Michel Pépé Balamou, secrétaire général du SNE

Au cours d’un entretien avec un journaliste de Guineematin.com, ce mercredi 27 novembre 2019, Michel Pépé Balamou, secrétaire général du Syndicat National de l’Education (SNE), a abordé l’actualité du secteur éducatif guinéen. Il a réagi notamment à la menace de grève brandie récemment par le SLECG dirigé par Aboubacar Soumah. Même s’il ne s’oppose pas à la grève qui est un droit, le syndicaliste appelle ses collègues à « mettre balle à terre » et à avoir des « revendications professionnelles ».

Décryptage !

Guineematin.com : le rapport des travaux de toilettage du fichier des enseignants est disponible et on apprend qu’il y a 5700 personnes qui sont considérées comme des fictifs. Quelle lecture le SNE fait de ce rapport ?

Michel Pépé Balamou : nous avons eu tort d’avoir raison parce que nous avions dit que ce toilettage n’allait pas donner grande chose puisqu’on a donné un travail normal à des personnes anormales. C’est-à-dire à des personnes qui n’avaient pas l’expertise nécessaire pour gérer ce toilettage du fichier. Parce qu’il revient à un gouvernement de gérer la situation et non à un syndicat. On n’a pas été entendu et voilà ce qui arrive. Et je pense que ceux qui protestent contre ce rapport, le SLECG d’Aboubacar Soumah, ce n’est pas à eux de protester parce que c’est eux qui ont fait ce recensement, c’est eux qui ont dit aux gens que les enseignants vont avoir bientôt des voitures qu’ils viendront garer à leur siège.

Donc, il est incongru et incohérent qu’ils fassent eux-mêmes un travail et qu’ils n’attendent pas que les résultats de ce travail soient totalement déposés au niveau du Premier ministre et qu’ils disent qu’ils sont contre. D’ailleurs, ils ont fait rêver les gens qu’ils vont avoir quatre à six millions. Et, je crois qu’il faut mettre balle à terre parce que ce qui est obtenu est important même si c’est un franc. Et nous au niveau du SNE, on est en train de travailler à la prime liée à la profession enseignante. Nous allons faire en sorte que les enseignants aient quelque chose et je sais que ça ira pour le bonheur de tout le monde.

Guineematin.com : mais, le SLECG d’Aboubacar Soumah estime que le travail de toilettage n’a pas été bien fait, c’est pourquoi il menace d’aller en grève.

Michel Pépé Balamou : vous savez, c’est un problème très récurrent, les menaces de grève en Guinée. Je crois qu’on ne doit pas encore mettre les enseignants dans une situation difficile. Il revient à l’Etat de prendre toutes les dispositions pour ramener la stabilité dans le pays, dans les concessions scolaires. La grève est un droit, nous au niveau du SNE, on n’est aucunement opposés à n’importe quelle idée de grève, mais nous voulons que les grèves soient professionnelles. Et j’ose espérer que si nos camarades veulent aller en grève, ils vont tenir compte des revendications, puisqu’une revendication salariale se fait sur la base des pourcentages et au prorata des indices, des grades, des échelons et de l’ancienneté. Et je crois que si on s’arcboute sur des revendications catégorielles et sectorielles, il faudrait alors que ces revendications soient professionnelles. Sinon nous au niveau du SNE, nous ne trouvons pas du mal à ce qu’ils aillent en grève.

Guineematin.com : récemment, le SNE a connu des défections : certains enseignants contractuels ont quitté votre syndicat pour rejoindre le SLECG de Kadiatou Bah et d’autres ont rejoint le SLECG d’Aboubacar Soumah. Comment expliquez-vous ces défections ?

Michel Pépé Balamou : d’entrée de jeu, nous, nous sommes très contents parce que ce sont des anciennes structures syndicales qui viennent puiser dans nos rangs. Nous n’avons qu’un an d’existence, ça veut dire que le travail que le SNE est en train de faire est un travail très formidable. Mais, nous avons été très surpris. Après que certains de l’ISSEG et des ENI se soient affiliés au SLEG de dame Kadiatou Bah, Aboubacar Soumah a pris son téléphone pour appeler le coordinateur national des enseignants contractuels, Alsény Mabinty, pour lui dire que le SNE est complice de l’adhésion des enseignants contractuels de l’ISSEG et de l’ENI parce que le SLECG de dame Kadiatou et le SNE appartiennent à l’USTG dirigée par le camarade Abdoulaye Camara.

Et donc, nous, nous avons dit attention, si c’est cela, nous allons nous désolidariser de l’intersyndicale et on l’a fait. Mais toujours est-il que ce groupe a décidé d’aller. Et aujourd’hui, on voit qu’ils ne sont pas la bienvenue d’autant plus que les enseignants titulaires disent que ce sont les enseignants contractuels qui les ont empêchés d’avoir les huit millions et que leur général doit dissocier carrément leur revendication principale qui se trouve être les huit millions à la revendication des enseignants contractuels.

