Mohamed Kaba, Coordinateur du parti PADES

Dans un entretien qu’il a accordé à Guineematin.com hier, lundi 02 décembre 2019, Mohamed Kaba, le coordinateur national du parti des démocrates pour l’espoir (PADES), s’est exprimé sur les opérations de révision des listes électorales en cours en Guinée. Ce responsable du parti dirigé par Dr Ousmane Kaba dénonce des dysfonctionnements qui ne sont pas de nature à conduire à des élections crédibles dont les résultats seront acceptés des compétiteurs politiques.

Décryptage !

Guineematin.com : les opérations d’enrôlement des électeurs se poursuivent actuellement sur le terrain. Quelle lecture le PADES peut-il faire aujourd’hui sur le déroulement de ces opérations ?

Mohamed Kaba : Pour le moment, le constat n’est pas reluisant. Nous nous rendons compte que ces opérations d’enrôlement sont l’objet de beaucoup d’insuffisances et d’anomalies. Dans certaines localités, le processus a pris du retard sur le commencement. On constate que le matériel est souvent défectueux, les récépissés manquent à des endroits, les agents et les acteurs chargés de l’enrôlement ont des insuffisances par rapport à la manipulation des appareils. Nous avons aussi été alertés du fait que beaucoup de mineurs sont en train d’être indûment enrôlés. Le délai de 25 jours pris par la CENI, à notre avis, n’est pas adapté. Il est insuffisant dans la mesure où les six millions quarante-trois mille et quelques électeurs qui sont dans la base de données de 2015 doivent repasser devant les machines pour se faire enrôler de nouveau. Sans oublier que tous les Guinéens qui ont atteint 18 ans, c’est-à-dire l’âge légal de voter de 2016 à 2019 doivent être pris en compte. Donc, je crois que la CENI, pour faire un bon travail, doit objectivement prendre du temps pour permettre aux populations de se faire enrôler. Nous (le PADES), en ce qui nous concerne, nous avons mobilisé nos militants, nous avons passé beaucoup de communication, nous avons fait de la sensibilisation pour qu’ils aillent se faire recenser. Parce que c’est un acte citoyen et c’est important pour le processus électoral. La CENI doit donc corriger ces imperfections et faire en sorte que cette révision qui est extraordinaire se passe normalement. Parce que la loi prévoit que la révision ordinaire commence le 1er octobre et fini le 31 décembre. Donc, la loi elle-même donne à peu près trois mois cet exercice éminemment important pour le processus électoral. Parce que qui dit élection parle d’abord du fichier. Vous avez vu que la principale recommandation par rapport à l’audit du fichier électoral a été de faire venir tout le monde pour reprendre le fichier. Alors, si ce travail n’est pas fait dans les normes, avec toute la rigueur requise, il va s’en dire que nous allons retourner à la case de départ. Ce que nous, nous ne souhaitons pas.

Guineematin.com : Vous évoquez la défectuosité des machines, vous dénoncez des enrôlements de mineurs. Mais, est-ce que vous pouvez nous citer des localités cela a été observé ?

Mohamed Kaba : Evidemment ! On nous a remonté des informations venant de Kankan, venant de Conakry ici même et venant d’autres localités sur des mineurs qui sont en train d’être enrôlés. Et, vous avez suivi le communiqué du président de la CENI, Me Salif Kébé, qui ne dément pas ; mais, qui propose de prendre des dispositions pour ne pas que cela soit. Je pense qu’il faut aller au-delà de ça. Il faut faire en sorte que cet acte-là soit un acte citoyen et que la CENI mette toute la rigueur dans ce processus d’enrôlement, tout en donnant le temps nécessaire pour que l’enrôlement puisse se faire. Et, que tous les Guinéens qui ont l’âge de voter soient sur les listes électorales.

Guineematin.com : Au regard des dysfonctionnements que vous soulevez dans ces opérations de recensement, PADES compte-t-il participer aux élections législatives du 16 février 2020 ?

Mohamed Kaba : Evidemment ! Notre vocation, c’est de prendre part aux élections. D’ailleurs, le PADES a posé un acte magnanime, extrêmement important, tout au début de cette mandature (prorogation du mandat des députés à l’Assemblée nationale) décrétée par le président Alpha Condé processus. Le PADES a dit clairement que le mandat étant arrivé à échéance, il fallait organiser de nouvelles élections. Ça veut dire que nous nous inscrivons dans cette logique d’aller aux élections qui doivent départager les différents acteurs politiques. Les élections sont essentielles ; et, aujourd’hui, la voix du peuple est celle qui est prépondérante. Personne ne peut parler et agir au nom du peuple. Seul le peuple est souverain pour choisir. Et, donc, il faut faire en sorte que ces élections se fassent dans les meilleures conditions. C’est pourquoi, nous tenons à ce que les conditions des élections qui vont garantir l’acceptabilité des résultats soient les meilleures en amont. C’est extrêmement important qu’on ait des élections crédibles, transparentes ; et, que la CENI qui est l’acteur principal chargée d’organiser ces élections joue son rôle sans partie pris. Il faut qu’elle ne soit pas sous l’influence du pouvoir et qu’elle puisse, comme la loi le confère, jouer son rôle en organisant des élections de façon équitable pour tous les compétiteurs. C’est ce qui est important, c’est ce qui peut améliorer notre démocratie et faire en sorte que les résultats qui vont sortir des urnes soient acceptés par les uns et les autres. Donc, pour vous répondre de façon beaucoup plus précise, nous comptons aller aux élections et les gagner.

