Je ne sais pas qu’est-ce qu’Ismaël Bah pouvait faire pour moi, ainsi que Boubacar Bah. Et quelqu’un d’autre vient les tuer injustement. Je suis venu pour savoir exactement quelles sont les causes de ces assassinats et retrouver les coupables ».

Diallo Mamadou Ciré, coordinateur du mouvement AKHADAN des jeunes leaders de l’Axe Hamdallaye-Kagbélen

Pour sa part, Diallo Mamadou Ciré, coordinateur du mouvement AKHADAN des jeunes leaders de l’Axe Hamdallaye-Kagbélen, n’a pas été tendre avec le ministre Mouctar. « Je ne fais que m’indigner par rapport à sa sortie. Je ne réponds qu’à ce que lui il a dit. Imaginez-vous que nous étions avec quelqu’un, avec lequel nous étions très proches. Ensemble, nous avons planifié l’organisation de plusieurs manifestations. Nous, nous ne sommes pas seulement arrêtés à la planification des manifestations mais, ensemble avec Mouctar, nous avons participé aux manifestations pour l’avènement d’une république démocratique… Il a vendu sa conviction. Parce que, quitter les manifestations tant disque les valeurs pour lesquelles nous étions en train de nous battre ne sont pas acquises, c’est de la trahison. Mais, s’il a utilisé certains jeunes à un moment donné, il a échelonné parce qu’il les a utilisés et qu’aujourd’hui, il va dans l’autre camp, il pouvait au moins les laisser tranquilles. Mais si c’est lui qui essaye encore de charger les jeunes, c’est ignoble », a-t-il déploré.

Maitre Thierno Souleymane Baldé a fait savoir qu’il compte transmettre la copie de la plainte aux institutions qui s’occupent des questions de droits de l’homme et au niveau du corps diplomatique.

Mohamed DORE pour Guineematin.com

Tel: +224 622 07 93 59

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