feu Lansana Conté, ancien président de la République de Guinée

Par Amadou Diouldé Diallo, journaliste-historien : Il naquit en 1934 dans le village de Moussaya, district de Lumbayah, dans le Bouramayah Fotonta, de Alkhaly Alseny Conté (qu’on dit originaire du village de Wondeti, dans la sous-préfecture de Lisso, à Boffa) et de Mafoudia Camara, dite Nmah, fille de Seydouba Camara, dit « Alkhaly Bgelia », un riche propriétaire terrien, fils de Weni Modou, qui eut pour père Manga Cndé, le fondateur du village de Kondeya, dans le Bouramayah Fassa.

Alkhaly Alseny Conté avait épousé en premières noces Dienaba, dite « Nna Yeni’’, du village de Kemayah, qui donna à Hadja Khadi et à Elhadj Salifou Diannanké.

Comme sa mère dont elle était l’aînée, Hadja Nmah fit neuf enfants pour Alkhaly Alseny Conté : Hawa Fandiekhouré, Lansana, Fori Modou, Nfaly, Abou, Idrissa, Mariama, Salematou et Harouna. En donnant la main de sa fille aînée à Alkhaly Alseny Conté, Seydouba Camara avait offert des terres comme cadeau au couple. Plus tard, elles constitueront le deuxième carré familial et servira de résidence à Hadja Nmah à Wawa précisément.

Comme tous les garçons de son âge, Lansana Conté va fréquenter l’école coranique avant d’être inscrit à celle française à Ouassou, puis à Dubréka. Admis au concours d’entrée au collège des enfants de troupe, Lansana Conté effectue ses études successivement à Bingerville (Côte d’Ivoire) et Saint Louis du Sénégal. Il est incorporé dans l’armée française le 1er juin 1955. En 57, il obtient le certificat inter-armes et est envoyé en Algérie. Il y restera jusqu’à la proclamation de l’indépendance de la Guinée, le 2 octobre 1958. Libéré sur sa demande, le sergent Lansana Conté débarquera à Conakry le 31 décembre 1958 et va immédiatement se mettre à la disposition des nouvelles autorités du pays qui le rappellent dans la jeune armée le 1er mars 1959.

En 1962, titulaire du brevet de chef de section en artillerie, il sort de l’école d’officiers du camp Alpha Yaya Diallo avec le grade d’aspirant. Le 15 janvier 1962, il est muté au centre d’instruction d’artillerie du 2e bataillon de Kindia.  Le 1er juillet 1963, il accède au grade de sous-lieutenant et est promu deux ans plus tard le 1er juillet 1965 lieutenant. Six mois après, le 12 octobre 1968, le lieutenant Lansana Conté part de Gaoual pour Nzérékoré dans les fonctions d’officier adjoint du 4e bataillon. Le 26 décembre 69, il quitte Nzérékoré pour le 2e bataillon de Kindia à nouveau et à Télimélé. En mai 70, il rejoint l’état-major des forces armées à Conakry.

Au cours de l’agression du 22 novembre 70, le lieutenant Lansana Conté s’est particulièrement illustré dans les opérations de défense de Conakry à partir de l’île de Tamara. A titre exceptionnel et pour services rendus à la nation, il est promu au grade de capitaine, le 27 février 1971.

Le 8 juin de la même année, il est nommé commandant de la zone opérationnelle de Boké et participe activement à la guerre de libération de la Guinée Bissau sous la bannière du PAIGC. Ses grandes qualités de combattant intrépide et son sens du commandement lui valent l’admiration de tous ses compagnons d’armes. Il est promu commandant le 28 septembre 77 et colonel le 1er mars 1982.

Mais, depuis le 19 mai 75, il est chef d’état-major adjoint de l’armée de terre et aide de camp du président Ahmed Sékou Touré. C’est dans ses fonctions que le colonel Lansana Conté bénéficiant de la confiance de ses camarades, sera porté à la tête du CMRN, le 3 avril 1984, suite au décès du président Ahmed Sékou Touré, le 26 mars 1984, et aux querelles de ses compagnons qui exposaient le pays à des périls certains.