Guineematin.com : Le PADES ira-t-il seul à ces élections ?

Mohamed Kaba : pour le moment, nous n’avons pas encore déroulé cette stratégie. Nous sommes dans la phase de préparation de ces élections, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays. Notre président, Dr Ousmane Kaba est en tournée pour remobiliser toutes les troupes, définir la stratégie avec les différents acteurs qui sont concernés par ces élections.

A l’intérieur du pays, nous avons déjà envoyé plusieurs missions, nous sommes en train de définir cette stratégie. Mais, acceptez qu’on ne livre pas notre stratégie dans les médias.

Guineematin.com : Quelles sont les circonscriptions où le PADES voudrait présenter des candidats à l’uninominal ?

Mohamed Kaba : pour le moment, il est très tôt pour nous prononcer sur cette question. Je vous ai dit que c’est une question qui va dépendre des instances du parti ; et, il ne m’appartient pas à définir cela. Nous sommes en train de faire le tour, nous avons des missionnaires qui sont encore sur le terrain ; et, je pense qu’au moment venu, le parti va se réunir et définir les stratégies et identifier les localités où il faudrait présenter des listes uninominales.

Guineematin.com : La désignation des candidats pour ces élections est souvent une source de tension à l’intérieur même des partis politiques. Comment le PADES compte-t-il s’y prendre pour sortir uni de cette étape ?

Mohamed Kaba, Coordinateur du parti PADES

Mohamed Kaba : il y a un double aspect. Premièrement, c’est tout à fait normal pour un parti qui est en train de monter, qui est en train de recevoir beaucoup de militants, beaucoup de cadres, que chacun veuille apporter sa pierre à l’édification de notre démocratie et au développement de notre pays. Chacun veut venir à l’Assemblée nationale pour défendre l’intérêt de la Guinée, se battre pour que ce pays soit prospère et uni. Mais, il faut dire que c’est un exercice difficile que nous allons faire avec beaucoup de pédagogies, parce que naturellement, on ne pourra pas prendre tout le monde. Il faut faire des choix. Mais, ce que nous pouvons dire déjà, ce que les choix vont refléter la volonté des militants, tout en tenant compte des critères de compétences, de crédibilité des candidats qui peuvent amener le PADES à gagner ces élections. Donc, il faut que les uns et les autres comprennent cela et qu’il y ait de l’indulgence. Parce qu’on peut servir à tout poste, servir son pays à tout moment. Nous allons quand même trouver cette solution parce que nous sommes un parti de dialogue où on arrive à trouver des consensus.

Guineematin.com : dans le combat politique, la jeunesse est une force non négligeable. Mais, le constat révèle que les jeunes sont souvent mis à l’écart quand il est question d’occuper les postes de responsabilités. Comment le PADES compte-t-il procéder pour promouvoir les jeunes ?

Mohamed Kaba : c’est une question extrêmement importante. Parce qu’aujourd’hui, lorsque vous prenez la population, elle est à près de 80% constituée de jeunes. L’avenir, ce sont les jeunes. Et, le PADES a misé essentiellement sur les jeunes. Le PADES est un parti qui va vers les jeunes, qui fait de la place pour les jeunes, qui encourage les jeunes à venir à la politique pour apporter des idées nouvelles et du sang neuf. Cela a commencé avec les élections communales où la quasi-totalité de nos listes étaient composées de jeunes. Nous avons fait cela parce qu’aujourd’hui il ne s’agit pas seulement d’utiliser les jeunes. Il faut pouvoir faire de la place aux jeunes, faire en sorte que ces jeunes qui sont très dynamiques et qui constituent le fer de lance de notre développement s’approprient les commandes de notre pays.

Guineematin.com : Quel message avez-vous à l’endroit des Guinéens et en particulier les militants et sympathisants du PADES ?

Mohamed Kaba : c’est un message de mobilisation. Car, nous allons, dans les mois à venir, affronter des étapes extrêmement importantes dans la vie de notre nation. Nous voulons que les militants partent se faire recenser. Parce que c’est à cette condition qu’ils pourront changer le destin de notre pays, en faveur du PADES. Nous voulons que les jeunes qui ont perdu espoir aient espoir. Qu’ils comprennent qu’il est encore possible d’avoir une Guinée qui marche, qui est unie et où il règne la paix. Si vous avez remarqué, par désespoir, beaucoup de jeunes guinéens vont à l’extérieur dans des conditions périlleuses. Ils partent parce qu’ils n’ont pas de travail ; et, nous voulons leur ouvrir l’avenir. Surtout pas les utiliser, mais les associant, en faisant en sorte qu’ils soient les véritables acteurs du développement. Et, pour ça, nous avons le programme, la politique, les hommes et les moyens qu’il faut.

Mamadou Baïlo Keïta pour Guineematin.com

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