Donc nous, nous pensons que c’est une erreur de jeunesse. Ceux qui sont allés vont revenir parce que ceux qui sont restés avec nous, nous sommes en train de les entretenir. Et à la longue, ils comprendront que le SNE est leur syndicat, c’est le SNE qui a fait leur coaching, c’est le SNE qui a fait leur management, c’est le SNE qui a fait leur publicité médiatique, et je crois qu’aujourd’hui, le SNE n’a pas droit à une ingratitude de leur part et je crois qu’ils reviendront à de meilleurs sentiments et nos portes sont largement ouvertes à eux.

Guineematin.com : vous êtes sur le terrain depuis un peu plus d’une année. Concrètement, qu’est-ce que le SNE a posé comme actes au bénéfice des enseignants ?

Michel Pépé Balamou : oui, on est sur le terrain il y a quelque sorte un an et deux à trois mois. Vous savez, les revendications syndicales ne sont pas des revendications à la va-vite. Le SNE est en train de travailler sur des dossiers de fond. Nous, nous sommes en train de travailler sur la revalorisation des primes et aujourd’hui, le gouvernement est en train d’entendre raison puisque nous avons commencé les premières revalorisations syndicales quand nous étions dans l’intersyndicale avec Dr Alya Camara de l’inspection générale du travail. Et, nous avons réussi quand même à leur faire comprendre que les enseignants doivent avoir une revalorisation substantielle des primes. C’est comme si on dit huit millions c’est trop.

C’est vrai, huit millions c’est trop, c’est parce que l’équation a été mal posée. Il y a même un vieux qui m’a dit : vous les enseignants, vous voulez qu’on vous donne huit millions, mais si on vous donne huit millions et les autres ? Nous, nous disons que si on donne à un enseignant par exemple 99 mille francs comme prime de logement, on donne à l’enseignant 50 mille comme prime de préparation, donc en voulant rehausser ça, ajouté à la prime de zone à un million cinq cent ou deux millions, on risque même de dépasser les huit millions. Donc, je crois que le SNE est en train de travailler sur ça et nous allons être appelés dans les jours à venir pour parler incessamment de cela.

Guineematin.com : toutes les structures syndicales prétendent défendre les intérêts des enseignants. Mais, vous évoluez en rangs dispersés, et vos relations s’effritent de plus en plus. Ne pensez-vous pas que cela est en défaveur des enseignants ?

Michel Pépé Balamou : le SNE est un syndicat très responsable, nous travaillons à l’unité d’action syndicale. Puisque lorsque nous fûmes sortis de notre fontaine baptismale, on a adressé des correspondances à toutes les structures syndicales. Mais, c’est que par endroits, on n’a pas été entendus et il est urgent aujourd’hui qu’il y ait une synergie d’action syndicale allant dans le sens de l’amélioration des conditions de vie et de travail de l’ensemble des enseignants, dans le sens de la défense des intérêts matériels et moraux des enseignants. Et, je crois que les lignes commencent à bouger parce que certains même au niveau du SLECG d’Aboubacar Soumah comment à nous appeler pour nous dire d’aller ensemble.

Nous, nous n’allons pas suivre les gens comme des moutons de panurge, chaque syndicat a sa plateforme de revendications. Aujourd’hui, la Guinée a quatre syndicats au niveau de l’éducation, peut-être cinq à partir du bicéphalisme au niveau du SLECG. Mais, même si ces cinq syndicats se rencontrent, on élabore une plateforme consensuelle, chaque syndicat amène sa plateforme : moi je veux que la prime de documentation soit ceci et moi je veux que le salaire indiciaire soit cela ainsi de suite. Donc vous élaborez une plateforme revendicative, c’est consensuelle, chacun a sa demande, vous partez en grève, je crois que même dans 72 heures, ça va porter solution. Mais je vais vous dire, il est très difficile pour un seul syndicat de déclencher une grève et que ça réussisse.

Le SLECG l’a essayé il y a deux ans, ça n’a rien donné. Parce que si l’université ne va pas en grève, les écoles professionnelles ne vont pas en grève, les écoles privées ne vont pas en grève et une bonne partie des écoles pré-universitaires ne vont pas en grève, ça veut dire que les enseignants vont être malheureux. Donc pour le bien des enseignants, dans la sincérité et dans la considération ultime des gens, il faudrait qu’on accepte l’unité d’action syndicale. Mais, nous n’allons pas vénérer un roi pour dire venez moi j’ai une idée et on adhère à ça, non. On ne va pas les suivre comme des moutons de panurge. Si c’est sincère et que nous retrouvions nos revendications dedans, il n’y a pas d’obstacles que le SNE ne parte à une synergie d’action allant dans une grève. Nos portes sont largement ouvertes, les négociations peuvent continuer et si c’est possible nous allons partir sans problème.

Interview réalisée par Ibrahima Sory Diallo pour Guineematin.com

Tél. : (00224) 621 09 08 18

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