Comme annoncé précédemment, le président Alpha Condé a rendu publique le jeudi dernier, 19 décembre 2019, l’avant-projet de nouvelle constitution qu’il compte soumettre à un référendum, dont la date n’est pas encore annoncée. Le sujet suscite aujourd’hui une vague de réactions au sein de la classe politique et de la société civile, où beaucoup sont opposés au changement de l’actuelle constitution. Ce qui ouvrirait au chef de l’Etat guinéen la voie à un troisième mandat. De leur côté, les citoyens sont divisés autour de la question, a constaté un reporter de Guineematin.com qui a interrogé quelques habitants de Conakry sur la question.

Décryptage !

Sandaly Diallo, domicilié à Dixinn

Sandaly Diallo, domicilié à Dixinn : je ne suis pas contre une nouvelle constitution. Mais, si cela ne vise pas à octroyer un troisième mandat à l’actuel président. Si ce changement constitutionnel ne touche pas à ce point, il n’y a pas de problème. Parce que la constitution ne peut pas rester éternellement comme ça, elle a besoin d’être améliorée. Des améliorations qui peuvent faire avancer le pays. Mais s’il faut changer la constitution pour un but qui n’est pas avantageux pour le peuple, là je ne suis pas d’accord. Surtout si c’est pour un troisième mandat.

Ousmane Bah, domicilié à Taouyah

Ousmane Bah, domicilié à Taouyah : moi, je ne suis pas pour la nouvelle constitution. Parce que depuis 2010, le président n’a pas proposé une nouvelle constitution au peuple, c’est avec l’actuelle constitution qu’il a été réélu en 2015. Maintenant, vers la fin de sa mandature, il sort pour nous dire de changer la constitution. La nouvelle constitution, on ne sait pas elle est basée sur quoi, c’est comme s’il voulait nous imposer quelque chose. Dans l’actuelle constitution qu’il veut changer, il est écrit noir sur blanc que tout président a droit à deux mandats. Après les deux mandats, il s’en va pour donner la chance à d’autres guinéens de nous montrer de quoi ils sont capables. Donc, c’est ce que le président Alpha Condé doit faire.

Ibrahima Touré, domicilié à Madina

Ibrahima Touré, domicilié à Madina : c’est le peuple de Guinée qui peut décider s’il faut aller au référendum ou pas. Le président de la République est le premier responsable, mais il n’a pas toutes les décisions parce que nous sommes dans un pays démocratique. Pour cela, il faut que le pouvoir soit partagé et que chacun sache où se limite sa responsabilité. Pour le cas du FNDC, ils sont en train de se mettre sur un chemin pour donner raison au peuple, mais cela ne signifie pas qu’il ne faut pas aller au référendum. Moi, je préfère qu’on modifie certaines parties de l’ancienne constitution pour ne plus qu’on soit dirigés par des vieux. Donc, si la nouvelle constitution allait dans ce sens, ça serait bon pour le peuple. Mais, tout président doit respecter la limitation du nombre de mandats. Il fait ses deux mandats et il quitte.

Mamadou Alpha Bah, domicilié à Hamdalaye

Mamadou Alpha Bah, domicilié à Hamdalaye : moi, je suis contre l’annonce faite hier par le président de la République. Soumettre une nouvelle constitution à la population actuellement, c’est préparer un troisième mandat au président de la République. C’est un pouvoir à vie qu’il est en train de préparer. Pour moi, le président n’avait qu’à organiser les élections au moment venu et quitter pour donner la chance à une autre personne qui peut faire quelque chose. Mais, avec cette idée de soumettre une nouvelle constitution au peuple dans le but d’avoir un troisième mandat, c’est sûr qu’il va créer de la pagaille dans le pays.

Taliby Doumbouya, rencontré à Belle-vue

Taliby Doumbouya, rencontré à Belle-vue : franchement, je suis content de l’annonce de la nouvelle constitution. Parce que partout dans le monde, la constitution peut être changée. Partout dans le monde, il y aura toujours des pour et des contre, des camps opposés. Lansana Conté (ancien président de la Guinée, ndlr) avait changé la constitution pour se maintenir au pouvoir, certains opposants actuels étaient au pouvoir. Aujourd’hui, c’est eux qui vont dire qu’ils ne vont pas accepter la nouvelle constitution mais c’est lâche. Lorsqu’ils étaient ministres, ils étaient dans le miel, ils ont changé la constitution pour quitter de 5 à 7 ans pour un mandat. Aujourd’hui, ils s’opposent au président Alpha Condé parce que ce dernier est gentil. Parce que s’il appliquait strictement la loi, ça n’allait pas être comme ça.

Adrien Sadouno, rencontré à Dixinn Terrasse

Adrien Sadouno, rencontré à Dixinn Terrasse : je désapprouve la sortie du président de la République hier, parce que c’est sur la base de l’actuelle constitution qu’il a été élu. Ça ne valait pas la peine qu’il change cette constitution à quelques mois de la fin de sa mandature. Donc, avec l’annonce d’hier, ça risque de créer des troubles en début d’année 2020. Le FNDC vient de convoquer une rencontre d’urgence, on ne sait pas qu’est-ce qui en sortira. Si le président pense que l’actuelle constitution a des insuffisances, il aurait pu faire des amendements mais sans la changer complètement.

Propos recueillis par Mohamed DORE pour Guineematin.com

Tel : 00224 622 07 93 59

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