Mamadou Lamarana Diallo, préfet de Dinguiraye

Suite à l’appel à manifester du Front National pour de la Défense de la Constitution (FNDC) contre un troisième mandat du président Alpha Condé, des échauffourées ont éclaté hier, mardi 21 janvier 2020, à Dinguiraye. Des pneus ont été brûlés à certains endroits de la ville. Les policiers et gendarmes étant dépassés par les événements, l’armée a été appelée à la rescousse.

Sur le terrain, la grande muette n’a pas aimé que la presse révèle sa présence à l’opinion. Un journaliste de la place en a fait les frais. Ibrahima Diakité a été cueilli par les militaires qui l’ont longtemps gardé, en complicité avec les autorités.

Joint au téléphone par Guineematin.com, Ibrahima Diakité de la radio rurale de Dinguiraye a expliqué que c’est en cherchant à couvrir la chaude journée d’hier qu’il a eu maille à partir avec des militaires dans la cité. « Le mardi matin, aux environs de 6 heures, j’ai appris que des jeunes ont commencé à brûler des pneus vers la centrale, au quartier Bhouria. Quand j’y suis allé, j’ai trouvé que c’était vrai. Les gendarmes étaient en train de dégager les pneus et cailloux qui brûlaient sur le goudron. Entre-temps, le commandant de la gendarmerie est venu nous trouver là-bas et ensemble on est revenu vers la ville où il n’y avait pas de problème. Je suis allé à la maison. Mais, vers 11 heures, j’ai entendu des coups de feu. Je suis sorti pour aller voir. J’ai trouvé que l’armée était là. Il y a eu des échanges de pierres et de coups de feu entre manifestants et les militaires », a-t-il expliqué.

Selon Ibrahima Diakité, c’est en allant sur le terrain faire son travail de vérification des faits que les militaires l’ont mis aux arrêts. « J’ai pris la route pour aller vers la sortie, là où il y a eu les premières brûlures de pneus. Je suis arrivé au niveau d’une station comme il y avait des pneus qui étaient brûlés là. J’essayais de prendre des images ; et, directement, le lieutenant-colonel du camp, Lancinet Keïta, m’a interpellé. Il m’a dit de lui remettre mon appareil. Je lui ai demandé la raison. Il a demandé si je n’ai pas pris des photos avec leurs armes. J’ai dit non ! Il a dit de lui donner l’appareil pour vérification. Je l’ai décodé pour le lui donner. Ils l’ont fouillé. Comme ils n’ont rien vu, ils me l’ont restitué. Puis, tout d’un coup, il a exigé que je lui redonne l’appareil. J’ai fini par accepter et ils ont dit que je ne bougerai pas des lieux. Ils ont fini par m’embarquer dans un pickup. On a fait le tour de la ville puis nous sommes allés jusqu’au camp », a raconté le journaliste.

Comme si cela ne suffisait pas, les autorités militaires ont « transféré » le journaliste chez le préfet, le Colonel Mamadou Lamarana, avant d’être conduit au bureau du juge de paix de Dinguiraye. « On est venu à la préfecture. Le lieutenant-colonel est allé faire le compte-rendu au préfet et ils m’ont dit d’aller devant le juge. Donc, je suis allé à la justice. Le juge m’a demandé ce que je fais avec les images. Je lui ai répondu qu’en tant que journaliste, j’en ai besoin, parce que plusieurs de mes collègues à travers le pays m’appellent dès qu’ils apprennent qu’il y a un mouvement ici. Donc, je ne peux pas rester couché à la maison pour raconter des choses, il faut que je sois sur le terrain. Il m’a demandé si c’est le chef de la radio rurale qui m’a autorisé d’aller sur le terrain. J’ai dit non, précisant qu’en tant que journaliste, quand il y a des mouvements, c’est important d’avoir les preuves ».

Devant cette réaction, le juge a fait appel au directeur de la radio rurale de Dinguiraye. « Ils m’ont dit de faire appel à mon chef, je l’ai appelé, il est venu. Après, on a donné des explications. Le juge a dit que ces trois jours-là, il me confie à mon chef. Durant ces trois jours, si je publie quelque chose et qu’il y a un problème, je vais répondre devant la loi. Ils m’ont restitué les appareils en supprimant les images où étaient les militaires », a-t-il révélé.

Enfin, Ibrahima Diakité accuse les militaires de l’avoir injurié. « J’ai été injurié et menacé par l’armée. Ils disent que c’est nous qui montrons au monde entier qu’il y a des manifestations à Dinguiraye. Donc, pour eux, les choses doivent rester entre nous ici à Dinguiraye ».

Fatoumata Diouldé Diallo pour Guineematin.com

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