Thierno Abdoul Gadiri Diallo, président de l’OGDH

Face à l’assassinat d’une dizaine de jeunes à l’occasion du controversé scrutin législatif et référendaire de ce dimanche, 22 mars 2020, un journaliste de Guineematin.com a joint au téléphone le président de l’Organisation Guinéenne des Droits de l’Homme (OGDH). Abdoul Gadiry Diallo, dénonce et annonce la documentation de tous ces cas.

Selon le président de l’OGDH, ces violences meurtrières relèvent du refus d’ouvrir une discussion franche et un dialogue sincère entre le pouvoir, les acteurs politiques et l’ensemble des organisations de la société civile qui contestent le référendum. « A mon avis, dans tout Etat, il y a un certain nombre de facteurs qu’il faut prendre en compte. Ne pas avoir du mépris pour les opinions des autres parce que la liberté d’opinion est consacrée par la constitution et les instruments juridiques internationaux ratifiés par la Guinée. Ensuite, dans toute société, il y a des conflits. Même l’homme en personne est en conflit avec lui-même. Quand est-ce que les conflits deviennent belliqueux ? C’est lorsqu’ils ne parviennent pas à être réglés par des mécanismes pouvant créer les conditions de l’apaisement », explique-t-il.

Pour lui, aussi longtemps que les guinéens ne pourront pas trouver des mécanismes et de leviers pour régler leurs problèmes internes, les conflits seront toujours ouverts. « Aujourd’hui, voilà que par l’entêtement d’une catégorie de guinéens et la volonté manifeste du président de la République de violer les règles et les principes démocratiques, nous nous retrouvons au bas mot avec 9 morts dont l’âge est compris entre 12 et 35 ans et presque localisés tous dans les mêmes zones. On va nous avancer l’argument selon lequel ce sont les zones qui manifestent ; mais, un président de la République ne catégorise pas ses citoyens. Il les traite sur le même pied d’égalité et il essaie de trouver des solutions avec toutes les voix discordantes », soutient-il.

Abdoul Gadiry Diallo dénonce également la division des guinéens sur des bases ethniques pour faire passer la nouvelle constitution. « On a construit une société guinéenne qu’on n’avait pas connue par le passé. Une société fondée sur le communautarisme et aujourd’hui on tire sur cette ficelle pour faire passer une constitution qui est un recul pour la Guinée comparée à la constitution en vigueur. Malheureusement, cela les pousse jusqu’à pousser la Guinée elle-même vers l’isolement » a déploré le défenseur des droits de l’homme.

Face à cette situation devenue plus qu’inquiétante, Abdoul Gadiry Diallo annonce que son organisme ne se laissera pas faire. « Au niveau de l’OGDH, nous sommes en train de documenter tout parce que nous avons nos hommes sur le terrain. Nous allons documenter tous les cas de violations des droits de l’homme et de violation des principes que nous allons constater. A la fois, nous allons produire un rapport exhaustif sur ce que nous avons suivi ; mais aussi et surtout, essayer d’utiliser les mécanismes judiciaires qui existent pour exiger que l’Etat crée les conditions d’une poursuite contre les éventuels responsables de ces crimes. C’est des fondamentaux sur lequel on ne doit pas tergiverser. Ce qui est regrettable en Guinée, c’est la banalisation de la mort. Et cela est entré dans nos mœurs », conclu monsieur Diallo.

Alpha Assia Baldé pour Guineematin.com

Tél. : 622 68 00 41

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