Sidya Touré, président de l’UFR

Le président de l’Union des Forces Républicaines (UFR) est très en colère contre les nombreux dysfonctionnements constatés dans les opérations de révision des listes électorales en cours dans notre pays. Sidya Touré accuse le pouvoir de Conakry de vouloir ainsi préparer un 3ème mandat pour Alpha Condé. L’opposant l’a dit dans une interview accordée à un reporter de Guineematin.com ce mercredi, 4 décembre 2019. Le patron de l’UFR a mis l’occasion à profit pour parler des soupçons de corruption qui pèsent actuellement sur le maire de Matam, Seydouba Sakho, membre du bureau politique de son parti.

Décryptage !

Guineematin.com : les opérations d’enrôlement et de révision des listes électorales se poursuivent sur le terrain depuis quelques jours. Quelle lecture faites-vous de ce processus émaillé de couacs ?

Sidya Touré : écoutez, je dois vous dire que je suis extrêmement choqué par la manière dont ces choses se déroulent. Ce n’est pas digne de nous, de voir ce que nous voyons aujourd’hui sur le terrain. Alpha Condé a lancé une opération d’enrôlement parce qu’il ne voyait plus de possibilités par le référendum pour faire passer son idée de troisième mandat. Donc, tout ce qui se déroule aujourd’hui comme nous le voyons n’a pas d’autre objectif que de se créer une assemblée qui serait suffisamment majoritaire pour modifier cette fameuse constitution puisqu’il n’a pas d’autre objectif dans la vie aujourd’hui que de demeurer au pouvoir. Alors à quoi assistons-nous ?

Depuis un certain temps vous le voyez, ça passe un peu partout dans les réseaux sociaux, des enfants dès fois des moins de 10 ans qui sont recensés partout à travers la Guinée. C’est un vrai drame d’apprendre à ces gens-là de tricher, des petits, parce qu’ils savent très bien que ce n’est pas eux, mais on leur inculque ça déjà. Dans un pays, sur le plan purement citoyen, c’est quelque chose d’inacceptable. Mais vous avez aussi dans les fiefs de l’opposition des machines qui ne fonctionnent pas, des opérateurs au lieu d’être deux c’est simplement une seule personne qui est là ou dès fois vous avez un ou deux opérateurs mais qui n’ont pas la compétence pour faire marcher la machine en question ou bien dans les zones comme Matoto aujourd’hui ou Boké dans toute sa zone où n’avez pas de récépissés. Je peux multiplier ça par des tapes touches qui font un franc au recensement en dehors de la zone spécifique de la Haute Guinée qu’Alpha a ciblée au quel vous avez des kits supplémentaires. On en a envoyé 34 à Kankan, il n’y a même pas trois jours ; à Mandiana, 24 ou 25. C’est ainsi de suite ce à quoi nous assistons. Ce n’est pas une révision de listes électorales, c’est une opération qu’Alpha a entreprise avec ces gens qui se fait hors de toute légalité. La révision du fichier électoral, c’est écrit dans le Code Electoral qui est une loi de la République. Dire que la révision a lieu chaque année du 01 octobre au 31 décembre soit 92 jours ; vous décrétez que vous allez faire une révision exceptionnelle à l’intérieur d’une révision légale qui est prescrite par la loi. Une décision du président de la CENI ne veut pas aller contre la loi et vous n’en donnez que 25 jours pour le faire dans les circonstances que nous connaissons.

Donc, nous avons aujourd’hui en cours une opération dramatique pour notre pays. Quelque chose qui va nous amener à nous affronter forcément parce qu’on est en train de changer même au sein de notre pays, si vous voulez la répartition géographique de nos populations. On ne sait pas dans quel objectif autre que de créer des troubles.

Guineematin.com : vous dénoncez le processus d’enrôlement des électeurs, alors qu’on sait que vous y participez sur le terrain. Vous y avez envoyé vos représentants pour prendre part au processus. Aujourd’hui, qu’est-ce que vous comptez faire pour mettre fin à ces disfonctionnements ?

Sidya Touré : nous avons déployé nos agents au départ. Mais vous savez, ils ne sont pas de bonne foi. Mais nous savions dès le départ que ce n’était pas quelque chose de sérieux parce que nous avions jamais eu des informations correctes sur ces machines, nous n’avons jamais été d’accord sur les 25 jours ainsi de suite. Mais, nous avions demandé aux citoyens d’aller se recenser parce que c’est un devoir pour eux de figurer sur le fichier électoral. Mais, je parle des citoyens qui ont 18 ans. Donc, nous ne pouvons pas dire que vous ne vous recensez pas. Nous nous apercevons que plus le temps passe, que nous sommes devant une opération complètement organisé et dont l’objectif est de saborder le fichier électoral guinéen et nous sortir un fichier qui n’est même pas celui de la CENI. Donc, nous savons à quoi nous en tenir. Nous allons publier un communiqué et après cela nous allons prendre des décisions. Parce que je vous dis que cette élection n’a pas d’autre objectif que de donner un 3ème mandat à monsieur Alpha Condé.

