Composantes du département de Diourbel, donc partie intégrante du bassin arachidier, les ex-communautés rurales de Ndindy et de Ngohé, érigées en mairies rurales avec l’acte3 de la décentralisation pourraient être considérées comme un échantillon pertinent de compréhension du Baol arachidier voire de tout le bassin arachidier.

Carte de la région de Diourbel avec Ndindy au nord et Ndoulo abritant Ngohé au sud

De prime abord, nous même étudiant ces milieux depuis plus d’une décennie avons pu constater une régression de la végétation, des paysages verdoyants de Diourbel département : périphérie et rural compris. Cet état de fait est étayé par des sources anciennes telles celles du géographe français Gastellu dans les années 70, lequel recul de la nature est imputable à une combinaison de causes : l’extension urbaine ou de l’habitat, les déficits pluviométriques, l’exploitation sauvage de la nature à des fins agropastorales ou autres, le dédain de l’agriculture chez beaucoup…En résulte un recul considérable des champs, de la ruralité en densité comme en intensité : « En dix ans, la nappe phréatique avait baissé d’environ cinq mètres. Les arbres dont les racines n’étaient pas assez profondes avaient disparu ou étaient entrain de mourir. C’était le cas des manguiers de la mission catholique que je n’ai pas retrouvés. Les champs étaient parsemés de troncs morts d’accacia albida, l’arbre qui jouait un rôle essentiel dans la restitution de la fertilité du sol. De même les ngan (celtis integrifolia) et les palmiers étaient en piteux état. Seuls, les baobabs conservaient leur feuillage dense et continuaient de fournir fruits, écorces et feuilles pour les besoins de la vie quotidienne.» (Jean Marc Gastellu, 1972-1982, p122). Nous pouvons constater que le recul de la nature a fait place à l’avancé de la modernité : constructions en dur, électrification, robinets à domicile au lieu de la corvée, case de santé de proximité, école publique, de moins en moins de télé centres mais des portables, télévisions et radios, garderie d’enfants, métiers de l’informel non liés à l’agriculture, traversée de l’autoroute ILA TOUBA de la commune de Ndindy et route semi goudronnée reliant Ngohé… Ndindy et Ngohé, deux communes rurales de la région et du département de Diourbel, la première à l’extrême nord et la seconde à la frontière sud, se font face (voir carte de la région de Diourbel). Ce face à face avec une bonne distance entre les deux semble appeler à une comparaison qui révèle des différences multiples. Ces disparités ont des implications considérables dans l’état des deux zones et font leur opposition ou écart palpable.

Ndindy au nord et Ngohé au sud ont une certaine différence du point de vue géographique ou physique : par leur climat, leur pluviométrie, leur sol, leur végétation, leur nappe phréatique. Tout ce qui corrobore la baisse de la pluviométrie du sud au nord et l’interdépendance des facteurs physico-climatiques. En effet, le sol et le climat impliquent des cultures différentes dans Ndindy et à Ngohé d’où un certain rapport zone-culture. Ndindy à 25km de la commune de Diourbel est enclavée, même si, récemment sa traversée par l’autoroute ILA TOUBA est un début d’accessibilité. Alors que Ngohé à 7km est traversée par la route nationale. A Ndindy, on trouvait une population en déplacement massif d’où un dépeuplement, or Ngohé se densifie avec sur place une migration de travail surtout saisonnière ou journalière. Le peuplement est à majorité wolof à Ndindy tandis qu’à Ngohé les sérères dominent. A Ndindy, l’islam et le mouridisme semblent être la seule marque de religiosité quand à Ngohé, le christianisme aussi s’affiche partout. Les activités et le dynamisme des deux zones différent, naturellement. Aussi, Ndindy et Ngohé présentent des visages opposés ou opposables.

-Ndindy : dans la commune rurale de Ndindy, les difficultés d’accéder à l’eau, mais l’enclavement accentuant le manque de débouchés y avaient découlé sur une pratique de déplacements de population (migration) et ses implications en terme de recomposition des activités et de l’espace. Située au centre nord de la région, du département de Diourbel et de l’arrondissement du même nom, la communauté rurale de Ndindy est limitée au Nord par le département de Tivaouane (région de Thiès), au Sud par l’arrondissement de Ndoulo, à l’Est par la communauté rurale de Dankh Sène (arrondissement de Ndindy), et à l’Ouest par les communautés rurales de Gade Escale, Keur Ngalgou et Taïba Moutoupha (tous de l’arrondissement de Ndindy). Avec une superficie de 175 km2 soit 28.36 % de la superficie totale de l’arrondissement, la communauté rurale compte de nos jours 43 villages. Ndindy est reliée à Diourbel par une route latéritique de 25 Km, à Thilmakha (région de Thiès) et Darou Mousty (Louga) par des pistes sablonneuses respectivement de 17 et 22 km. Sa population de 16.107 habitants (vers 2009, service régional de la statistique) est multiethnique composée de wolofs (majoritaire), suivis des sérères, peulhs et maures. La population y est majoritairement wolof et mouride.

