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Libre Opinion : Les auditeurs de la CEDEAO ont seulement établi que le fichier électoral guinéen contient plus de 2 millions de personnes enrôlées sans aucune pièce justificative. Ils sont en deçà des constats du Programme des Nations Unies pour le développement (le PNUD, agence principale du système de l’ONU) et de l’Organisation internationale de la Francophonie, selon lesquels le fichier électoral de la CENI guinéenne est totalement corrompu, et donc inutilisable.
Ce fichier est, en effet, truffé de pièges cachés.

Les défenseurs de la Constitution actuelle ne doivent pas accepter que la CENI se contente d’expurger le fichier électoral des éléments douteux (ceux qui ont été enrôlés sans pièce justificative) pour prétendre qu’il a été nettoyé. Il faut reprendre entièrement ce fichier, sous la supervision de la communauté internationale. Non seulement, dans les fiefs de l’opposition, beaucoup d’électeurs n’ont pas pu être enrôlés par manque criant de récépissés expressément créé par la CENI lors du recensement, mais aussi dans les fiefs du pouvoir beaucoup de citoyens ont été recensés plusieurs fois, y compris des enfants et des dizaines de milliers de Maliens et de Dioula ivoiriens vivant en Haute Guinée ou aux abords des frontières guinéennes à qui l’on a EFFECTIVEMENT délivré des cartes d’identité guinéennes et dont le suffrage a été recueilli et enregistré en secret dès après leur enrôlement. Ces enfants et étrangers sont munis de pièce justificative, leur enrôlement a échappé à la vigilance des auditeurs de la CEDEAO.

Pour confectionner ces pièges, il a fallu le concours de l’administration décentralisée pour la délivrance des cartes d’identité et celle de certains membres de la CENI, acquis à la cause du pouvoir actuel, pour la fourniture, en nombre suffisant, des bulletins de vote requis. Le procédé est tellement tordu que les auditeurs de la CEDEAO n’ont pu détecter qu’une seule catégorie de fraudes dans le fichier: les personnes enrôlées sans pièce justificative. Les experts internationaux n’y ont donc vu que du feu.

Les fraudes sont beaucoup plus savantes et étendues qu’il n’y paraît. Il y a eu notamment un sur-enrôlement « légal » dans les fiefs du pouvoir et un sous-enrôlement « légal » dans ceux de l’opposition, de sorte que même si l’on éliminait les 2 millions 400 mille cas frauduleux, le fichier électoral demeurerait quand même favorable au RPG-AEC et au pouvoir actuel.

Une chose est sûre, le fichier électoral audité est corrompu à plusieurs degrés et n’est pas exploitable pour quelque scrutin que ce soit, même expurgé des cas illégaux détectés. Il est truffé de pièges tendus aux auditeurs les plus chevronnés. Raison pour laquelle, en exécution du plan B des tenants du pouvoir et du président de la CENI, le pouvoir central a sollicité et obtenu (malgré l’audit dirimant du PNUD, donc de l’ONU, et de l’OIF) un audit de la CEDEAO en vertu du principe de subsidiarité, alors que dans le cas d’espèce, c’est le principe de supranationalité qui prévaut. La corde est trop grosse, l’audit de la CEDEAO était prévu et préparé de longue date. C’est un moyen anticipatif pour le pouvoir central d’exciper de sa bonne foi vis-à-vis de la communauté internationale alors que son intention est et a toujours été de rouler tout le monde dans la farine pour se conserver et assurer sa domination absolue à l’Assemblée nationale.

Donc, la question n’est pas de tenir les élections à date mais d’avoir :

1) Comme préalable absolue, l’adoption et la délivrance obligatoire de la carte d’identité biométrique CEDEAO par la Guinée, comme c’est le cas dans tous les autres pays de l’organisation sous-régionale depuis qu’elle a édicté cette mesure pour tous ses États membres; non seulement l’établissement du fichier électoral sur la base de la carte d’identité biométrique CEDEAO garantirait le vote à chaque citoyen guinéen en âge de voter, mais elle empêcherait tout électeur de voter plus d’une fois; c’est donc un prérequis pour la transparence des scrutins;

2) Un fichier électoral exhaustif et représentatif des Guinéens de l’intérieur et de l’étranger ;

3) Une CENI renouvelée et surveillée de près pour la contraindre à l’indépendance et à la neutralité ;

4) Un opérateur électoral fiable, c’est-à-dire recruté et placé sous le contrôle technique de la communauté internationale ;

5) Par souci d’équité et pour la préservation des deniers publics, l’interdiction formelle d’utiliser les moyens logistiques et financiers de l’État pour faire la campagne du RPG-AEC aux législatives et celle de son prochain candidat à la présidentielle de 2020; cette pratique illégale est l’une des causes principales de la dette extérieure colossale sous laquelle ploie la Guinée aujourd’hui, malgré la réduction vantée de notre encours par le PPTE en 2012 et dont la population n’a ressenti aucun impact positif sur sa vie ;

6) Un scrutin transparent, c’est-à-dire traçable EN TEMPS RÉEL par tous les partis en lice et par la communauté internationale à toutes les étapes du processus;

7) Une publication des résultats provisoires par la CENI qui soit le reflet EXACT de la vérité des urnes;

8) Une certification internationale des résultats définitifs qui seront prononcés par la Cour constitutionnelle;

9) La protection des vainqueurs des scrutins par des forces internationales tout le temps qu’il faudra pour installer et sécuriser les députés issus de l’opposition dans la nouvelle Assemblée nationale et surtout le prochain et nouveau président issu, pour une fois en Guinée, du vrai suffrage populaire.

Bien évidemment, et en vertu des articles 27 et 154 de la Constitution, il faudra bannir totalement et définitivement le référendum constitutionnel projeté.

Enfin, la présidence actuelle doit absolument prendre fin le 27 juin 2020, date légale du premier tour de la prochaine présidentielle. On est en démocratie, non en monarchie.

Aboubacar Camara

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