Il est vrai qu’avant de s’engager en politique on est déjà psychologiquement prêt à recevoir tous les coups. Au figuré comme au propre. Il est tout aussi vrai qu’Alpha Condé en a reçu beaucoup de coups. Particulièrement après l’élection présidentielle de 1998. Période durant laquelle il a été privé de sa liberté par le régime auquel il était farouchement opposé. Paradoxalement, cette traversée du désert, que l’homme a connue, semble être moins difficile pour lui que cette autre épreuve de quitter le pouvoir.

Le chef de l’Etat fait face à un véritable choix cornélien qui lui donne de l’insomnie. D’un côté l’homme ne veut pas connaitre son successeur. Surtout lorsque ce successeur est un ancien Premier ministre. Particulièrement le duo Sidya-Cellou qui le hante. Mais de l’autre, le chef de l’Etat est hypersensible aux critiques et à l’isolement. Notamment de l’étranger. A ce double souci inconciliable, il faut ajouter la pression d’un entourage profiteur qui lui dit que c’est lui ou le chaos.

Pour les proches du chef de l’Etat, la raison de cette obsession à rester au pouvoir à n’importe quel prix est surtout économique. Ils ne veulent pas quitter le pouvoir et laisser tous les contrats miniers qu’ils ont signés. Des contrats juteux jugés opaques par l’opposition. Pour eux, aucun sacrifice n’est de trop pour rester au pouvoir. D’où la pression qu’ils exercent sur le chef de l’Etat en lui faisant croire qu’ils l’aiment. Or leur discours est aux antipodes de leur conviction intime. Le vieil homme le sait d’ailleurs.

C’est pourquoi, et en dépit d’une terrible pression qu’ils exercent sur lui, il a fini par lâcher du lest la semaine dernière en acceptant « un léger » report du double scrutin. En homme averti, Alpha Condé sait que ce n’est pas Ibrahima Kossory Fofana encore moins les autres promoteurs de la nouvelle constitution qui vont présenter un bilan à la fin de son mandat. En outre, en cas de massacre à grande échelle c’est encore lui en premier lieu qui va rendre compte.

A cela il faut ajouter la pression de ses amis. Et cette fois les vrais. Pas les opportunistes et autres flagorneurs qui rôdent autour de lui. Car ses vrais amis sont ceux qui l’ont soutenu pendant que la plupart de ceux qui le soutiennent aujourd’hui – de l’intérieur surtout- étaient ses persécuteurs. Parmi ces amis du président il y a un dont la réaction n’es pas passée inaperçue.

Dans une longue lettre ouverte que Maitre Mamadou Ismaïla Konaté a adressée au chef de l’Etat guinéen, l’ancien avocat d’Alpha Condé écrit « Le spectre de la Guinée de Sékou Touré renaît avec vous et par vous. Etes-vous devenu subitement un adepte de Sékou Touré et de ses méthodes sanguinaires ? Etes-vous devenu celui qui mènera la Guinée vers l’abime » ?

Voilà la réaction d’un vrai ami du chef de l’Etat indigné par ce qui se passe actuellement en Guinée. Dans le contexte actuel l’ami n’est pas forcément celui qui dit au chef de l’Etat ce qu’il veut entendre. Comme tous ceux dont le seul objectif est de se remplir les poches. Cet avocat, ancien ministre de la justice du Mali, avocat aux barreaux de Bamako et de Paris, est différent de cet autre « ami » du président qui nous dit que la nouvelle constitution est l’unes des plus progressistes de l’Afrique.

L’un veut préserver l’idéal et l’honneur d’un homme qui a consacré toute sa vie à la lutte contre l’injustice et ses corolaires d’oppression. Il lui dit la vérité. L’autre souhaite pérenniser ses intérêts. Pour se faire il encourage son bienfaiteur à rester au pouvoir quel que soit le prix à payer. Entre les deux, le président a pour le moment écouté le premier. Le discours du chef de l’Etat de du vendredi dernier annonçant le report du double scrutin donne l’impression que l’octogénaire n’est pas prêt à mener la Guinée vers l’abime dont parlait son ancien avocat.

Habib Yembering Diallo pour Guineematin.com

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