Comme annoncé précédemment, le procès d’Abdourahmane Bella Bah, activiste de la société civile et membre du Front National pour la Défense de la Construction, s’est achevé ce mercredi, 05 février 2020, au tribunal de Kaloum. Le jeune homme a été condamné à une peine d’un an de prison assortie de sursis et au payement d’une amende de 20 millions de francs guinéens. Maitre Salifou Béavogui, un des avocats de la défense et le jeune Bella Bah ont exprimé leurs sentiments à la fin de l’audience, rapporte le journaliste de Guineematin.com qui était sur place.

Arrêté depuis le 25 janvier dernier, lors de la commémoration des pendaisons sous le régimes de Sékou Touré, Bella Bah, farouche opposant au 3ème mandat pour Alpha Condé, était jugé pour des faits de diffusion et de mise à disposition d’autrui de données de nature à troubler à l’ordre public conformément à la nouvelle loi sur la cyber sécurité. Après les réquisitions du Ministère public et plaidoiries de la défense, le tribunal est finalement a retenu Bella Bah dans les liens de la culpabilité et l’a condamné à un an de prison avec sursis et une amende de 20 millions de francs guinéens.

Après le prononcé de cette décision, Me Salif Béavogui, membre du collectif des avocats de la défense, exprime sa satisfaction : « C’est une réaction de satisfaction d’avoir défendu un innocent qui a été arbitrairement condamné à un an de prison assorti de sursis et une amende de 20 millions de nos francs. Nous allons relever appel. Cette décision ne nous fait ni chaud ni froid. Notre client est poursuivi simplement pour avoir exprimé son opinion. Or, tous les guinéens expriment leurs opinions. Conformément aux articles 5, 6 et 7 de la Constitution, chacun est libre d’exprimer son opinion. Il a exprimé ses opinions, il ne devrait pas être arrêté, ni poursuivi, ni condamné. Mais, nous avons relevé appel et cet appel va suspendre la peine prononcée ici. Depuis maintenant 5 mois, nous tournons dans les juridictions pour défendre les citoyens qui sont membres du FNDC et qui expriment leur opposition à l’idée d’une nouvelle constitution. Mais c’est curieux, ceux qui expriment leur volonté pour une nouvelle constitution et qui font des déclarations fracassantes, ne sont jamais poursuivis. Donc, il y a toujours du deux-poids deux-mesures. C’est aussi une alerte que nous lançons aux autorités. En tant qu’avocats, ces derniers temps nous assistons à des arrestations musclées de citoyens libres qui auraient pu être convoqués. Quand on a besoin d’un citoyen, mieux vaut le convoquer, il va venir avec ses avocats. Aujourd’hui, tous les guinéens ont les yeux ouverts, chacun connait ses droits. S’ils continuent à tomber sur les gens dans la rue, ils vont tuer beaucoup de guinéens. Parce que si vous tombez sur quelqu’un qui est cardiaque, il va trouver la mort entre vos mains ».

Pour sa part, Abdourahmane Bella Bah a remercié ses avocats avant de réaffirmer sa détermination dans la lutte contre la nouvelle constitution. « On ne peut que se réjouir d’une décision qui n’est pas à la hauteur de nos attentes. Mais, la liberté c’est quelque chose à saluer. Je remercie les avocats qui ont abattu un grand travail. Il faut aussi saluer le courage du juge, malgré toutes les pressions qu’il a eu à subir, il a tenu tête pour rendre cette décision. Depuis le 25 janvier jusqu’à date, ce qui arrive n’a jamais changé ma foi, ma conviction qu’il n’y aura jamais de troisième mandat, ni de nouvelle constitution, ni de referendum en Guinée. Il faut rapidement se mettre au travail pour empêcher le coup d’Etat constitutionnel qui est prévu le 1er mars. Un activiste, quelqu’un qui aime son pays ne peut jamais être ébranlé par un kidnapping ou par une prison. Ça ne change en rien notre combat, notre idéal pour une Guinée démocratique.»

Bella Bah recouvre sa liberté et retrouve les siens après avoir passé dix jours entre de « bonnes mains ».

Alsény KABA pour Guineematin.com

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