Thierno Alpha Oumar Barry, chef du secteur Dombélé

Situé entre deux grands cours d’eaux (le fleuve Konkouré et la rivière Megnékhouré), le secteur Dombélé (communément appelé Missidè-Dombélé), situé dans la commune rurale de Bangouya, est vieux de plus d’un siècle. Cette localité- qui abrite aujourd’hui des citoyens peulhs et soussous- a été fondée par Alpha Ousmane Bah (connu sous le nom de Alpha Oussou Foro), venu de Timbi, dans la préfecture de Pita (région administrative de Mamou). A ce jour, avec près de 1 500 habitants, ce secteur au climat doux et à la végétation pittoresque manque de tout. Et, avec la construction du fameux barrage hydroélectrique de Souapiti, ce secteur risque d’être isolé de ses voisins de Sinta, a constaté un reporter que Guineematin.com a dépêché dans la zone.

Selon nos informations, « Dombélé » vient du Soussou et maninkakan ; et, signifie : « Manger et se coucher ». Depuis sa création, ce secteur (situé au nord du chef-lieu de la commune rurale de Bangouya, dans la préfecture de Kindia) n’a jamais bénéficié d’un investissement de l’Etat. Aucune infrastructure de souveraineté n’est visible sur les lieux. Et, les quelques ouvrages que possède cette localité (un pont, une école de trois classes et une mosquée) ont été réalisés par la communauté, avec l’aide des fils ressortissants de Dombélé.

« Nous n’avons aucun marché. Nous demandons au gouvernement d’ériger notre secteur en district. Cela va nous permettre d’avoir un élan sûr pour réclamer à l’Etat de construire un poste de santé, un marché, une grande école qui va du primaire au collège ; pour permettre à nos enfants de pousser les études. Nous avons plus de 1 500 habitants. Ensuite, il y a une route dont le nettoyage a commencé, puisque nous serons bientôt éloignés de Bangouya-centre. Pour l’instant, nous avons une école primaire de trois salles de classe, une mosquée et un pont financés par les habitants de Dombélé qui ont vendu des bœufs et de riz. Ils ont été appuyés par les fils ressortissants. Notre pont qui a été construit sur fond propre de la communauté et ses ressortissants à la hauteur plus d’un milliard de francs guinéens sera bientôt un triste souvenir. Car, il va être inondé par l’eau du fleuve Konkouré. En plus, avec le déguerpissement de tous nos cohabitants, nous serons totalement coupés de la localité de Monoma (Sinta). Il y a près d’une cinquantaine de femmes originaires de cette localité qui sont mariées ici. Dès que la marée d’eau monte, il n’y aura plus de passage, ni de fréquentation, ni de relations sociales », a expliqué Thierno Alpha Oumar Barry, chef du secteur Dombélé, tout en précisant que cette localité possède aussi des foyers coraniques.

Habité par une population à vocation agropastorale, Dombélé est aujourd’hui un secteur difficile d’accès. La route est périlleuse, il est donc extrêmement difficile de se rendre à cette localité qui est sur le point d’être prise en étaux par les eaux du fleuve Konkouré. D’ailleurs, certains habitants de ce secteur craignent de se retrouver dans une « ile » sous peu.

Mody Mamadou Moussa Diallo, cultivateur

« Ils ont fait déguerpir nos parents, nos voisins. L’eau a fait disparaître notre route d’accès, il n’y a plus de circulation, il n’y a plus de marché… Les gens qui étaient là où se trouve le poste de santé sont partis. Par manque de route, aucun véhicule ou même une moto ne peut désormais aller à Khatia. Même si on a un décès, personne ne vient nous assister ou nous saluer… Les responsables du projet Souapiti ont promis une route dont les travaux ont déjà démarré. C’est à la fois un grand espoir et un désespoir, parce qu’on n’a pas de voisins. Même les médecins qui s’occupaient de nous sont allés loin ; et, on a perdu plusieurs hectares de terre où sont enterrés nos ancêtres. Aujourd’hui, pour se rendre à Kindia, le transport coûte 100 mille francs. On n’a pas d’hôpital, on n’a pas d’eau potable et les marigots tarissent », s’est plaint Thierno Mamadou Moussa Diallo, cultivateur.

Profitant du micro de Guineematin.com, ce père famille a lancé un appel à l’aide au gouvernement et aux personnes de bonne volonté. « Sous peu, nous serons dans une île. Même l’obtention d’un petit bateau de transport sera nécessaire du fait qu’on est trop serré par les eaux. On ne peut pratiquement pas vivre ici avec nos bétails et nos cultures qui constituent notre économie ».

Malgré les difficultés auxquelles sont actuellement confrontées les populations de ce secteur autrefois heureux et plein de vie, Elhadj Mamadou Djouhé Diallo, l’imam de la mosquée de Dombélé assure qu’ils ne bougeront pas des lieux.

Elhadj Mamadou Diouhé Diallo, imam

« Chez nous ici, il y a deux ethnies (les peulhs et les soussous) qui vivent en parfaite harmonie… Les riches ont accepté les pauvres, en éliminant les limites par clôture entre les foyers. Tout le Missidé a été entouré d’une seule clôture. Il n’y a jamais eu un conflit domanial ici… C’est en 2010 que les blancs sont venus nous dire de ne pas réaliser de grands édifices ici. Par après, les chinois sont venus dire que c’est Dombélé Sosso, Hafia et Béra kabadé qui doivent quitter. Maintenant, cette année, l’eau a complètement inondé notre pont qui nous a coûté cher. Nous sommes là grâce à Dieu et le soutien de nos fils résidants et ressortissants. Et, on ne quittera pas ici, malgré la peur », a indiqué l’imam, Elhadj Mamadou Diouhé Diallo.

A noter que le secteur Dombélé est entouré des village Sokhili, Monoma,Téné, Baren, Khinfaya et autres.

A suivre !

De Dombélé, Amadou Bailo Batouala Diallo, envoyé spécial de guineematin.com

Tél. : 628 51 67 96

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