Alpha Condé et Emmanuel Macron

La nouvelle crise politique guinéenne apporte de l’eau au moulin à certains nostalgiques. Surtout depuis que le parlement européen s’est intéressé à cette crise. La réaction du parlement qui réunit le plus grand nombre d’Etats du vieux continent est diversement appréciée en Guinée. Si l’opposition et une bonne partie de la société civile applaudissent, les partisans du régime crient au scandale et à l’ingérence. D’autres voient ce que Sékou Touré qualifiait de néocolonialisme.

Les militants et responsables du RPG ne cachent pas leur amertume. Le chef de la majorité présidentielle au parlement périmé aurait indiqué que l’Europe n’a pas « une aiguille dans le matériel de maintien d’ordre en Guinée ». Entendez qu’un éventuel gèle de vente et de livraison de matériels de répression ne sera qu’un coup de sabre dans l’Océan.

D’autres militants s’adressent à la France qu’ils soupçonnent d’être derrière toute décision de l’Europe sur la Guinée. Ces militants estiment fièrement que si Sékou Touré a défié le tout puissant De Gaule ce n’est pas Alpha Condé qui se pliera devant Emmanuel Macron. Rappelant à tout bout de champ que la Guinée est un pays indépendant et souverain. Mais ce n’est pas tout, elle est même le chantre et le symbole de la résistance contre la domination et l’ingérence étrangère sur le continent noir.

Le Général De Gaule disait « le patriotique, c’est aimer son pays. Le nationalisme, c’est détester celui des autres ». La question qu’il faille se poser est celle de savoir si c’est par la parole ou par les actes qu’on peut aimer son pays. Si la réponse devait être le premier cas, alors on pourrait dire que les Guinéens, dans leur écrasante majorité, aiment leur pays. Par contre, si c’est le deuxième cas qui consiste à aimer son pays, les Guinéens auront encore du chemin à faire pour aimer le leur.

Un homme politique prétend aimer son pays mais ne visite ses régions qu’à l’occasion des campagnes électorales. Il passe ses vacances à l’étranger. Les hauts perchés visitent Paris et Washington dix fois contre une fois Kindia, situé seulement à 150 kilomètres de la capitale. D’autres prétendent aimer le pays mais préfèrent mettre femme et enfants à l’abri à l’étranger au cas où. Ils puisent dans les maigres caisses de l’Etat pour envoyer à l’étranger.

Aimer son pays, c’est lui doter d’hôpitaux modernes pour réduire les évacuations sanitaires qui coutent trop cher à la Guinée. Aimer ce pays, c’est construire des écoles et des universités pour former non pas des chômeurs mais des jeunes compétitifs sur le marché de l’emploi. Aimer la Guinée, c’est construire des routes pour que le déplacement ne soit pas un calvaire mais un plaisir. Aimer ce pays, ce n’est pas proclamer sur les réseaux sociaux qu’on l’aime mais contribuer à l’instauration d’une justice juste et impartiale qui permette à chacun de vivre dans la paix et la sécurité. Aimer la Guinée, c’est faire en sorte que l’eau coule au robinet. Qu’avec l’interrupteur, on puisse allumer et éteindre son ampoule. Aimer la Guinée, c’est traiter au même pied d’égalité le fils du président et celui du paysan ; c’est d’appliquer l’équité entre l’administrateur et le cultivateur.

Bref, si nous aimons notre pays, nous devons faire en sorte qu’il ne soit plus la risée du monde. Si nous ne voulons que les autres parlent de la Guinée, nous devons être responsables. Autant un père de famille violent et inique ne peut interdire aux voisins de venir au secours de ses femmes et enfants, autant un pays qui ne respecte pas les droits de ses citoyens ne peut s’offusquer que les autres parlent de lui.

Habiboullaye Diallo pour Guineematin.com

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