Depuis un certain temps, plusieurs observateurs soupçonnent le chef de l’Etat guinéen de manœuvrer pour coupler les élections législatives au référendum constitutionnel, tous deux rejetés par l’opposition et la société civile. Et, en conseil des ministres hier, jeudi 23 janvier 2020, les membres du gouvernement ont « proposé » au président Alpha Condé de « fixer une date appropriée pour la tenue du référendum » pour l’adoption de la nouvelle constitution, actuellement très décriée dans le pays.

Pour le leader de l’UFR, entreprendre ce chemin est une manière pour l’actuel locataire du palais Sékhoutouréyah de jeter de l’huile sur le feu. Sidya Touré s’est exprimé ce vendredi, 24 janvier 2020, à l’occasion d’une conférence de presse du FNDC (front national pour la défense de la constitution) dont son parti est membre, rapporte un des journalistes de Guineematin.com qui étaient à la maison de la presse.

Tout de blanc vêtu, le leader de l’UFR a d’abord rappelé qu’il avait vu de loin les machinations de l’actuel chef de l’Etat guinéen qui nourri l’envie de soumettre une nouvelle constitution au peuple de Guinée. « Lors d’une discussion dans une radio locale, j’avais indiqué que c’est la voie que Alpha Condé comptait suivre », a dit Sidya Touré, visiblement très agacé de la situation sociopolitique actuelle de la Guinée.

Selon le leader de l’UFR, le forcing en cours pour la tenue des élections législatives le 16 février consiste en réalité pour le pouvoir en place de trouver un moyen pour diviser le FNDC et les partis politiques. Mais, précise-t-il, l’objectif final a toujours été d’aboutir au référendum et d’avoir un troisième mandat pour le président Alpha Condé à qui il attribue le « catastrophe » dans lequel la Guinée se trouve actuellement.

« Tout le drame actuel dans notre pays à l’heure actuelle, qui nous amène à ce que nous appelons une catastrophe, n’est que le fait d’un seul individu, du rêve d’une seule personne de rester au pouvoir jusqu’à sa mort. Si l’idée de perpétuer le magistère de Alpha Condé pour un troisième n’existait pas, un président qui fini son mandat en 2020 n’a rien à faire avec des élections législatives qu’il a lui-même retardé… Donc, cette volonté était là. Les élections législatives nous avaient été jetées pour nous disputer là-dessus, afin de diviser le FNDC et les partis politiques. Mais, l’objectif final c’est d’aboutir au référendum et d’avoir un troisième mandat. Il n’y a pas d’autre objectif dans le camp présidentiel, notamment de la part de la personne de Alpha Condé, si ce n’est son maintien au pouvoir », a expliqué Sidya Touré.

Pour cet ancien « Haut représentant du chef de l’Etat », l’organisation des législatives, le développement économique et social de la Guinée n’ont quasiment aucune valeur aux yeux du pouvoir en place. Et, tout est fait pour emmener vers le couplage des législatives et du référendum. Ce qui, estime le leader de l’UFR, consiste à jeter de l’huile sur le feu.

« Moi, je ne suis pas surpris. Nous allons vers un couplage. Le communiqué est fait hier (jeudi) pour que vous ayez aujourd’hui (vendredi) un décret. C’est une manière de jeter de l’huile sur le feu. C’est une manière de bien faire comprendre que malgré tout ce qui se fait, après avoir perdu pas loin d’une trentaine de guinéens, qu’il va continuer. Comme il l’a dit : il y a eu des morts, mais ils l’ont fait ; moi aussi, il y aura des morts, mais je vais continuer à le faire. Il nous appartient de réagir par rapport à cela. Et, je voudrais qu’on comprenne le cynisme d’une telle position qui entraîne aujourd’hui des discours va-t’en guerre… On a l’impression qu’il n’y a plus d’Etat ici, plus de gouvernement, plus de responsable. Chacun raconte dans son coin ce qu’il a envie de dire, à condition que les guinéens puissent être opposés les uns des autres. Mais, c’est vraiment la disparition totale du leadership qui nous entraîne sur cette voie… Puisque ce leadership n’a intéressé qu’une seule chose : être président même si c’est pour gouverner le cimetière… », a fustigé Sidya Touré, tout en promettant que le combat contre la nouvelle constitution et le troisième mandat va se poursuivre dans le pays.

Mamadou Baïlo Keïta pour Guineematin.com

Facebook Comments

Commentaires

Guineematin