Madame Diaby Madina Daff

La crise politique guinéenne, marquée par des manifestations de rue ayant entraîné plus de 20 morts, préoccupe aujourd’hui plusieurs acteurs de la vie nationale. C’est le cas de la présidente du Mouvement des Femmes de Guinée pour la Paix, madame Diaby Madina Daff. Au cours d’un entretien avec un journaliste de Guineematin.com, l’activiste de la paix et de l’autonomisation des femmes, a lancé un appel à l’endroit du pouvoir et de l’opposition.

Décryptage !

Guineematin.com : votre objectif c’est de préserver et consolider la paix en Guinée. Quelles sont les méthodes par lesquelles vous passez pour atteindre cet objectif ?

Madina Daff : quand on parle de la paix, on parle surtout d’abord de l’autonomisation de la femme. Parce que le ventre vide ne peut pas parler de paix. Donc, le Mouvement des Femmes de Guinée pour la Paix a pour crédo la paix. Mais à côté de cela, nous faisons la valorisation et la promotion de la femme dans le cadre de la création des activités génératrices de revenu. Ensuite, nous mettons des clubs de paix dans les différents marchés pour apprendre aux femmes comment gérer les enfants. Parce que tout peut arriver aux enfants. Quand un enfant est canalisé à partir de la maison, c’est toute une nation qui bénéficie.

L’école donne l’instruction mais l’éducation vient de la famille. Donc nous menons des sensibilisations de porte-à-porte. Nous animons les clubs de paix qu’on a élargis à certaines associations féminines appelées « Sèrès ». Nous expliquons à ces « Sèrès » que leurs cotisations peuvent générer des revenus à travers des activités comme la culture maraîchère, la vente de la patte d’arachide, la saponification, la teinture et le petit commerce.

Guineematin.com : après avoir mené plusieurs activités de sensibilisation sur le terrain, est-ce que vous avez l’impression d’être entendues par les femmes ?

Madina Daff : nous sommes très bien écoutées. Nos sensibilisations portent fruits. Parce que nous disons aux militants des deux bords politiques du pays qu’il ne sert à rien de se faire la guerre et que les leaders qui sont en train de nous amener à nous entretuer se retrouvent autour d’un plat dans les hôtels pour manger et chahuter. Donc c’est à nous de comprendre que la politique c’est l’art de s’occuper des affaires d’autrui, mais ce n’est pas une haine. La politique c’est un jeu démocratique. Nous devons nous prêter à ça sans verser du sang. Nous sensibilisons dans ce sens. Nous expliquons aux femmes de ne pas laisser les petits enfants de moins de 16 ans aller dans les manifestations. Parce que le plus souvent ce sont eux qui sont victimes par manque d’expérience.

Guineematin.com : les manifestations politiques justement sont le fruit des crises à répétition dans notre pays. Et, elles sont souvent émaillées de cas de morts et de blessés. En tant qu’activiste de la paix, quelle solution préconisez-vous face à cette situation ?

Madina Daff : c’est regrettable ! Le sang guinéen a trop coulé sur le sol guinéen. De 1958 à maintenant, c’est une série de violences qui se poursuit. Nous avons ce tristement célèbre Camp Boiro, nous avons l’association des victimes du 14 juillet, l’association des victimes de Kaporo-rails, l’association des victimes du 28 septembre 2009, et nous sommes en train de voir l’association des victimes du FNDC aussi. Moi, je pense que les politiques ne combattent pas pour la paix, ni pour l’émancipation de la Guinée. On a atteint un niveau où chacun lutte pour son intérêt.

Si vous prenez l’opposition, est-ce qu’elle a manifesté une seule fois parce que la ville est sale ? Cette saleté de la ville de Conakry est en train de créer des complications sur le paludisme, sur la santé infantile en occasionnant des mort-nés. Tout cela n’est rien d’autre que l’effet des moustiques. Et les moustiques sont avec les ordures. Le panier de la ménagère est aujourd’hui très lourd. Mais il n’y a pas eu de manifestations dans ce sens. Ici, on enregistre des violences quand il y a une question d’élections. De 2010 à maintenant, toutes les manifestations, les violences et les décès enregistrés tournent autour des élections.

De l’autre côté, l’Etat qui est chargé de prévenir ne prévient pas. Il y a eu assez de morts sans aucune enquête. Moi en tout cas, je n’ai jamais entendu parler d’enquête. Donc c’est la désolation. Si vous me demandez de proposer une piste de solution, on ne peut que sensibiliser la population, demander au gouvernement de revenir à la table de négociation parce que la grande guerre ne se gagne qu’autour de la table mais pas sur le terrain. Je pense que le dialogue est un élément clé pour aboutir à la paix qui est gage de développement, gage de santé et gage de quiétude.

Donc, je lance un message aux leaders politiques et au gouvernement de trouver un terrain d’entente. Au président de la République d’être le père de la nation. Il a entamé des reformes, mais le problème est que ces réformes ne se sentent pas sur le panier de la ménagère. La guinéenne souffre. Nous lui demandons de faire attention, de protéger la guinéenne et le guinéen et d’accepter d’être le papa.

Entretien réalisé par Saïdou Hady Diallo pour Guineematin.com

Tel : 620 589 527/654 416 922

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