Alassane Dramane Ouattara a annoncé officiellement ce jeudi qu’il ne sera pas candidat à l’élection présidentielle d’octobre de cette année. L’information est la Une de tous les médias. Sachant que le sujet défraie la chronique dans la sous-région et particulièrement en Guinée, cette annonce, qui devait passer inaperçue, suscite un grand intérêt.
Si cette information a été favorablement accueillie aussi bien en Côte d’Ivoire, dans la sous-région qu’en France, il est fort probable voire sûr qu’elle n’a pas fait que des heureux. Particulièrement au palais Sékoutouréya.

Et pour cause, confronté à une vive résistance contre son projet de nouvelle constitution, qui lui ouvrirait la voie à un troisième mandat, le président Alpha Condé ne verrait pas d’un mauvais œil certains de ses homologues aller dans le même sens que lui.

Pour le moment, et avec cette déclaration, il est le seul à vouloir rester au pouvoir au-delà de son deuxième et dernier mandat. Ils sont trois chefs d’Etat ouest-africains qui ont accédé au pouvoir à la même période : Alpha Condé, Alassane Ouattara et Mahamadou Issoufou. Ce dernier fait de la lutte contre le troisième mandat son cheval de bataille. Il restait Ouattara. Celui-ci a choisi son camp ce 5 mars : celui du respect de la constitution et le passage à témoin à la « jeune génération ».

Un engagement qui lui vaut l’admiration de l’opinion publique africaine et internationale. Les hommages fusent de partout. Ce qui de facto isole davantage le chef de l’Etat guinéen. Lequel aurait sans doute souhaité que son homologue ivoirien opte pour un troisième mandat. Pour lui permettre de former une coalition contre les antis troisième mandat. Particulièrement les Occidentaux, contre lesquels ils allaient crier à l’ingérence et au néocolonialisme.

Désormais, le président Condé est plus que jamais isolé sur la scène africaine et internationale. Lui qui dénonçait récemment ce qu’il appelait une démocratie à géométrie variable, se retrouve seul contre tous. A l’exception de quelques thuriféraires de l’intérieur et de profiteurs de l’extérieur, son projet est combattu partout et par tous.

Après la déclaration historique de Yamoussokoro, les choses se compliquent davantage pour les promoteurs du troisième mandat. Car la Guinée ne peut pas se permettre d’être seul contre tous. Le président Condé l’a déjà dit vendredi dernier, à l’occasion de son discours annonçant le report des élections législatives et le référendum, la Guinée, à cause de son passé panafricaniste, ne peut pas s’isoler.

Après le report du double scrutin initialement prévu le 1er mars, c’est un coup de semonce qui vient d’être porté au projet de nouvelle constitution ce jeudi. Le coup fatal pourrait suivre. Il ne reste plus au président Alpha Condé qu’à emboîter le pas à son homologue ivoirien. C’est le seul salut pour lui. Il n’existe pas d’autre option.

L’argument selon lequel, il y a une démocratie à géométrie variable ne tient pas la route. La démocratie est un processus. Même le Togo, réputé être le mauvais élève de la sous-région, vient de faire un pas dans la bonne direction. Il faut rappeler que jusqu’ici la constitution de ce pays prévoyait une élection présidentielle à un seul tour ainsi qu’un nombre de mandat illimité. Désormais la présidentielle est à deux tours avec une majorité absolue.

Ainsi, ce n’est pas au moment où le Togo avance que la Guinée doit reculer. Ce serait une insulte aux Guinéens qui ont payé un lourd tribu pour la démocratie et l’Etat de droit. Au regard de tout cela, il est plus jamais souhaitable que monsieur Alpha Condé emboîte le pas à Alassane Dramane Ouattara pour libérer son peuple suspendu à sa seule décision.

Habib Yembering Diallo pour Guineematin.com

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