Durant ses deux mandats, Alpha Condé aura connu deux situations radicalement contrastées. De l’intérieur, son opposition ne lui a laissé aucun répit. Elle a commencé à manifester deux ans après son élection à la tête de la Guinée. De l’extérieur, il a bénéficié d’un long et véritable état de grâce. Jusqu’aujourd’hui, et malgré son projet très controversé de nouvelle constitution, il fait l’objet de moins de critiques. Notamment de la part de certains médias français. Lesquels n’ont jamais ménagé ses prédécesseurs, le général Lansana Conté et le capitaine Moussa Dadis Camara.

Et pourtant, il y a désormais des signes qui ne trompent pas. Les prémisses d’une rupture entre le régime et les partenaires extérieurs. Certaines institutions internationales commencent à rééditer ce qu’elles ont fait dans ce pays par le passé. La toute dernière décision du fonds monétaire international de suspendre ses missions en Guinée à partir de ce mois de février fait partie de ces signes annonciateurs d’un lendemain qui déchante.

Cette décision, qui suscite beaucoup de commentaires notamment sur les désormais incontournables réseaux sociaux, en dit long sur l’image que la Guinée affiche depuis qu’elle s’est engagée dans cette aventure de nouvelle constitution. Pour les opposants au projet de présidence à vie, les institutions de Breton Woods ont choisi leur camp : celui de la démocratie et de la bonne gouvernance.

Au même moment, il y a eu un autre communiqué. Cette fois des autorités américaines qui exhortent le régime guinéen à garantir l’alternance. L’Union européenne a enfoncé le clou par un communiqué non moins important. Bruxelles emboîte le pas à Washington. Bref, l’étau se resserre autour du pouvoir de Conakry. Lequel pourrait connaître un isolement sans précédent s’il ne renonce pas à son projet de troisième mandat. Selon certaines informations, des sanctions individuelles pourraient même être prises contre les promoteurs de ce projet.

Particulièrement en Afrique. Preuve que si Alpha Condé ne file pas le même coton avec certains chefs d’Etat ouest-africains, comme le nouvel élu de la Guinée Bissau, il a en revanche des partisans dans d’autres pays. Notamment en Afrique centrale. Cette partie du continent, qui affiche le tableau le plus sombre en matière de démocratie et de bonne gouvernance sur le continent, ne verra pas d’un mauvais œil le recul de la démocratie dans un pays. Idriss Déby, Denis Sassou N’Guessou et Paul Biya n’en ont cure de la démocratie.

Mais l’Afrique centrale est loin. En Afrique de l’ouest, les dictatures s’amenuisent d’année en année. Le géant nigérian a à plusieurs reprises connu l’alternance à la tête du pays. Le chef de l’Etat nigérien se fait le chantre de la lutte contre ce qui se prépare actuellement en Guinée. En dépit d’un recul de la démocratie ces derniers mois le Bénin, autrefois une référence en Afrique de l’Ouest, tente de redorer son blason. Au Libéria, en Sierra Leone et au Burkina Faso, l’alternance est devenue comme un timbre à la poste.

Même en Gambie et en Guinée Bissau, les urnes ont parlé à la place des armes. Sans compter le Sénégal qui, après avoir traversé une zone de turbulence pendant le règne d’Abdoulaye Wade, veut reprendre la place qui était la sienne dans le concert des nations démocratiques. Il reste la Cote d’Ivoire où Ouattara maintient le flou. Ou encore le Mali dont le chef de l’Etat a récemment apporté de l’eau au moulin de son homologue guinéen dans une émission radiophonique avec nos confrères d’Espace FM. Mais le Mali a d’autres grains à moudre que de s’occuper d’un autre pays.

Comme on le voit, sur le plan externe, il n’y a pas de comparaison possible entre partisans et adversaires du référendum le plus controversé de l’histoire de la Guinée après celui de 2001 qui avait le même objectif. La situation se présente de la même façon à l’intérieur du pays. Les adversaires de la nouvelle constitution sont de loin les plus nombreux.

Même si les partisans du régime estiment que si tel est le cas, il faut aller au référendum. Ce à quoi leurs adversaires rétorquent que là où le RPG a été capable de modifier le résultat du vote de 45 personnes, ce n’est pas celui de plusieurs millions qu’il ne pourra pas modifier.

Certains analystes estiment que si le pouvoir réussit son coup de force, après ce régime, la Guinée devra s’atteler à trois choses pour remettre sa démocratie sur les rails : un fichier électoral fiable, une commission électorale véritablement indépendante, ainsi que le retour à la constitution que le pouvoir est en train de fouler sous le pied.

Habiboullaye Diallo pour Guineematin.com

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