Voulant s’accrocher au pouvoir en changeant la Constitution au prix de plusieurs morts et d’importants dégâts matériels, Alpha Condé est critiqué par la France qui le soutenait

Chaque fois qu’une élection est organisée en Afrique francophone, les yeux et les oreilles sont rivés vers Paris avant de crier victoire ou consommer la défaite. C’est vrai que cela concerne beaucoup plus les présidentielles que les autres consultations électorales. Qu’à cela ne tienne, la déclaration de Paris est toujours très attendue. C’est elle qui certifie en quelque sorte les résultats.

C’est pourquoi, la déclaration que la France vient de faire relativement au double scrutin du 22 mars est diversement appréciée. L’opposition et le FNDC applaudissent. Ils estiment que c’est le début de l’isolement du pouvoir. Ce dernier minimise. La rhétorique est bien connue : la Guinée est un pays indépendant et souverain. Ce n’est pas à Paris de dire qu’une élection s’est bien passée ou non en Guinée.

En dépit de ce semblant de sérénité, la déclaration sans ambages selon laquelle « La France condamne les actes de violence qui ont entrainé, durant cette journée, la mort de plusieurs Guinéens ». Ou encore « Le caractère non inclusif de ces élections et non consensuel du ficher électoral, ainsi que le rôle joué par des éléments des forces de sécurité et de défense excédant la simple sécurisation du processus, n’ont pas permis la tenue d’élections crédibles et dont le résultat puisse être consensuel », cette déclaration est un coup de poignard dans le cœur du palais.

La deuxième phrase en particulier sera très mal reçue et vécue à Sékoutouréya. La France ne s’encombre plus de formules diplomatiques habituelles. Pour la première fois, elle semble partager la même position que l’opposition. Jusqu’ici, Alpha Condé, aidé par un lobby d’amis français, avait réussi à présenter ses adversaires politiques, notamment les anciens Premiers ministres, comme des gens hostiles aux changements et réformes qu’il a entrepris.
Depuis qu’il a commencé à montrer extérioriser sa volonté de s’offrir une prolongation au palais, la donne a changé. Aussi bien les médias que les hommes politiques de l’Hexagone n’ont pas reconnu l’ancien opposant historique. Le peu d’état de grâce qui lui restait a volé en éclat ce week-end. Désormais, l’homme est logé dans la même enseigne que son prédécesseur qu’il avait vilipendé sous tous les toits.

Si, en tant que citoyen français, le chef de l’Etat guinéen n’a pas besoin d’obtenir un visa pour se rendre en France, s’il lui reste encore quelques soutiens, il faut noter cependant que c’est le début d’une véritable traversée du désert pour lui. A son avènement au pouvoir, son tout premier chantier fut celui du retour de la Guinée sur la scène internationale.

D’ailleurs, s’il a un bilan positif, c’est bien ce retour de la Guinée. Coup sur coup, il a assumé les fonctions de président en exercice de l’Union Africaine et de la CEDEAO. Sans compter les sommets planétaires auxquels il a participé au nom de toute l’Afrique. Avec le changement de la constitution et des élections comme celles qui viennent de se dérouler dans son pays, toutes les portes, jusqu’ici grandement ouvertes, risquent de lui être hermétiquement fermées.

La France a donné le ton. D’autres puissances étrangères vont lui emboîter le pas. Seules quelques rares puissances (probablement Pékin, Moscou et Ankara) vont s’accommoder avec le troisième mandat en perspective. Et c’est exactement là que l’autre promesse faite au tout début de son mandat va se concrétiser. A savoir qu’il va reprendre la Guinée là où Sékou Touré l’a laissée. Vive le retour des camarades chinois et russe pour que vive la révolution.

Habib Yembering Diallo pour Guineematin.com

Tél. : 664 27 27 47

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