Cinq jeunes, arrêtés à l’occasion des manifestations du Front Nationale pour la Défense de la Constitution (FNDC), contre le 3ème mandat pour Alpha Condé, ont été jugés ce mercredi, 5 Février 2020, au tribunal correctionnel de Dixinn. Tous les prévenus ont plaidé non coupables des faits de participation délictueuse à un attroupement. Si Thierno Souleymane Bah a été condamné à 3 mois assortis de sursis, ses quatre autres compagnons d’infortune ont été tout simplement libérés pour délit non constitué, a constaté sur place Guineematin.com à travers un de ses reporters.

Ces jeunes ont été mis aux arrêts le mardi, 21 janvier 2020, à divers endroits de la commune de Ratoma, avant d’être placés sous mandat de dépôt le lendemain. Il s’agit de : Thierno Souleymane Bah, Djouma Lamarana Diallo, Hassimiou Bah, Mamadou Samba Bah, Mamoudou Dian Diallo. Dans ce groupe, il y a des boulangers, des coiffeurs, des mécaniciens, des chauffeurs…

Le ministère public les poursuit pour avoir « troublé l’ordre public en brûlant des pneus et en lançant des cailloux sur la voie publique ».

Au cours de leur audition, ils ont laissé entendre qu’ils ne se connaissaient pas auparavant et qu’ils ont été tous interpellé individuellement le mardi 21 janvier, jour de la manifestation du FNDC. A tour de rôle, ils ont expliqué à la barre les circonstances dans lesquelles ils ont été interpellés par les forces de l’ordre.

Pour Hassimiou Bah il partait au travail sur sa moto lorsqu’il a été mis aux arrêts par les agents : « j’étais sur ma moto. Je suis mécanicien et je partais au travail. Arrivé au quartier Nongo, les agents m’ont arrêté. Ils ont retiré la moto et ils m’ont mis dans leur véhicule pour m’envoyer dans leur unité à Nongo. Dans le Pick-up ils ont retiré tous mes biens : argent, permis, carte d’identité, téléphone. A zéro heure, ils m’ont envoyé à la Compagnie Mobile d’Intervention et de Sécurité(CMIS) de Bambéto où ils m’ont torturé et déshabillé. Et le lendemain, ils m’ont envoyé à la Camayenne avant de me déposer à la maison Centrale. »

Dans la même lancée Samba Bah dit avoir subi des actes de torture avant d’être déposé à la maison Centrale. « Moi, je suis au quartier Yembéya et tous les jours je dépose ma petite sœur à l’école à Nongo. J’ai déposé ma petite sœur et je suis venu garer la moto au carrefour Ambiance pour attendre les clients comme d’habitude. C’est ainsi qu’un agent est venu arracher la clé de ma moto. J’ai réclamé la clé en lui demandant ce que j’ai fait. L’agent me dit tu sauras la réponse à la police. C’est comme ça ils m’ont embarqué dans leur véhicule pour me déposer à la police. Du mardi 21 jusqu’au jeudi 23 janvier, on n’a rien mangé. Ils ont refusé de nous donner à manger. Ils ont retiré mes 35 mille francs guinéens que j’avais en poche. Jusqu’à présent ma moto est à la police à Nongo. »

Pour sa part, Diouma Lamarana Diallo dit avoir été interpellé devant son atelier de coiffure. « Moi, je passe la nuit dans mon atelier de coiffure à Kaporo où je travaille. Le matin, j’ai ouvert la porte, j’ai trouvé que des agents sont aux alentours de mon atelier. Ils m’ont dit de fermer et quitter. J’ai fermé. Au moment de quitter un autre Pick-up est venu se garer. Ceux-ci m’ont automatiquement mis aux arrêts. Ils m’ont torturé dans le véhicule. Et au moment de mon arrestation à 9 heures j’étais seule. Je n’étais pas avec un groupe », a-t-il soutenu.

De son côté, Thierno Souleymane Bah a dit à la barre qu’il était sorti pour chercher des haricots pour son petit déjeuner quand il a rencontré les agents. « Là où on m’a arrêté, il n’y avait pas de groupe. Ils m’ont interpellé à 8 heures dans le quartier Nongo. Je sortais juste de la baraque où j’ai pris le petit déjeuner et les agents m’ont pris. Pourtant, je n’ai pas participé à un attroupement et je n’ai pas jeté des cailloux. »

Le cinquième prévenu, Mamadou Dian Diallo, va également dire que c’est en cours de route qu’il a rencontré les agents. « Je loge à Nongo. Ce jour, je suis sorti pour chercher du thé pour mon petit déjeuner. J’ai croisé les agents à mon retour, et ils m’ont mis dans leur véhicule. J’étais seul. Et je n’avais que le thé en main. Ils m’ont conduit à la gendarmerie et le lendemain à la CMIS de Cameroun. »

Au terme de ces différentes explications, le procureur Daye Mara a dit que les jeunes n’ont pas été arrêtés en groupe. Cependant, il estime qu’ils ont troublé l’ordre public. « Ils n’étaient pas en groupe. Mais ce jour, ils ont posé des manœuvres de nature à troubler l’ordre et la sécurité publique. Ils ont été pris en flagrant délit. Ils ont brûlé des pneus, ils ont versé l’huile sur la voie publique, ils ont exercé des violences contre les particuliers et leurs biens. Donc, je vous demande de requalifier les faits de participation délictueuse à un attroupement à des manœuvres et actes de nature à occasionner des troubles à l’ordre public. Pour cela, je vous demande de relaxer Mamadou Dian Diallo pour délit non constitué. Parce que, les déclarations de Mamadou Dian Diallo sont restées constantes depuis les enquêtes préliminaires jusqu’à la barre. Par contre, vous condamnerez les 4 autres à 1 an avec sursis et un million de francs guinéens d’amende », a requis le procureur.

Dans son verdict, le tribunal a condamné Souleymane Bah à 3 mois de prison avec sursis et les quatre autres ont été purement et simplement relaxés pour délit non constitué.

Les cinq jeunes gens recouvrent ainsi la liberté après avoir passé deux longues et éprouvantes semaines.

Saïdou Hady Diallo pour Guineematin.com

Tel: 620 589 527/654 416 922

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