A une semaine seulement du double scrutin législatif et référendaire, c’est un cadeau inespéré que l’organisation internationale de la francophonie offre à l’opposition et au FNDC. Le retrait du processus électoral guinéen de ce partenaire incontournable dans l’organisation des élections en Guinée constitue un véritable séisme politique dans le pays. Le moment choisi est à la fois stratégique et symbolique. Ce retrait discrédite davantage un scrutin qui était déjà très controversé.

Ce retrait est diversement apprécié dans le pays. L’opposition et le FNDC applaudissent. Ils se félicitent que leur combat, mené au prix de la vie de nombreux militants et sympathisants, ne soit pas vain. Autant les revers et les soucis se multiplient pour le pouvoir, autant les soutiens se succèdent pour l’opposition et le FNDC. Les deux se frottent les mains.

Le pouvoir déplore et dénonce la décision de l’OIF. Lui qui cherche un complot partout en voit un. Déjà mis sur les bancs des accusés par les députés de l’Union Européenne, encore sous le choc par la suspension du fonds monétaire international de ses missions en Guinée, le pouvoir de Conakry se passerait bien volontiers de cette autre épreuve.
Le départ de l’OIF est salué par tous ceux qui s’opposent au double scrutin du 1er mars 2020. Pour ces derniers, la communauté internationale a finalement commencé à prendre conscience de la situation qui prévaut dans le pays. Et à dire son opposition farce au changement de la constitution et au fichier électoral biaisé dont les anomalies crèvent les yeux. Car l’OIF n’est pas allée des mains mortes dans sa communication. Elle parle de près de deux millions 490 000 électeurs qui posent problème.

Pour l’opposition c’est la confirmation de ce qui n’était qu’un secret de polichinelle. Cet aveu de celui qui accompagne la Guinée depuis près de 10 ans dans ses élections conforte ceux qui prônent le boycott. En même temps, les partis politiques qui ont décidé d’accompagner le pouvoir dans ces élections se retrouvent dans une position inconfortable. Ces partis doivent tirer toutes les leçons après la décision de l’OIF. Désormais ils n’ont aucune excuse pour rester dans la course. Et s’ils restent ils auront cautionné un processus biaisé et dont les résultats sont connus d’avance.

S’agissant de la CENI, ce retrait est un véritable coup de poignard dans son cœur. L’institution était déjà amputée de l’essentiel de ses membres. Auxquels un partenaire et non des moindre vient de donner raison. Cette CENI est désormais contestée de l’intérieur comme de l’extérieur. C’est autant dire que si ces élections sont maintenues, les résultats qui sortiront n’engageront que les seuls organisateurs et participants.

Après ce camouflet, le pouvoir de Conakry qui commence à être de plus en plus isolé, a deux choix cornéliens : reporter les élections et négocier avec ceux qui lui donnent de l’insomnie ou continuer une fuite en avant en maintenant le double scrutin le 1er mars.

Il y a un obstacle de taille pour la première option : c’est l’impopularité du parti au pouvoir. Le score obtenu par ce parti lors des dernières élections communales n’est pas de nature à encourager les responsables de ce parti à jouer franc jeu. Et c’est là qu’il faudrait peut-être chercher les véritables raisons du chamboulement du fichier électoral.

Habib Yembering Diallo pour Guineematin.com

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