Du point de vue végétation, Ndindy, située dans une zone de savane arbustive avec une prédominance de buissons épineux et d’arbustes tels que les nguers, rate, quinquéliba, les épineux. Sa strate arborée est dominée par les kaads et les baobabs aussi ces formations à parcs telles que l’Acacia albida, Cordyla pinnata, Sterculia setigera, Parkia biglobosa et Tamarindus indica sont caractérisées par leur état de vieillissement.il n’y existe pas de forêts classées d’où toute mise en valeur passera par une restauration. Y’a quelques années, la migration faisait l’actualité dans Ndindy du fait d’un manque de débouchés et d’eau courante. L’émigration à Ndindy touche principalement des agriculteurs d’ethnie wolof en partance pour Touba et cela en famille. Malgré ces départs d’autres affluaient vers Ndindy. L’entrée et l’établissement temporaires ou définitifs de population à Ndindy concernent surtout des agriculteurs venus cultiver les champs abandonnés, des peulhs venus profiter des pâtures et du forage, des commerçants attirés par le louma du dimanche à Ndindy. Il est fréquent aussi que la population restée occupe l’espace déserté, cela après un simple aval d’un chef de village. A Ndindy, l’agriculture et l’élevage ont régné et règnent toujours en tête des activités dans la localité. Cependant, avec la dégradation climatique, ces deux activités qui ont comme support la nature, ont connu des mutations. En effet, au niveau de l’agriculture, la culture arachidière n’est plus dominante dans cette entité du bassin arachidier, faute de semences, le mil et le niébé sont maintenant en tête. A ce déclin de l’arachide, il faut ajouter une recherche continue de cultures de substitution ou de diversification. Ces dernières années Ndindy, en plus des cultures traditionnelles de maïs, mil, niébé, bissap, kandia, connaît de nouvelles cultures : sésame, pastèque, manioc…L’élevage dans la communauté rurale de Ndindy bénéficie d’un environnement favorable avec l’existence de pâturages de plus en plus vastes du fait de champs abandonnés. Aussi devant une conjoncture difficile, les populations de la communauté rurale de Ndindy ont le mérite de ne sous estimer aucune activité rémunératrice et de cumuler au moins l’agriculture, l’élevage, le commerce à toutes autres activités qui s’offrent à eux, l’espace ne manque pas d’en subir l’impact. Au niveau de l’habitat, le nombre de concessions a chuté dans beaucoup de villages comme celui de Ndimbe, où il ne restait plus que la seule concession du chef de village après le départ du reste de la population, de Keur Amadou Coumbane qui ne compte plus que 2 maisons, Keur Modou Diop 5 maisons ; d’autres villages comme Louméne, Diongo, Keur mousseu, Thiaméne, etc connaissaient eux aussi un dépeuplement similaire. Seul Ndindy centre connaissait une légère augmentation du nombre de maisons sur son étendue. Suite aux départs de population, on a assisté plutôt à la fermeture d’infrastructures qu’à l’implantation de nouvelles : fermetures de salles de classes, de secco…A Ndindy, la pluriactivité se généralise, comme nous disait une dame au marché, à la question de savoir que font les jeunes comme activité surtout en saison sèche : «ils font du ndiaba ndiallé, du weulbeuti dans les marchés et villes» (sont dans la débrouillardise, l’optimisation).

-Ngohé : la CR de Ngohé, de l’arrondissement de Ndoulo, du département de Diourbel, différente de la CR de Ngoyé du département de Bambey partage avec celle-ci la région de Diourbel. Limitée au nord par la CR de Touré Mbinde, au sud par la région de Fatick, à l’Est par la commune de Diourbel et la CR de Tocky gare, à l’Ouest par le département de Bambey. Sa superficie est de 124,4km2, soit 21°/° de l’arrondissement de Ndoulo. La CR compte de nos jours 49 villages. Ngohé à 7km de Diourbel est reliée à celle-ci par une route semi goudronnée. Cependant, elle est traversée par la route nationale d’où son accessibilité assez facile, du moins, pour les villages bordant cette route. Sa population d’environ 20 360 en 2002 et 21 170 en 2004, se répartit dans les 49 villages, 2032 ménages et 1 150 concessions (Recensement, 2002). L’habitat à Ngohé est à l’image du Sénégal avec un noyau, un centre, le siège de la commune rurale rassemblant les infrastructures et constructions en dur polarisant des satellites dites la brousse. Le Nord de la région comme la région est à dominance wolof, le sud de majorité sérère. Ngohé de la limite sud de la région est principalement peuplée de sérères. Toutefois, sa population est multiethnique : « les populations autochtones majoritairement composées de sérères sont au sommet de l’échelle, suivent les Ouolofs cordonniers, les griots et enfin les peulhs forgerons. Cela note d’une corrélation étroite entre l’ethnie, la caste et le métier.

