Comme annoncé précédemment, le président de la République a décrété hier, jeudi 26 mars 2020, « l’Etat d’urgence sanitaire » en Guinée. Le président Alpha Condé a annoncé plusieurs mesures « contraignantes » qui visent à limiter la propagation de la maladie de COVID-19 dans le pays. Ces mesures vont de la fermeture des écoles à la limitation du nombre de passagers dans le transport urbain, en passant par la fermeture des lieux de cultes et des bars entre autres.

L’initiative est vivement saluée par certains citoyens de Conakry, même si la majorité d’entre eux trouve qu’elle est intervenue un peu tard et qu’elle bouleversera sans aucun doute le quotidien des guinéens, rapporte un journaliste de Guinematin.com qui a baladé son micro à travers les routes de la capitale guinéenne.

Depuis son apparition à Wuhan (en Chine), le nouveau coronavirus fait des ravages à travers le monde. Ce qui était au début une épidémie est devenu en un temps record une pandémie qui défie les scientifiques et oblige les Etats de tous les continents à se barricader, à se replier sur eux-mêmes.

En Guinée, le COVID-19 se propage lentement ; mais, de plus en plus de personnes testées positives à cette maladie y sont enregistrées. Et, face à la dangerosité du coronavirus, les autorités guinéennes ont annoncé une batterie de mesures pour préserver la santé leurs concitoyens. Le président de la République a d’ailleurs décrété l’Etat d’urgence sanitaire dans le pays. Les cérémonies religieuses et autres rassemblements en masse (même dans les mosquées et églises) sont interdits jusqu’à nouvel ordre. Et, malgré l’extrême pauvreté des guinéens, les mesures annoncées par le président Alpha Condé semblent avoir trouvé de l’écho au sein de la population.

Rencontré ce vendredi, 27 mars 2020, plusieurs habitants de Conakry ont salué la démarche de l’actuel locataire du palais Sékhoutouréyah. Certains estiment d’ailleurs que le chef de l’Etat guinéen a un peu trainé les pieds pour prendre cette décision.

Yamoussa Touré, responsable de bureau de presse au niveau de la Haute Autorité Communication

« Ce sont des mesures très salutaires. Vous n’êtes pas sans savoir que cette pandémie est quand même en train de faire des ravages à travers le monde. Je me dis même que se sont des mesures qui viennent un peu tardivement parce qu’hier je lisais les infos sur le Sénégal et la Côte D’Ivoire. Et, ces deux pays sont à 104 cas confirmés. Nous, ce matin, on nous disait que nous sommes à 8 cas confirmés. Donc, je me dis qu’il était opportun de prendre un peu tôt ces mesures. Mais, comme il n’est jamais tard pour bien fait, ce sont des mesures que nous devons saluer. C’est vrai que ça crée des controverses, surtout quand on parle des mosquées, des lieux cultes ; mais, on ne peut pas être plus royaliste que le roi. Au niveau de l’Arabie Saoudite, des mesures de ce genre ont été prises… Chacun doit accepter de se rallier à ces mesures. Parce que ce sont des mesures sanitaires. Ce n’est pas fait contre quelqu’un, c’est pour le bien. C’est vrai que c’est dur pour nous les musulmans. Mais, nous savons que quand on finit les prières, par exemple le jour de grande prière comme aujourd’hui le vendredi, il y a les salutations d’usage dans les mosquées. Donc je me dis ces lieux de cultes pourraient être des endroits où la pandémie pourrait prospérer », a confié Yamoussa Touré, le responsable de bureau de presse au niveau de la Haute Autorité Communication.

Pour Almamy Yayo Somparé, il est extrêmement difficile d’interdire les mobilisations et la cohabitation serrée des citoyens dans les marchés et les taxis. Cependant, il se réjoui de cette décision du chef de l’Etat. Car, argue-t-il, le coronavirus n’est pas à sous-estimer.

Almamy Yayo Somparé

« Nous savons qu’elle est la vitesse croisière du coronavirus. Donc, le président devait prendre cette décision depuis l’apparition du coronavirus en Guinée. Malheureusement, elle a un peu retardé. Mais, néanmoins, nous acceptons. Le coronavirus est une maladie très dangereuse et elle n’est pas du tout à sous-estimer. Chaque citoyen doit être prudent, les mesures données doivent être strictement respectées. Même si en Afrique c’est un peu difficile. La cohabitation en Afrique n’est pas facile à interdire. Parce que si dans les taxis on exige trois personnes, et dans les autres activités de la population au marchés par exemple ? Est-ce qu’on peut l’interdire ? Mais, néanmoins, l’appel que je lancerai à la population c’est de chercher à comprendre, que tout cela est dans leur intérêt. Nous souhaitons, nous prions Dieu qu’il fasse que cette maladie s’éloigne de nous. Parce que nous n’avons aucune disposition, nous n’avons aucune possibilité pour prendre des décisions pour pouvoir l’éviter. Seul Dieu peut nous sauver », a indiqué Almamy Yayo Somparé.

Massa Guoïpogui

De son côté, Massa Guoïpogui approuve ces mesures contraignantes ; mais, il sollicite tout de même que les prix des denrées de première nécessité et celui du carburant soient revus à la baisse en période de vache maigre.

« Par rapport au décret présidentiel qui a été passé hier, c’est des bonne mesures, mais ils n’ont cas voir la situation des populations et diminuer les prix des denrées alimentaires et diminuer le prix du carburant aussi. C’est tout ce que je demande » dit Guoïpogui Massa.

Nafi Diallo

Pour sa part Nafi Diallo, économiste, exhorte les guinéens à s’adapter à la nouvelle donne. « Je suis entièrement d’accord avec ces mesures, parce que ça concerne toute la population. Si on est infecté, ce sont des problèmes. Donc, il faut s’adopter, se laver les mains régulièrement, éviter les salutations, les attroupements », a-t-elle conseillé.

Quant à Ibrahima Doumbouya, commerçant, seule la fermeture des lieux de cultes est mauvaise dans cette mosaïque de mesures annoncés par le numéro un guinéen.

Ibrahima Doumbouya

« A mon avis, le décret du président a été bien fait. Mais, aujourd’hui, la Guinée n’a pas atteint d’abord ce niveau de propagation. Parce que si on prend la situation des autres pays, il y a des milliers et milliers de cas en Europe. Il y a même des pays asiatiques où le coronavirus existe ; mais, il y a toujours eu du travail, il y a toujours eu des mosquées et des églises qui fonctionnent. Mais, et la Guinée ? Avec ça on doit fermer aussi Madina marché, on doit fermer les boutiques… Et, si on ferme tout, comment est-ce que les guinéens pourront se nourrirent ? Le Guinéen cherche matin et soir de quoi manger pour nourrir sa famille. Il faut que le président voit aussi de ce côté-là. La fermeture des mosquées, veut dire qu’on doit s’éloigner à deux mètres même dans les familles, normalement. Il doit renoncer à cette fermeture des mosquées, pour que les citoyens continuent de prier dans les mosquées et dans les églises », a indiqué Ibrahima Doumbouya.

Fatoumata Diouldé Diallo pour Guineematin.com

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