Elhadj Abdourahmane Diallo, victime d’agression des policiers

Il n’est plus un secret pour personne que les forces de l’ordre, notamment les agents de la police guinéenne, se livrent à des exactions et à des arrestations arbitraires contre des citoyens guinéens. A part l’incendie du marché de Koloma par des policiers- filmé dans cette sale besogne par de courageux civils- le dernier cas en date, filmé par un témoin et qui a révolté les consciences, a eu lieu le mardi dernier, 14 janvier 2020, au quartier Kobaya, dans la commune de Ratoma. Elhadj Abdourahmane Diallo, un vieil homme de 62 ans, a été pris à partie, violenté par des agents de la Compagnie Mobile d’Intervention et de Sécurité (CMIS) avant d’être embarqué. Il a fallu débourser une importante somme d’argent pour sortir le conseiller de mosquée des griffes des agents de la police, a appris Guineematin.com à travers un de ses reporters.

Dans un entretien accordé à un de nos reports ce jeudi, 16 janvier 2020, Elhadj Abdourahmane Diallo est revenu sur sa mésaventure. Selon lui, c’est en se rendant à la mosquée qu’il a eu le malheur de croiser le chemin de ces agents. « Je ne savais même pas qu’on nous filmait. Dès après l’appel du muezzin à 13 heures, je me suis précipité pour aller à la mosquée puisque je sais qu’en temps de manifestations, les gens vont massivement à la mosquée. En cours de route, j’ai croisé sur mon chemin un groupe de policiers, j’étais seul. Un des policiers a aperçu les écouteurs de mon téléphone au niveau des poches de mon caftan, alors il m’a demandé c’est quoi tu as dans tes poches-là ? Je lui ai répondu que c’est mon téléphone. Il a alors dit c’est vous qui donnez de la drogue aux jeunes qui viennent après nous lancer des pierres ! Je lui ai répondu que depuis que je suis né, je n’ai jamais vu la drogue de mes yeux. Il est ensuite venu me dire de lui donner mon téléphone, je lui ai dit de quitter devant moi. Je lui ai dit que mon téléphone, je l’ai acheté avec mon argent et que s’il en voulait aussi, il pouvait aller au marché pour acheter un autre téléphone. Il a rétorqué, en disant que si je ne lui donnais pas le téléphone, il allait me gifler. Quelques secondes après, il a lié l’acte à la parole en me donnant de violentes paires de gifle et en me bousculant. Pourtant, depuis que je suis né, personne ne m’a jamais frappé. Même mon maitre coranique ne m’a jamais frappé. Aujourd’hui, j’ai mal sur tout mon corps, surtout la partie où il m’a frappé. Je suis diabétique et j’avais fait un accident quand j’étais jeune. Donc, depuis ma bastonnade, j’ai beaucoup mal au corps », s’est-il plaint.

Elhadj Abdourahmane Diallo, victime d’agression des policiers

Très touché par cette situation, Elhadj Abdourahmane Diallo dénonce les injures proférées contre lui et a communauté par les agents. « J’ai été un grand aventurier. J’ai fait la Sierra-Leone, le Libéria, les Etats-Unis d’Amérique, le Sénégal, le Mali entres-autre. Mais, partout où j’ai vécu, les gens n’ont eu que du respect pour ma personne. De toute ma vie, c’est ce jour-là que j’ai été frappé par quelqu’un. Cependant, j’ai dit à l’agent qu’il va peut-être me tuer, mais il n’aura pas mon téléphone. Il a continué à me frapper, mais je ne lui ai pas donné mon téléphone. Arrivé au niveau de leur pick-up, il m’a embarqué. Au même moment, ils ont arrêté un autre jeune. Mais, il avait un passeport américain, ils l’ont laissé. Quand j’ai été embarqué, les agents ont proféré toutes sortes d’injures : ma communauté, mes parents et moi-même avons été insulté. J’ai été violemment frappé par le policier, mais ce qui m’a le plus fait mal, ce sont les injures qu’il a proférées. Il pouvait me frapper tout simplement, comme il l’a fait puisqu’il détient la puissance publique. Mais, il ne devrait pas m’insulter et insulter mes parents et toute ma communauté ».

Il a fallu une forte implication des sages et débourser de l’argent pour qu’Elhadj Abdourahmane se tire de ce mauvais pas. « J’ai passé un long moment dans le véhicule. A bord, il y a quelqu’un qui compte l’argent qu’ils ont pris sur les paisibles citoyens, et l’autre classe les téléphones volés. Pour ma libération, un des agents a dit qu’on doit payer 3 millions de francs guinéens. L’autre a dit que c’est trop, de payer 1 million. Finalement les sages de la mosquée, quand ils ont appris mon arrestation, ils sont venus prier sans succès les agents pour qu’ils me libèrent. C’est ainsi qu’ils m’ont envoyé dans un endroit à la T5. Les sages ont suivi. Finalement, j’ai été libéré après que les sages aient cotisé. Je ne connais même pas le montant qu’ils ont versé ».

A l’image d’Elhadj Abdourahmane Diallo, de nombreux citoyens, notamment de la commune de Ratoma, subissent des humiliations et autres traitements indignes pendant les manifestations en Guinée.

Ibrahima Sory Diallo pour Guineematin.com

Tél. : (00224) 621 09 08 18

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