Me Pépé Koulémou, président de l’ARN

L’Alliance pour le Renouveau National (ARN) est l’un des partis politiques d’opposition, membres du FNDC, à avoir décidé de prendre part aux élections législatives prévues pour se tenir le 16 février 2020. Qu’est-ce qui a motivé ce choix ? Maître Pépé Koulémou, avocat à la cour, et président de cette formation politique, a répondu à cette question au cours d’un entretien qu’il a accordé à la rédaction de Guineematin.com, le mercredi 08 janvier dernier.

Décryptage !

Guineematin.com : votre formation politique est membre du FNDC, mais vous vous êtes désolidarisés des grands partis d’opposition, qui ont décidé de ne pas aller aux élections législatives du 16 février 2020. Pourquoi avez-vous décidé de participer à ces élections ?

Me Pépé Koulémou : nous sommes dans la dynamique de l’alternance politique dans notre pays, la Guinée. Et nous estimons que la loi doit être respectée dans toute sa rigueur et que la constitution qui a permis l’élection du président Alpha Condé doit être respectée dans toutes ses dispositions. Et, nous disons encore
une fois que nous sommes opposés au changement de notre constitution à la
fin du second et dernier mandat du président Alpha Condé, qui arrive à son
terme effectivement le 21 décembre 2020.

Donc nous avons choisi d’aller aux élections législatives, parce que l’état-major de notre parti a estimé qu’il fallait sincèrement être présent au rendez-vous de l’histoire de la Guinée. Monsieur le président, Alpha Condé, a planifié de prendre la Guinée en otage, a planifié d’appliquer sa dictature sur le territoire guinéen et sur les Guinéens.

Il a planifié de confisquer le pouvoir du peuple de Guinée. Nous sommes là pour lui dire non. Nous sommes là pour lui dire que cela ne marchera pas, et que force doit rester à la loi et seulement à la loi. C’est pourquoi, l’état-major de notre parti, ARN, a pensé, lors d’une de ses assemblées générales, qu’il fallait se rendre aux législatives pour dire tout ce qu’il y a à dire. Pour dissuader monsieur le président, Alpha Condé, qui est en train de manipuler le peuple de Guinée, qui est en train de tromper le peuple de Guinée alors que nous sommes convaincus que depuis qu’il a été élu, le peuple de Guinée n’a pas connu le progrès auquel il s’attendait.

Guineematin.com : pensez-vous que c’est en allant à ces élections que vous pourrez dissuader le président de la République ?

Me Pépé Koulémou : nous pensons qu’en allant aux élections législatives, nous lui dirons la vérité ; nous lui dirons d’arrêter ce qu’il est en train de faire ; nous lui dirons que sa démarche n’est pas conforme à la loi. Dire qu’il va changer la constitution pour s’octroyer un 3ème mandat ou tout au moins se donner la possibilité d’ouverture à une prochaine candidature le concernant, nous disons non. Et nous estimons qu’en restant hors de cette consultation électorale, qui est hautement importante, à l’ARN, nous pensons c’est une erreur.

Donc, nous menons le même combat que les autres collègues des différents partis politiques de l’opposition, mais certainement la démarche n’est pas la même. Il y en a qui pensent qu’il faut aller au boycott, il y en a qui pensent qu’il faut aller au rendez-vous des consultations législatives pour dire à monsieur Alpha Condé que sa démarche n’est pas celle souhaitée par le peuple de Guinée.

Guineematin.com : les partis qui ont décidé de ne pas aller à élections estiment que les conditions nécessaires pour un scrutin équitable ne sont pas réunies. Vous, à l’ARN, est-ce que vous avez confiance dans la conduite de ce processus électoral ?

Me Pépé Koulémou, président de l’ARN

Me Pépé Koulémou : nous pensons effectivement que les dénonciations qui ont été faites sont fondées par endroits. Mais cela ne devrait pas empêcher les partis d’opposition d’aller à cette consultation. Il fallait tout au moins payer sa caution, et aller aux élections législatives et éventuellement lorsque vous êtes retenus comme candidats, poser des conditions : dire que nous avons payé notre caution mais nous exigeons que telle condition et telle autre soit remplie avant d’organiser les élections législatives.

