Ibrahima Diallo, chargé des Opérations du FNDC

Dans un entretien qu’il a accordé à Guineematin.com, ce vendredi 17 janvier 2020, Ibrahima Diallo, le coordinateur des opérations du FNDC, a fait le point des trois premiers jours de la « résistance citoyenne active et permanente ». Un mouvement lancé le lundi, 13 janvier dernier, et qui a été suspendu après trois jours de manifestations.

L’activiste de la société a tiré un bilan « largement positif » en termes de mobilisation, mais il a déploré « les exactions » commises par les forces de l’ordre et qui ont fait quatre morts, une dizaine de blessés et des biens privés détruits. Il a annoncé qu’après les obsèques du jeune tué lundi à Cosa, qui ont lieu ce vendredi, les mouvements de protestation vont se poursuivre jusqu’à ce que le président Alpha Condé renonce à son projet de troisième mandat.

Décryptage !

Guineematin.com : quel bilan peut-on tirer des trois jours de protestation appelés, cette semaine, par le FNDC contre le projet de troisième mandat pour le président Alpha Condé ?

Ibrahima Diallo : tout d’abord, nous avons enregistré quatre cas de morts. Des citoyens assassinés par les services de défense et de sécurité aux ordres du système. Ensuite, nous avons une dizaine de personnes blessées par balles et qui sont alitées aujourd’hui dans les différents hôpitaux de Conakry et de l’intérieur du pays. Il y a aussi la destruction de biens appartenant à de paisibles citoyens. Vous avez certainement vu les vidéos qui sont en train de faire le tour du monde, où on voit des agents des forces de défense et de sécurité s’introduire dans des domiciles privés pour y commettre des exactions. Ils sont allés jusqu’à mettre le feu sur le marché de Koloma. N’eût été l’intervention rapide des citoyens et des sapeurs-pompiers, les dégâts allaient être incalculables.

Au-delà de ces exactions, il faut retenir que sur les 33 préfectures du pays, 23 ont répondu à l’appel du FNDC. Donc cela étant, nous pensons qu’aujourd’hui, l’écrasante majorité de la population guinéenne est derrière le FNDC, et est déterminée à lutter contre le projet en faveur de monsieur Alpha Condé. Au-delà du territoire guinéen, il y a eu une manifestation en France, devant le Conseil d’Europe ; il y a eu également une manifestation aux Etats-Unis, devant le siège des Nations Unies. Donc, il faut dire aujourd’hui que les Guinéens de l’intérieur et de la diaspora sont déterminés à s’engager dans la dynamique de la résistance citoyenne et active lancée par le FNDC, le lundi 13 janvier 2020.

Guineematin.com : aujourd’hui, est-ce que vous avez le sentiment que ces mouvements de protestation pourront amener le président Alpha Condé à renoncer à sa décision de changer la Constitution pour s’ouvrir la voie à un troisième mandat ?

Ibrahima Diallo : bien sûr ! Nous l’avons dit et nous le répétons : tant que monsieur Alpha Condé ne recule pas, nous allons continuer à appeler les citoyens à descendre dans la rue, à faire une résistance citoyenne et active mais aussi permanente sur toute l’étendue du territoire national. Cela, pour empêcher monsieur Alpha Condé de réaliser son rêve de pouvoir à vie. S’il est déterminé à 100%, nous sommes déterminés à 1000%. Et nous allons tout faire pour qu’il recule, qu’il renonce à son ambition de briguer un troisième mandat en Guinée.

Guineematin.com : comment qualifiez- vous les violences qui ont émaillé les manifestations de cette semaine ?

Ibrahima Diallo : ce sont des violations graves des droits de l’homme. Quand des policiers se permettent de tirer à balles réelles sur des citoyens, c’est une violation du droit à la vie. Quand on porte atteinte à l’intégrité physique d’un citoyen, c’est une violation des droits de l’homme. Quand on s’introduit dans les domiciles privés de paisibles citoyens pour commettre des exactions, c’est une violation également des droits de l’homme. Et, toutes ces exactions-là sont planifiées et entretenues par le système, qui a l’ambition de s’éterniser au pouvoir.

Guineematin.com : aujourd’hui, la résistance citoyenne active et permanente est suspendue. Cela, pour permettre d’organiser les funérailles de Mamadou Sow, tué par balle lundi dernier à Cosa. Qu’est-ce que vous comptez faire à l’avenir pour stopper ces violences meurtrières mais aussi pour faire plier le président Alpha Condé ?

Ibrahima Diallo : on ne peut pas vous dire qu’on peut stopper les violences d’autant plus qu’elles ne proviennent pas du FNDC. La violence est toujours étatique, ce sont les forces de défense et de sécurité qui commettent les violences contre les citoyens, qui sont dans leur droit de manifester conformément à l’article 10 de la Constitution guinéenne. Donc nous, ce que nous pouvons faire, c’est de continuer à appeler la population guinéenne, à résister face à l’oppression conformément à l’article 21 de la Constitution. Et nous sommes déterminés aujourd’hui face à cette oppression, parce que c’est de cela qu’il s’agit. Même au prix de notre vie, nous allons nous opposer à ce projet de troisième mandat en Guinée.

Guineematin.com : vous vous apprêtez à accompagner le jeune Mamadou Sow à sa dernière demeure au cimetière de Bambéto, quel est le sentiment qui vous anime aujourd’hui ?

Ibrahima Diallo : c’est un sentiment d’injustice. Nous sommes aujourd’hui à 30 personnes assassinées par les forces de défense et de sécurité depuis le début de la lutte contre le projet de troisième mandat du président Alpha Condé. Jusqu’à présent, aucun coupable n’a été identifié. Donc, c’est un sentiment d’injustice. Et c’est d’ailleurs ce qui révolte les citoyens aujourd’hui. Parce que nous assistons à une justice à deux vitesses : si c’est l’Etat qui est contre des citoyens, le procureur s’active pour engager des poursuites judiciaires. Mais, si c’est l’Etat qui est mis en cause, le procureur ne fait absolument rien.

Ça veut dire qu’en République de Guinée, nous n’avons pas aujourd’hui de procureurs représentant la société. Nous avons plutôt des procureurs qui représentent le gouvernement, le système pour réprimer les citoyens en vue de permettre au Professeur Alpha Condé de se maintenir au pouvoir. Je m’incline devant la mémoire de cette autre victime de la dictature de monsieur Alpha Condé et je prie Dieu de l’accueillir dans son paradis éternel.

Ce qui reste clair, nous allons nous battre pour que justice soit rendue, nous n’allons pas abandonner le combat que nous sommes en train de mener parce que si on le faisait, on n’aurait pas honoré la mémoire des victimes. Donc, nous allons continuer à nous batte jusqu’à la victoire finale, afin d’honorer la mémoire de ces victimes, tombées sous les balles des forces de défense et de sécurité.

Entretien réalisé par Alpha Assia Baldé pour Guineematin.com

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