Si monsieur Alpha Condé doit quitter le pouvoir, en juin on doit organiser les élections présidentielles. Parce que n’oubliez pas, le 1er tour des élections présidentielles de 2010 a eu lieu le 27 juin. Si nous respections notre constitution, l’élection présidentielle doit se tenir en juin 2020. Si Alpha doit partir, à quoi lui servirait une Assemblée où il doit avoir 87 députés sur 114 ? Parce que si un nouveau Chef d’Etat doit être installé, c’est ça qui doit être le cas en 2020, ce dernier aura besoin d’une majorité à l’Assemblée nationale pour gouverner. Donc, on n’aura pas besoin de cette Assemblée-là. Donc, si on s’entête là-dessus et qu’on fait tout ce qu’on fait aujourd’hui, ça veut dire qu’Alpha Condé n’a pas envie de partir et que comme il n’y a pas de référendum, nous sommes en train d’assister à quelque chose qui se met en place pour lui permettre de changer la constitution et de rester. Donc, nous ne l’accepterons pas et au moment venu, nous allons donner des mots d’ordre nécessaires pour ça. Et, nous nous retrouverons mêmes avec le FNDC pour débattre de quelque chose qui va dans le sens du 3ème mandat d’Alpha Condé.

Guineematin.com : on sait quand-même que les élections législatives pointent à l’horizon, une date a déjà été donnée. La jeunesse constitue une masse importante de la population guinéenne, comment vous préparez les jeunes à ces élections notamment dans la députation dans les préfectures ?

Sidya Touré : c’est en cours, on verra bien si nous devons aller à ces élections-là, nous donnerons des informations adéquates. Pour le moment, nous faisons en sorte qu’effectivement nous ayons et des femmes et des jeunes qui nous représentent dans ces différentes élections.

Guineematin.com : avec tout ce que vous avez eu à dénoncer, est-ce qu’avec tout cela vous irez à ces élections ?

Sidya Touré : de cette manière-là, nous allons demander que tout ceci soit remis à plat. Nous avons un comité de suivi demain avec tout le monde, y compris l’Union Européenne, les Etats Unies et autres. Nous allons demander qu’on remette à plat ce fichier électoral, sinon à quoi voulez-vous que ça vous serve ? Au moment où je vous parle, on m’a cité au moins cinq zones y compris Coyah et autre où les opérateurs de saisie sont en grève parce qu’ils n’ont pas été payés.

Guineematin.com : par rapport toujours à ces opérations d’enrôlement, on sait que les ambassadeurs de la Guinée dans certains pays de la sous-région ont demandé l’arrêt des opérations. Ils justifient leur décision pour des raisons administratives. Comment vous avez accueilli cela ?

Sidya Touré : c’est toujours la même volonté, partout où on pense qu’il y a des électeurs potentiellement de l’opposition, tous les barrages ont été érigés de telle sorte que cela ne se passe pas. Et quand on a vu que cela ne suffisait pas, dans le cas du Sénégal on a carrément suspendu. Ce que j’ai oublié de vous signaler, c’est par exemple ce qui se passe dans les communes comme Kankan et Kaloum où vous avez des CAERLE qui sont pratiquement étendues dans la clandestinité. On nous a pris 8 CAERLE à Kaloum, je crois un au camp Makambo où on n’a pas accès et d’autres ailleurs. Et pendant ce temps, les CAERLE qui sont installées légalement ont des problèmes pour fonctionner.

Donc, tout ceci résulte toujours cette de même volonté non pas d’avoir un processus électoral avec un recensement concernant des citoyens de 18 ans, mais de procéder dans les fiefs contrôlés par le parti au pouvoir à un recensement des populations parce que ce n’est plus les plus de 18 ans, c’est tout le monde ; et ensuite de faire en sorte que des blocages soient institués dans les zones qui sont favorables aux partis de l’opposition ; aujourd’hui nous n’avons même pas 20% de recensés dans nos zones. Donc, voilà ce à quoi nous allons aboutir.

Guineematin.com : on va parler de ce problème qu’il y a actuellement à la marie de Matam. Le maire de cette commune, la seule qui est dirigé par un cadre de l’UFR, est accusé de corruption, de gestion opaque par ses collègues conseillers. Comment réagissez-vous ?

Sidya Touré : j’ai entendu tout ce bruit-là hier, ce n’est pas venu de quelqu’un de chez nous. Malheureusement, c’est un conseiller je crois de l’UFDG qui a raconté tout ça. Bon, je crois qu’il ne faut rien exagéré. J’ai demandé au vice-président du parti de convoquer tout ce monde hier soir, il doit me faire le compte-rendu aujourd’hui, mais je n’en fait pas un problème ; ce n’est pas parce que quelqu’un dit qu’il y a un problème qu’il y en a un. Si c’est le cas, on le saura ; et si c’est le cas, on prendra des décisions.

Guineematin.com : comment vous vous préparez aux prochaines manifestations que le FNDC va organiser ?

Sidya Touré : nous allons avoir un comité de pilotage du FNDC d’ici le week-end. A partir de là, nous vous tiendrons au-courant de la décision qui aura été prise.

Interview réalisée par Ibrahima Sory Diallo pour Guineematin.com

Tél. : (00224) 621 09 08 18

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