Mais, si vous refusez de faire acte de candidature vous voulez rester à la marge, soutenir une autre position selon laquelle il faut boycotter les élections, nous nous n’apprécions pas ça. Mais, c’est leur droit de ne pas aller aux élections, et c’est aussi notre droit d’y aller. Nous, nous pensons qu’il faut être là, discuter des questions qui intéressent la vie de la nation guinéenne, dire à monsieur Alpha Condé halte ! Ce que vous êtes en train de faire, vous n’êtes pas élu pour cela.

Guineematin.com : aujourd’hui, est-ce que vous avez fait des projections par rapport au nombre de députés que votre parti pourrait avoir à l’issue de ces législatives ?

Me Pépé Koulémou : Absolument. Nous sommes convaincus que nous aurons des députés à l’Assemblée nationale. Nous espérons avoir une vingtaine de députés à l’Assemblée nationale, si les choses sont correctement réalisées. Si l’élection est correctement préparée et exécutée, nous espérons avoir ce nombre. Moi, je suis convaincu que n’eut été la décision entreprise par certains membres de l’opposition radicale, monsieur Alpha Condé n’allait même pas avoir plus de 10 députés à la prochaine Assemblée nationale. La somme de tous les partis de l’opposition pouvait permettre à l’opposition de rafler une très large majorité des sièges au parlement.

Malheureusement, nos collègues n’ont pas saisi cette occasion. Ils ont estimé qu’en Haute Guinée, les gens ont enrôlé des mineurs de moins de 18 ans. Et par conséquent, ils ont décidé de se dissocier du processus électoral en cours. C’est une erreur de laisser la chaise vide. Il faut que tu sois là pour dire, ici ça ne va pas. Mais si vous vous éloignez, vous laissez l’occasion à monsieur Alpha Condé de faire ce qu’il veut. Vous croyez que c’est par ces moyens qu’on peut empêcher la tricherie qu’il veut organiser ?

Guineematin.com : si aujourd’hui on vous demandait de reporter la date des élections législatives pour permettre aux autres partis d’opposition de revenir dans le processus, est-ce que à l’ARN serait favorable à cette option ?

Me Pépé Koulémou : pourquoi reporter ? Nous sommes opposés à toute éventualité de report. Je vais vous dire la raison : la Guinée n’est pas un pays à part, c’est un pays situé sur la planète terre, qui est géré par des lois. On ne peut pas écarter ces lois là au profit d’un dialogue que moi je qualifierai d’illégal, au point de violer la loi qui a été effectivement légiférée pour gérer les gouvernants et les gouvernés. Il n’y a aucune raison aujourd’hui qui puisse conduire le peuple de Guinée à reporter les élections législatives pour des fins de dialogue. Moi, je m’y opposerais.

Guineematin.com : les grands partis d’opposition qui se sont retirés du processus électoral, ne se sont pas limités au boycott. Ils ont décidé aussi d’empêcher la tenue du scrutin. Pensez-vous que ces élections se tiendront à la date du 16 février ?

Me Pépé Koulémou, président de l’ARN

Me Pépé Koulémou : nul n’est au-dessus de la loi. Personne ne peut empêcher la tenue d’une élection qui a été régulièrement programmée et organisée par l’organe chargé d’organiser les élections, notamment la CENI. Aucun guinéen ne le peut. Mais malheureusement, on est en face d’un président qui ne respecte pas la loi lui-même. Le président Alpha Condé n’a jamais respecté la loi en Guinée depuis qu’il est président. Il a toujours préféré le dialogue à la loi. Donc je dis encore une fois que nul n’a le droit, ou le pouvoir d’empêcher la tenue d’une élection. Chacun a le droit de s’abstenir d’aller aux élections législatives. Mais aucun citoyen guinéen n’a le droit d’empêcher la tenue d’une élection quel que soit le motif.

Guineematin.com : nous arrivons au terme de cet entretien, est-ce que
vous avez un dernier message à lancer ?

Me Pépé Koulémou : le message que j’ai à lancer, c’est d’inviter le peuple de Guinée à aller voter massivement, à la date indiquée par la CENI, pour les candidats de notre parti, en vue d’empêcher monsieur le président Alpha Condé d’accomplir son coup d’Etat constitutionnel qu’il veut organiser avec les ministres impliqués dans ce processus.

Entretien réalisé par Saïdou Hady Diallo pour Guineematin.com

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