Dr Alpha Amadou Diallo, médecin chirurgien à l’hôpital André Mignot à Versailles

Le débat autour du changement de la constitution divise les Guinéens vivants aussi bien sur le territoire national qu’à l’étranger. Constitué pour barrer la route aux promoteurs d’une nouvelle loi fondamentale, qui pourrait permettre à Alpha Condé de briguer un mandat de plus, le Front National pour la Défense de la Constitution (FNDC) regroupe diverses catégories socioprofessionnelles. C’est le cas de Dr Alpha Amadou Diallo, médecin chirurgien à l’hôpital André Mignot à Versailles (France), membre du FNDC/France.

Dans une interview accordée à un reporter de Guineematin.com ce mercredi, 08 janvier 2020, ce membre du bureau exécutif de l’Union des Forces Démocratiques de Guinée (UFDG) a dit les raisons de son adhésion au FNDC, les activités réalisées par cette entité, mais aussi la question liée à la tenue des élections législatives le 16 février 2020.

Décryptage !

Guineematin.com : dites-nous les raisons qui vous ont poussé à adhérer au Front National pour la Défense de la Constitution (FNDC) ?

Dr Alpha Amadou Diallo : j’ai adhéré au FNDC comme la majorité des guinéens. C’est l’esprit du FNDC, c’est-à-dire défendre la constitution guinéenne exclusivement pour garantir notre jeune démocratie. C’est l’objectif initial de mon adhésion au FNDC.

Guineematin.com : depuis que vous êtes membre du FNDC France, quel est votre regard sur les activités jusque-là menées par cette entité qui est farouchement opposée à l’idée d’une nouvelle constitution ?

Dr Alpha Amadou Diallo : tout d’abord, c’est la communion des guinéens à se constituer pour défendre leur constitution qui est l’instrument qui nous permet de vivre ensemble. Si cet outil est bafoué, perturbé, taillé sur mesure pour assouvir les besoins d’une seule personne, un octogénaire de 87 ans qui est monsieur Alpha Condé ; à mon avis les guinéens doivent regarder dans la même direction pour pouvoir défendre leur constitution, car depuis 2010, tout le monde a vu la dérive dictatoriale du régime de monsieur Alpha Condé.

Guineematin.com : ça fait déjà des mois que le FNDC est en train de battre le pavé en Guinée mais aussi à l’extérieur pour empêcher ce coup d’Etat constitutionnel. Quel est le bilan que vous pouvez en tirer ?

Dr Alpha Amadou Diallo : c’est un bilan hautement positif. D’abord, l’union des Guinéens en tant que nation autour d’une valeur fondamentale, la constitution. C’est ce qui permet qu’on soit à N’Zérékoré, Tougué, Boké, Forécariah, Farmoriah, Mamou de vivre ensemble malgré nos différences. C’est ce qui permet de valoriser notre patrimoine national.

Guineematin.com : les marches pacifiques du FNDC ont été bouclées. Maintenant, ce sont les actions de résistance qui vont commencer à partir du 13 janvier 2020. Comment comprenez-vous cette nouvelle stratégie ?

Dr Alpha Amadou Diallo : c’est très simple. Monsieur Alpha Condé c’est quelqu’un qui a une nature belliqueuse, il n’a fait que ça toute sa vie. Il a fait exploser la Fédération des Etudiants Noirs de France (FEANF) aux dires des anciens. Monsieur Alpha Condé aime le bras de fer. Le dialogue, le consensus, la paix, ce n’est pas son crédo. Il a toujours vécu dans la confusion, dans la division pour pouvoir assouvir ses besoins. Donc, le FNDC a mené des marches pacifiques pour pouvoir amener monsieur Alpha Condé à comprendre que notre constitution peut être améliorée mais pas dissoute au bénéfice d’une 4ème République qui va lui permettre de rester au pouvoir à vie. Les marches pacifiques ayant montré leurs limites, il est bien naturel qu’on aille à la vitesse supérieure, c’est-à-dire utiliser le droit constitutionnel que confère le peuple, marcher, franchir les barrières des forces de défense et de sécurité, que je vais appeler les forces terroristes, et aller vers le symbole de l’Etat, l’incarnation du pouvoir public, c’est-à-dire la présidence et installer une transition. C’est l’objectif définitif.

