Guinée : le nombre de victimes de l’élu Alpha Condé n’est plus loin de celui du putschiste Dadis Camara

Le gouvernement guinéen reste toujours dans sa logique de déni de l’ampleur de la contestation de son projet de nouvelle constitution. Dans son adresse à la Nation, le Premier ministre a une nouvelle fois cité seulement les villes du Fouta comme étant le foyer de cette contestation. Ignorant ainsi ce qui s’est passé à Boké ou à N’Zérékoré pour ne citer que ces deux grandes villes du pays.

Quoi qu’il en soit, c’est au Fouta, et plus précisément à Labé, que la crise a atteint son paroxysme cette semaine. Avec à la clé l’exfiltration du gouverneur de la région de son bureau dont le départ est réclamé par les manifestants. Dans la foulée, il y a eu trois morts. Parmi les victimes figure l’ambulancier de l’hôpital régional. Une situation plutôt abracadabrante dans la mesure où, même dans les pays en guerre, les ambulances sont épargnées par les belligérants.

Déjà, les forces de l’ordre sont accablées d’un certain nombre de faits inédits dans la capitale. Entre autres, des agents ont aspergé du gaz lacrymogène un cortège funèbre. Ils ont perpétré le même sacrilège dans un cimetière, à Bambéto. Ces faits sont d’une extrême gravité à la fois sur le plan du droit humanitaire international, sur le plan moral et sur le plan religieux. Bénéficiant d’une impunité totale, les agents ont pénétré une concession privée pour brutaliser des citoyens éplorés par la perte d’un des leurs. Et de surcroît victime de la même répression.

A tous ces faits jusqu’ici inimaginables dans la société guinéenne, s’ajoute le cas d’un vieil homme malmené par des agents alors qu’il se rendait à la mosquée. Sans compte que la goutte d’eau qui a fait déborder le vase au Fouta est la violation et la violence perpétrée chez le Khalife général de la région, Elhadj Bano Bah à Pita. Bref, à tous ces actes, il y a désormais un autre témoignage tout aussi accablant, émouvant et révoltant : c’est celui d’une vieille dame dont le bras a été fracturé par des agents surexcités. C’est autant dire que les forces de l’ordre ont franchi le Rubicon dans leur expédition punitive et sélective.

Malgré la gravité de la situation, le Premier ministre a passé sous silence tous ces faits et méfaits commis par des agents censés protéger les citoyens. En effet, dans son adresse à la Nation du vendredi dernier, 24 janvier 2020, le Premier ministre, tout en adressant la compassion du gouvernement aux victimes, n’a pas évoqué ces graves faits. Alors que c’était une bonne occasion pour lui de dénoncer les abus mais aussi de promettre justice. Mais, on a vu et entendu un Premier ministre qui a plutôt mis l’accent sur sa volonté de restaurer l’autorité de l’Etat. Rien de surprenant. Car, c’est le même Kassory Fofana qui avait déclaré, dans l’euphorie de sa nomination, qu’il préférait l’ordre à la loi.

Depuis cette déclaration, de nombreux guinéens ont perdu la vie lors des manifestations. Et avec les dernières victimes de Labé, le décompte macabre a déjà dépassé la barre de 130 morts ! Est-il normal que le nombre de victimes des manifestations sous un régime civil élu soit si proche de celui des affreux crimes du 28 septembre 2009, sous un régime militaire putschiste ?

Habiboullaye Diallo

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