Alpha Condé veut changer la Constitution pour se maintenir à la tête de la Guinée

La fin justifiant les moyens, le pouvoir de Conakry n’a pas lésiné avec ces moyens pour la campagne en faveur de son projet de nouvelle constitution. Malgré tout, ce projet bat de l’aile. A l’exception de la Haute Guinée, tout le pays lui oppose une fin de non-recevoir. Même si les autorités tentent de donner un caractère régional voire communautaire à la contestation, chaque fois qu’elles font le bilan d’une manifestation, la réalité est que trois régions sur quatre s’agitent. Le dernier évènement en date avant la reprise des manifestations est l’incendie qui s’est déclaré à la CEPI de N’Zérékoré ou encore la disparition de cartes d’électeurs à Télimélé.

Si le Fouta est au régime du président Condé ce que la Haute Guinée était à celui du président Conté, donc fief du principal opposant au régime, ce n’est pas le cas de la Guinée Forestière ou la Basse Guinée. D’où la nécessité de chercher les raisons, outre que politiques, pour lesquelles le mécontentement gagne tout le pays. Ces raisons varient selon la région.

A analyser de près, partout la grogne est consécutive aux nombreuses promesses non honorées par le pouvoir. Voyant son piètre résultat au premier tour de la présidentielle de 2010, le candidat Alpha Condé avait réfléchi pour mettre en place une stratégie gagnante adaptée à chaque région. Plus particulièrement la Basse Guinée et la Guinée Forestière qui devaient jouer les arbitres entre les deux autres régions. En Forêt, le retour de l’enfant de la région était la préoccupation majeure des habitants.

Le candidat Alpha, assisté par des fils de cette région, dont l’un des plus proches du capitaine, prend cet engagement : « si vous votez pour moi, je vous ramène votre fils Dadis ». La Forêt vote majoritairement Alpha. Celui-ci passe. Mais il semble dire que les promesses n’engagent que ceux qui croient en elles. Le premier mandat s’achève. Même quand la mère du capitaine Dadis décède, ce dernier, n’aura droit qu’à un bref séjour dans sa ville. Les habitants l’ont vu partir tel un Messie contraint à l’exil. Ce fut la désillusion totale. Puis le divorce entre les sympathisants voire les fanatiques du capitaine Moussa Dadis Camara et le président Condé.

La volonté de ce dernier de rester encore et pour toujours au pouvoir est l’occasion pour la Forêt de lui apporter la réponse du berger à la bergère. Pas de retour de Dadis, pas d’élections législatives encore moins de référendum, martèle-t-on dans la région. Le ministre de l’Hydraulique et de l’Assainissement, dont le poste a été taillé sur mesure pour le besoin de la cause, tente de remuer terre et ciel pour que Dadis s’adresse aux siens pour calmer les esprits. Mais, comme dit un vieil adage populaire, « mieux vaut mentir et passer que de mentir et rester ». Papa Koly Kourouma aura du mal à convaincre les « siens » pour à faire en 2020 ce qu’ils ont fait en 2010 et 2015.

La situation est quasi identique en Basse Guinée. À la seule différence que dans cette région, il ne s’agit pas du retour d’un exilé. Mais là aussi c’est une question de promesses non tenues. Le « neveu » qui avait emballé ses « oncles » en leur disant qu’une famille paternelle peut rejeter son fils mais jamais une famille maternelle, n’a honoré aucun engagement. A l’exception peut-être de la nomination d’un fils de la région au poste de Premier ministre.
Cet engagement est respecté comme si c’était une superstition présidentielle. Les trois Premiers ministres, qui se sont succédé, sont tous de la région et plus précisément de Forécariah. Paradoxalement, cette préfecture aura été la grande oubliée de deux quinquennats de ses « fils » à la Primature. Notamment pour la route qui est la pire des pires du pays. Les habitants de cette préfecture ressemblent au cordonnier le plus mal chaussé de la terre. Alors que de l’autre côté, ils observent que la Sierra Leone voisine a même fait une ingérence de bienfaisance en Guinée en traversant la frontière pour leur offrir quelques kilomètres de goudron.

Dans les autres préfectures de la région, les promesses n’auront été qu’un mirage. Entre Conakry et Kindia, la région naturelle de la Basse Guinée, située à seulement 130 kilomètres de la capitale, il faut 4 heures de route pour y arriver. A Boké, l’autre grande ville de la région, les manifestations contre l’exploitation abusive de la bauxite sont devenues récurrentes. Déclarée région économique du pays par les autorités, Boké manque de tout. Alors que la région est littéralement prise d’assaut par des multinationales, il n’y a ni école, ni hôpital encore moins de route digne de ce nom. L’eau et l’électricité demeurent un luxe.

De l’avis de beaucoup d’observateurs, si le successeur du kaki au palais avait réussi à améliorer les conditions de vie de ses compatriotes, ce sont ces derniers qui auraient demandé son maintien au pouvoir près ses deux mandats. Malheureusement pour lui, plus que tous ses opposants réunis, c’est son bilan qui reste et demeure l’opposant le plus coriace à son régime.

Habiboullaye Diallo pour Guineematin.com

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