Je ne vais pas rentrer dans les détails, c’est une marche. On s’en fout des PA, on s’en fout des forces de défense et de sécurité, on s’en fout des militaires, on s’en fout des gendarmes, on s’en fout de la milice d’Alpha Condé. Puisque, figurez-vous lors de la marche pacifique, on a pris quelqu’un qui est un Donzo armé d’un fusil de chasse avec des gris-gris vers Matoto, un autre qui a utilisé une voiture bélier pour foncer sur les manifestants et un autre militaire détenait une arme dans la foule. Tout ça là fait dire que monsieur Alpha Condé est prêt à marcher sur le sang des Guinéens pour pouvoir assouvir sa présidence à vie. En conséquence, le FNDC s’est fixé comme objectif de franchir la peur, vaincre leur pacifisme pour foncer et barrer définitivement cette dictature qui embrigade tout un pays. Actuellement, la jeunesse guinéenne est laissée pour compte, la Guinée bat le record de l’immigration de sa jeunesse à travers la Méditerranée, à travers le désert et à partir des pays voisins. Ça dérange tout le monde rien qu’à cause d’une mal gouvernance.

Guineematin.com : le combat s’annonce donc décisif avec ces actions de résistance que vous comptez faire. Quel est votre message à l’endroit de tous les membres du FNDC ?

Dr Alpha Amadou Diallo : on est sur le terrain, dans les quartiers, dans les villages et partout. Nous sommes en train de sensibiliser et je peux vous assurer que ce n’est pas difficile parce que les Guinéens sont motivés pour pouvoir affronter monsieur Alpha Condé qui, je vous rappelle, est un étranger qui qualifie les autres d’étrangers chez eux. Monsieur Alpha Condé est capable aujourd’hui de s’asseoir pour dire que les étrangers ou les anciens Premiers ministres ont fait ceci ou cela. Et lui et son bilan ? Et ces marchés de gré-à-gré ? Et ces scandales financiers depuis qu’il est au pouvoir ? Donc, Monsieur Alpha Condé doit avoir une force de résistance en face.

Guineematin.com : vous êtes aussi membre du bureau exécutif de l’UFDG, principal parti d’opposition qui a décidé de boycotter le processus électoral en cours et compte l’empêcher avec ses pairs. Quelle est votre réaction ?

Dr Alpha Amadou Diallo : l’UFDG est un grand parti politique, c’est une grosse machine. Elle n’a pas nature à boycotter les élections. Il ne s’agit pas d’un boycott mais d’une revendication de la cause des préalables, des conditionnalités pour participer à une élection libre et transparente. Les élections législatives sont des élections majeures. Monsieur Alpha Condé, tout le monde l’a vu avec son président de la CENI monsieur Salif Kébé, qui se sont mis à tailler la CENI sur mesure, à tailler le fichier électoral sur mesure, à barricader les données du recensement au niveau de la villa 33, pilotée par un burkinabé, dont personne n’a accès. Donc, vu l’obscurité, ce camouflage personnel de monsieur Alpha Condé autour de la CENI, je pense que c’est criminel de la part de l’UFDG en tant que grand parti d’accompagner un processus électoral déjà biaisé dont la victoire à l’Assemblée Nationale permet à Alpha Condé de rester au pouvoir en modifiant la constitution. Avant ça, on a posé comme conditions : l’achèvement du processus électoral local, c’est-à-dire au niveau régional et les quartiers, la révision du fichier électoral qui doit être accessible à tous jusqu’à sa publication, selon le code électoral, ensuite le départ de Me Salif Kébé qui est devenu un des militants d’Alpha Condé chargé de tailler tout sur mesure au bénéfice seulement d’Alpha Condé. Actuellement, sept commissaires ont suspendu leur participation, déjà cette CENI est caduque. Donc, il va falloir revoir les choses.

Guineematin.com : le siège de votre parti a été saccagé à Kankan et les boutiques de certaines personnes supposées être proches de l’UFDG pillées. Quel est le sentiment qui vous anime après ces actes ?

Dr Alpha Amadou Diallo : c’est une volonté manifeste de monsieur Alpha Condé, c’est des instructions que monsieur Alpha Condé a données à son préfet, Aziz Diop, pour pouvoir vandaliser des commerces à caractère politique. C’est une façon de dire vous adhérez ou pas, vous vous taisez. Heureusement pour nous, les Guinéens aujourd’hui sont uns et indivisibles. Le Sotikèmo de Kankan, dont je salue l’esprit, a appelé au calme et a condamné vigoureusement cette tendance de génocide que veut Alpha Condé en Guinée. Il veut mélanger les fils du pays pour lui permettre d’être à sa place.

Guineematin.com : quel est le mot de la fin ?

Dr Alpha Amadou Diallo : c’est d’appeler davantage à l’unité de la Guinée, de regarder dans la même direction, d’aller vers une cohésion nationale pour pouvoir permettre à la Guinée de définir l’objectif principal, c’est-à-dire le départ de monsieur Alpha Condé de la présidence de la République. Il n’a qu’à quitter pour que les fils et filles de ce pays se retrouvent pour pouvoir désigner leurs dirigeants dans la paix et la concorde.

Interview réalisée par Siba Guilavogui pour Guineematin.com

Tel : 620 21 39 77/ 662 73 05 31

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