L’humanité célèbre ce dimanche, 08 mars 2020, la journée internationale des droits des femmes. Le thème retenu cette année est « Je suis de la Génération Egalité : pour les droits des femmes et un futur égalitaire ». En Guinée, cette fête dédiée à la couche féminine, intervient à un moment où de nombreuses femmes se battent contre vents et marrées pour tirer leur épingle du jeu dans une conjoncture économique difficile. C’est le cas de madame Adama Hawa Doumbouya, la cinquantaine, casseuse de cailloux depuis une dizaine d’années le long de la rivière de Démoudoula, dans la commune de Ratoma. Un reporter de Guineematin.com est allée à sa rencontre pour parler de l’activité qu’elle mène pour subvenir à ses besoins et à ceux de sa famille.

Guineematin.com : vous passez la journée ici à casser des cailloux pour en faire du gravier que vous revendez. Une activité loin d’être facile surtout pour une femme. Expliquez-nous comment ça se passe.  

Adama Hawa Doumbouya: je suis dans cette activité il y a de cela plus de 10 ans. Lorsque j’ai commencé à faire ça ici, au niveau de la rivière de Démoudoula, entre le premier et le deuxième pont, c’était la brousse. Je travaille ici pendant la saison pluvieuse tout comme pendant la saison sèche. Je cherche des graviers et des blocs que je vends pour nourrir ma famille. C’est mon mari qui m’aide parfois. Lui aussi, il n’a pas assez de moyens. Pendant qu’il s’occupe des enfants à la maison, moi je viens ici avec ma sœur quelquefois pour travailler.

Pendant la saison des pluies, nous allons dans le lit de la rivière, nous tirons les graviers à laide de récipients et on envoie au bord de la route. Si c’est les blocs, nous les extrayons et les mettons dans les brouettes pour les transporter à un endroit accessible. Pendant la saison sèche, je creuse le sol et je prends la terre mélangée avec les cailloux, je la tamise, puis, je prends les cailloux que j’envoie pour entasser ici au bord de la route. Je suis avec mes enfants et ma grande sœur. Mais ma grande sœur elle, elle commence par aller au marché pour vendre des feuilles de sauce avant de venir ici. Quand elle vient ici, on travaille ensemble jusqu’au soir.

Guineematin.com: pour remplir un camion remorque ou un véhicule, il vous faut combien de jours ou de semaines de travail ?

Adama Hawa Doumbouya: parfois s’il y a du gravier, on peut faire une semaine pendant la saison de pluies. On fait deux semaines pour remplir un camion de 10 roues alors que pour remplir un pick-up, on fait un jour. En cette saison sèche, on peut faire 5 jours pour remplir un pick-up.  Mais, moi je suis épuisée maintenant, parce que ça fait longtemps que je suis dans ça, je travaille avec force. Parfois, je prends des gens qui vont m’aider à transporter les graviers et les blocs de pierres. Actuellement, on ne gagne pas le grand camion. C’est un pick-up que nous louons.

Guineematin.com : à combien vous vendez les différents chargements soit de graviers ou de blocs de pierres ? 

Adama Hawa Doumbouya: un chargement de bloc, parfois certains patrons qui ont pitié de nous, peuvent payer le chargement entre 250 mille et 350 mille francs guinéens. Dès qu’on leur dit le prix, ils achètent sans discuter. Une brouette de graviers qu’on a obtenus en cassant les blocs de pierres, se vend entre 30 et 35 mille francs guinéens. Si c’est les graviers qu’on a tirés dans l’eau, nous vendons la brouettée entre 25 et 30 mille francs. Là aussi, certains achètent avec nous sans discuter, alors que d’autres cherchent à gagner sur nous. Il arrive de fois qu’on travaille ici pendant deux ou trois semaines jusqu’à un mois sans que personne ne nous demande quoi que ce soit. Certains aussi peuvent parfois nous demander nos contacts et aller sans revenir.

Mais pendant ce temps, c’est mon mari qui m’aide malgré qu’il n’ait pas les moyens. C’est lui qui, parfois, vient à côté de moi ici et m’aide à entretenir les enfants. Tous les enfants que voyez ici comme ça, ce sont mes enfants. Je suis mère de 12 enfants, toutes des filles, dont deux jumelles. Sur les 12 enfants, 7 sont décédées, 5 sont vivantes. J’ai 4 qui étudient à l’école. Une de mes filles qui est à Labé vient de me demander de lui envoyer de l’argent, mais c’est des larmes que j’ai versées puisque les moyens ne me permettent pas de le faire à l’heure actuelle. Je ne compte que sur cette seule activité. Mais si ça ne marche pas, je ne peux rien.

Guineematin.com : la fête internationale des femmes sera célébrée aujourd’hui à travers le monde. En Guinée, la cérémonie officielle aura lieu au Palais du peuple de Conakry. Avez-vous entendu parler de cette fête, et qu’est-ce qu’elle représente pour vous ?

Adama Hawa Doumbouya : j’ai entendu parler de ça à la radio. Parfois, j’écoute ici la radio pour m’informer de ce qui se passe dans le pays. Mais le problème, c’est que d’abord, je n’ai pas de transport pour aller là-bas. Sinon, j’ai envie d’y prendre part, mais je ne peux pas prendre le peu qui me permet de nourrir mes enfants pour payer le transport, aller passer toute la journée là-bas et revenir ici bredouille alors que mes enfants meurent de faim. Nous, nous pouvons ne pas manger parfois. Mais les enfants, eux, ils ne peuvent pas le faire.

Si je trouve quelqu’un qui va m’aider à participer à cette fête des femmes ou bien m’aider à changer d’activité pour au moins avoir une petite boutique, ça me ferait énormément plaisir. Je peux dire que la personne n’aura pas fait ça pour moi mais pour Dieu. Parce je suis vraiment fatiguée de faire ce travail là. Mais, je suis obligée de continuer puisque je n’ai aucune autre alternative.

Propos recueillis par Mamadou Bhoye Laafa Sow pour Guineematin.com

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