Cependant, nous devons noter que cette division sociale du travail tend à être de moins en moins importante à cause de la situation économique actuelle» (Sénagrosol, 2002). Les ressources végétales de la Commune rurale sont caractéristiques de la savane arborée. Le patrimoine forestier constitué de 22 essences à usages divers est riche dans sa diversité. Les espèces végétales les plus couramment rencontrées sont : adansonia digitata (gouye), Accacia albida (Kaad), balanites aegyptiaca(soump), andropogon gayanus(khat), Eragrostis sp (salgouf), leptadania hastata (thiakhat). Même si, avec le temps on note une réduction en densité mais en intensité de la végétation. Ngohé fait avec un manque d’eau de cultures maraichères pour une terre de cultivateurs car la nappe est souvent salinisée et lacs pluviaux, réservoirs d’eau annuels à son voisinage vers Tawfekh et Cambe souff ne sont pas aménagés pour être exploitables. La dominance des sols diors peut expliquer que le mil et l’arachide soient les principales cultures pratiquées dans la commune rurale.

La société ngohoise est en majorité de l’ethnie sérère, connait une importante structuration de critères ou conditions, et d’objectifs ou optiques divers mais surtout associative d’où le social au service de l’économique. En effet, la participation populaire nécessaire à la décentralisation se fait à Ngohé surtout à travers des organisations structurées et diverses qui pour une plus forte et meilleure prise en charge sont liées ou coiffées au niveau communauté rurale par, notamment, le CLCOP et cette mutualité continue jusqu’à l’échelon national. En plus de l’agriculture, dans une pluriactivité quasi généralisée, les ngohois sont aussi artisans, mécaniciens, maçons, manœuvres, bonnes, charretiers, vigiles, chauffeurs, coxeurs, porteurs, commerçants fixes ou ambulants, de petits ou de gros, de leur propre production ou de produits procurés. Et du fait de la présence ancienne de l’école avec les missionnaires catholiques, on est aussi de plus en plus dans l’exercice de fonctions de scolarisés : enseignants, militaires, juges, agents sanitaires…Exceptée la production primaire agricole et artisanale, la plupart des autres activités s’exercent hors de Ngohé, dans l’urbain voire à l’étranger. Ainsi Ngohé fait avec une économie interne mais surtout externe.

A Ngohé, le christianisme ancien avec les pères missionnaires lors de la période coloniale s’affiche partout. La CR de Ngohé constitue un réservoir culturel, une garderie de la tradition sénégalaise et surtout sérère. A Ngohé, le passé semble avoir été peu bousculé par le présent, il est remarquable par son aspect démodé, passéiste, de virginité. Quoique, le port s’harmonise ou s’occidentalise surtout chez les hommes, les femmes gardent généralement leurs pagnes pudiques. On y rencontre une croyance exacerbée et célébrée à l’invisible, le culte des anciens, la sacralité de la production agricole précédée et ponctuée de rites protecteurs et productivistes ; aussi un syncrétisme religieux : catholicisme et fétichisme ou islamité et fétichisme, si ce n’est pas seulement la religion de leur père, comme ils disent l’animisme. La société ngohoise sous le contrôle des anciens compte sur une sociabilité qui surpasse et dépasse les dissensions confessionnelles et cette liaison hors de l’emprise religieuse y est manifeste au quotidien. Toutefois, le pire ou la partition est toujours à craindre, à travers des prêches qui ne sont pas toujours de la bonne parole.

Ces zones rurales, terre de grande tradition agraire, à connexion forte avec l’extérieur spatialement (migration) mais en relation (partenariats) ne manquent ni d’atouts ni d’atours à leur avancement. Surtout qu’avec des populations laborieuses, à travers quasiment toutes les tranches d’âge et les deux genres, mais une multi activité et diversification culturale le bassin arachidier s’adapte. Et quoique dans une mauvaise passe, le rural reste ce rempart indispensable à la satisfaction des besoins primaires vitaux (alimentation, médicinale…) à la marche du modernisme même (mains d’œuvre, poumon vert…). Ndindy et Ngohé avec la politique étatique et quelques partenaires(ONG) tendent vers un mieux en escomptant, notamment: réseaux hydriques, électriques et des canalisations de rétention des eaux pluviales, pistes et routes, des magasins de conservation-transformation, des ateliers de formation, des installations de captage et forage d’eaux, des centres communautaires d’incitation au reboisement et d’orientation-insertion….

Moussa Kanté, doctorant, responsable commission scientifique du mouvement des étudiants panafricains de l’université de St louis (MEPUS)

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