Militaire dans l’âme, Lansana Conté était aussi un paysan qui aimait la terre et la cultivait passionnément. C’était aussi un patriarche qui ne faisait rien sous la dictée de la colère, ce même quand il était la grande victime comme le coup d’état manqué du 4 juillet 85 du colonel Diarra Traoré, la mutinerie des 2 et 3 février 96, les contestations de janvier et février 2007 ou encore l’attentat manqué de Enco 5.

Peut-être que si la Guinée n’avait pas à sa tête un président et grand militaire de sa trempe, les agressions rebelles de 2000 auraient plongé dans une guerre meurtrière. Le tribunal de l’histoire entendra un jour les commanditaires et les acteurs de toutes ces perfidies contre la Guinée.

Lansana Conté était aussi un homme de paix, de tolérance et de partage qui n’avait pas besoin de s’acheter des complicités pour prendre les décisions allant dans le sens du bonheur des guinéens.

Il connaissait le pays, ses hommes et ses traditions en reposant sur des mentalités bienveillantes pour unir et réunir la famille Guinée, même ceux ou celles qui inspiraient la trahison. Il avait fait construire un duplex, un dispensaire et un grand forage à Koubia où il se rendait régulièrement pour préparer sa retraite qu’il avait décidé d’y passer.

Il avait des champs à Koundian (Mandiana) et à Tintioulen à Kankan. Son sens large du partage était sans commune mesure et était perceptible jusque dans les nominations aux fonctions civiles et militaires. A titre d’exemple, voici les noms des Premiers ministres de Lansana Conté : Colonel Diarra Traoré, Lamine Sidimé (8 ans, une longévité exceptionnelle en Guinée), François Lounceny Fall, Lansana Kouyaté (tous fils de la Haute Guinée). Cellou Dalein Diallo et Ahmed Tidiane Souaré (fils du Fouta). Eugène Camara auquel vient s’ajouter René Fassou Loua, alors tout puissant ministre Secrétaire Général de la présidence de la République. Sidya Touré de la Basse Guinée, mais pas soussou comme Lansana Conté.

Le Général Diarra Camara, un tomamanian de Macenta fut chef d’état-major des Armées et le konianké, le commandant Mougné Donzo, commandant du bataillon autonome de la sécurité présidentielle pour ne citer que ceux-là.

Grâce à l’humanisme et à la grandeur de Lansana Conté qui avait horreur de l’égoïsme et de la méchanceté, beaucoup de Guinéens ont eus un toit, une voiture, un champ, une boutique, pris l’avion et goûter aux délices de la prospérité partagée.

Toute vie a ses ombres et ses lumières. Dans celle de Lansana Conté la phrase « Wofara » à ses partisans au lendemain du coup d’état manqué du 4 juillet 85, le 3ème mandat qu’il s’est octroyé en 2001 sous la pression de courtisans aveuglés par la préservation de leurs intérêts, le laisser aller et le laisser faire ayant entraîné la déliquescence de l’état, constituent la pierre noire de ses 24 ans de règne.

A lire l’histoire politique de la Guinée de 58 à nos jours, et la venue de Lansana Conté au-devant de la scène par effraction de l’histoire, au regard de l’ensemble de son bilan, il bénéficie à mes yeux de larges circonstances atténuantes.

En soumettant Lansana Conté à l’analyse et à la critique de la chiffrologie africaine, on peut arriver à la conclusion que 9 est son signe. En effet, ce chiffre impair représente les 9 ouvertures de l’homme.

1/sa grand-mère maternelle a fait 9 enfants dont sa mère était l’aînée ;

2/sa mère, Mafoudia Camara, dite Nmah, a également fait 9 enfants dont Hadja Hawa Fandiekhouré était l’aînée ;

3/ Lansana Conté avait 9 doigts, sa main gauche était amputée de l’index.

La littérature africaine donne des symboles forts de pouvoir, de richesse, de puissance et de gloire aux chiffres impairs 3 qui représente les 3 pierres de la marmite, les 7 coudées de cotonnade, les 9 ouvertures de l’homme et les 11 chez la femme.

Amadou Diouldé Diallo

Journaliste –historien

Facebook Comments

Commentaires

Guineematin