Cela fait un an depuis que Kaporo-rails, Kipé 2 et Dimesse ont été vidés de leurs habitants. Les citoyens qui vivaient dans ces localités de la commune de Ratoma ont été déguerpis de force par l’Etat guinéen, à travers le ministère de la ville et de l’aménagement du territoire, en février 2019. Les maisons de plus de vingt (20) mille personnes ont été détruites au nom de la « récupération des domaines de l’Etat ». Ces sinistrés, réunis au sein d’un collectif, ont entamé ce vendredi, 21 février 2020, une semaine de commémoration de la tragédie qu’ils ont subie de la part de l’Etat guinéen. Cette commémoration a débuté par une cérémonie de sacrifice, de prières et de lecture du Saint Coran, rapporte un journaliste de Guineematin.com qui a suivi cette cérémonie commémorative.

Ils étaient nombreux, les citoyens qui ont été déguerpis de Kaporo-rails, Kipé 2 et Dimesse, à avoir répondu présent ce vendredi, à la « mosquée Saoudiya » de Kaporo-rails. Ils étaient venus commémorer l’an un de leur déguerpissement du lieu qu’on appelle, au ministère de l’aménagement du territoire, « le centre directionnel de Koloma ». Bien qu’ils soient encore sous le chagrin, ces citoyens étaient ravis de se retrouver, se serrer les mains et échanger quelques mots amicaux comme au bon vieux temps. Ces retrouvailles, quoique chaleureuses, étaient accompagnées de larmes. Voir de hautes herbes arrêtés à la place de leurs maisons, n’a fait que remuer le couteau dans la plaie. Certaines femmes, le regard perdu dans le vide, se remémorent l’effet dévastateur des bulldozers sur leurs concessions. Elles avaient assisté, impuissantes, à la destruction de ce qui leur servait de toit.

« Je parle aujourd’hui avec un cœur très serré. Au nom de toutes les femmes déguerpies de Kaporo-rails, Kipé2 et Dimesse et en tant que mère de famille, je vous parle avec un cœur saignant. Ce que nous avons vécu est inexplicable. On s’est senti étrangers dans notre propre pays. Là où nous sommes aujourd’hui, nous avons les larmes aux yeux, à tout moment. Aujourd’hui, ça a fait jour pour jour un an depuis que nous avons perdu nos domiciles. Parmi nous, il y a des veuves qui ont plusieurs enfants. Et, ces enfants-là sont abandonnés à eux-mêmes, sans abri. Nous demandons que justice soit rendue sur ce problème. Nous avons fait recours à la justice internationale, parce que comme vous le savez comme moi, la justice guinéenne est ce qu’elle est… nous irons jusqu’au bout pour mettre fin à l’injustice que nous vivons aujourd’hui », a confié madame Camara née Makia Touré.

Pour le première journée de cette semaine de commémoration, ces anciens habitants du centre directionnel de Koloma ont lu le coran, fait des sacrifices, formulé des prières et imploré la grâce divine, afin qu’ils soient rétablis dans leur droit. Car, selon Alpha Oumar Diallo, le président du collectif des déguerpis de Kaporo-rails, Kipé 2 et Dimesse, les victimes de ce déguerpissement sont jusque-là laissé pour compte par l’Etat qui les a dépossédés de leurs maisons.

« Aujourd’hui, on s’est donné rendez-vous ici (à la mosquée Saoudiya) pour faire un sacrifice. C’est un jour mémorable, un jour de deuil pour nous. Parce que ça a fait un an depuis qu’on nous a déguerpis de Kaporo-rails. On nous a déguerpis comme des animaux, voire pire. Personne ne s’est occupé de nous après notre déguerpissement. Aujourd’hui, c’est Dieu seul qui est notre recours, et c’est à lui que nous demandons justice. Nous sommes heureux du fait que nous sommes encore en vie. Mais, nous sommes malheureux parce qu’on ne retrouve pas encore nos concessions. Nous prions Dieu qu’il nous fasse triompher dans notre engagement à retrouver la vérité. Nous lutterons, nos enfants continuerons de lutter jusqu’au moment où nous triompherons dans ce combat », a indiqué Alpha Oumar Diallo.

Au cours de cette semaine de commémoration, plusieurs activités seront organisées. Il y aura notamment des campagnes de communication sur déguerpissement qui avait fait couler beaucoup d’encre et de salive et la projection d’un documentaire retrace la « tragédie » que les victimes ont subie pendant cette période.
« La semaine de commémoration a commencé par cette cérémonie de prières et recueillement. Nous avons demandé à Dieu de rependre sa grâce sur les victimes. Parce que parmi nous, beaucoup sont en train de mourir aujourd’hui surtout les vieilles personnes qui sont rentrées au village. Donc, nous avons demandé à Dieu de nous aider par rapport à nos adversaires, à nos ennemis qui ont détruit chez nous et qui ont fait preuve d’injustice contre des Guinéens qu’ils devraient normalement protéger. Nous demandons à Dieu que cette injustice s’arrête là et qu’il ne donne pas la force à Alpha Condé d’aller au-delà de ça. Que Dieu punisse tous ceux qui sont mêlés de près ou de loin à cette casse qui a traumatisé cette population de plus de 20 mille personnes…

Maintenant, cette commémoration va continuer à travers des campagnes de communication pour démentir tout ce que Ibrahima Kourouma (le ministre de la ville et de l’aménagement du territoire) et son mentor (le président Alpha Condé) ont eu à développer autour de cette affaire ; mais aussi, à travers la projection d’un documentaire qui va retracer toute cette tragédie que nous avons subi… Très pénible ! Vous avez là des gens qui sont à la retraite. Ils avaient épargné et investi et c’est tout ça qui a été transformé en ruine, en poussière. Des gens qui avaient de grands appartements se retrouvent aujourd’hui dans des maisons exigües, leurs familles éparpillées… Je vous ai dit que les gens sont en train de mourir. On dira que c’est l’ordre naturel des choses. Mais, est-ce que ce n’est pas l’impact de tout ce que ces personnes-là ont subi qui est en train de les ronger et les tuer à petit feu ? », S’interroge Mamadou Samba Sow, le porte-parole dudit collectif.

Mamadou Baïlo Keïta pour Guineematin.com
Tel : 622 97 27 22

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