Face à la grave crise politique à laquelle la Guinée est confrontée, les initiatives se multiplient ; tant de l’intérieur que de l’extérieur. Après le clergé, réuni à N’Zérékoré du 22 au 26 janvier, qui a demandé le respect de la constitution en vigueur, les chefs religieux musulmans, accusés à tort ou à raison de soutenir le pouvoir, tentent eux aussi de renouer le fil du dialogue. Ils ont formellement demandé à leur tour au chef de l’Etat de reporter les élections législatives.

Et, ce n’est pas tout ! Désormais, ils comptent aller plus loin. Le report des élections législatives est une goutte d’eau dans l’Océan par rapport au projet de nouvelle constitution qui ouvrirait la voie à un troisième mandat pour l’actuel président. Ce report à lui seul n’est pas suffisant pour désamorcer la crise. Le FNDC, de par son nom même, a pour objectif la défense de la constitution.

Les chefs religieux ont déjà marqué des points en obtenant une trêve dans les manifestations du FNDC. Ils s’engagent désormais à rencontrer le président de la République pour essayer d’obtenir le plus difficile avec lui : le retrait pur et simple du projet de nouvelle constitution. Mais, cette demande ne passera pas comme timbre à la poste.

L’initiative suscite déjà une levée de boucliers au sein du parti au pouvoir. Le RPG demande à son président, qui n’est autre que celui de la République, de ne même pas recevoir les religieux. Un appel qui risque de ne pas être entendu. Et pour cause, les chefs religieux chrétiens ayant formellement demandé le respect de la constitution, ils sont censés être sur la même longueur d’ondes que le FNDC. Raison pour laquelle le chef de l’Etat devrait ménager les musulmans.

Dans tous les cas, cette exigence des caciques du parti au pouvoir est la preuve, s’il en était besoin, de leur radicalisation. Dans un contexte comme celui que la Guinée traverse actuellement, demander à celui qui détient le levier de la commande de ne pas négocier, c’est tout simplement dire que les auteurs de cette déclaration sont désormais prêts à répondre favorablement à l’appel de leur chef. Lequel leur avait demandé d’être prêts à l’affrontement.

La position du RPG est pour le moins surprenante. Car, si tout le monde est perdant dans un chaos, le parti au pouvoir a plus à perdre. C’est lui qui gère. Mais, pour qui connait Alpha Condé, il est improbable que cette exigence soit l’initiative de ceux qui se sont fait entendre. Pour nombre d’observateurs, cette déclaration va-t’en guerre ne relèverait que d’une manipulation.

Ne voulant pas entendre parler d’abandon de son projet, comme il l’a martelé à Fria, le chef de l’Etat pourrait répondre aux chefs religieux qu’il n’est pas le seul à décideur et qu’il est obligé de demander l’avis des responsables et militants du parti avant toute prise de décision concernant le projet de référendum. Et, puisque la position des intéressés est déjà connue, tout comme celle de leur mentor, les chefs religieux auront compris le message.
La vive et ferme réaction du RPG à la démarche des religieux met tout le monde en difficulté. Tout d’abord, le chef de l’Etat. Il est non seulement inimaginable qu’il refuse de recevoir les chefs religieux. Mais, il est tout autant difficile de ne céder sur rien. D’autant plus qu’avant même de venir le voir, ses futurs hôtes ont réussi à obtenir une trêve avec l’autre partie.

Enfin, les chefs religieux eux-mêmes seront très mal réconfortés de sortir bredouille du palais. Ils savent que le FNDC et les populations ont désormais les yeux rivés vers eux. Ayant obtenu l’accord d’un protagoniste, ils sont obligés d’obtenir quelque chose de l’autre côté. Le camp présidentiel n’entend visiblement pas de cette oreille. Ils campent sur leur position. Or, si la médiation des religieux n’aboutit pas, le FNDC pourrait durcir sa position. Au lieu de deux jours de manifestations par semaine, on pourrait assister à une véritable insurrection populaire dont seul Dieu sait quelle sera l’issue.

Habiboullaye Diallo

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