Comme annoncé précédemment, la Guinée est de plus en plus éprouvée par la pandémie de coronavirus qui secoue actuellement l’humanité. A date (ce samedi 28 mars 2020), le pays compte neuf (9) cas confirmés (dont un sorti guéri) et plus de 1100 personnes contacts en situation d’observation médicale. Et, pour limiter la propagation de cette maladie, les autorités guinéennes ont entrepris des mesures « contraignantes » de prévention sanitaire. Et, parmi ces mesures, figure en bonne place la limitation du nombre de passagers à bord des véhicules de transport en commun à Conakry.

Cette mesure a été tacitement élargie sur le transport interurbain où elle a été accueillie avec beaucoup de peine par les chauffeurs. Ces derniers se victimisent et menacent d’ailleurs de garer leurs véhicules si le prix du carburant ne baisse à la pompe, rapporte un journaliste de Guineematin.com qui est allé ce samedi, 28 mars 2020, à la rencontre de ces conducteurs qui font quotidiennement la navette entre les différentes préfectures de la Guinée.

A la gare routière de Matam, des kits de lavage des mains sont visibles à maints endroits. Les passagers, tout comme les chauffeurs, se lavent les mains avant de monter dans un véhicule. Actualité oblige. La dangereuse maladie du COVID-19 sévi à Conakry, une zone qui concentre l’essentiel des cas confirmés enregistrés encore en Guinée.

Elhadj Ousmane Horoyah Sylla, SG de la fédération syndicale nationale de transport et de mécanique générale

« Pour la lutte contre le Coronavirus, nous avons pris des mesures sanitaires à plusieurs niveaux du secteur de transport terrestre. Devant notre bureau ici, par exemple, où on a installé un kit de lavage, personne ne passe par là-bas sans laver ses mains. Dans les gares routières, partout on a installé des kits de lavage de mains. Nous avons dit à tous les chauffeurs de contraindre les passagers à se laver les mains avant de monter dans leurs véhicules. Mais, les moyens manquent encore. Nous demandons au gouvernement et aux bonnes volontés de nous aider à avoir tous le matériel sanitaire nécessaire. Parce que les gens peuvent envoyer la maladie à travers les frontières, d’une ville à une autre », a expliqué Elhadj Ousmane Horoyah Sylla, le secrétaire général de la fédération syndicale nationale de transport et de mécanique générale.

S’agissant de la diminution du nombre de passagers dans les véhicules, ce responsable syndical dénonce à mots voilés une décision unilatérale des autorités.

« L’avis des techniciens n’a pas été recueilli avant la prise de ce décret. Mais, maintenant qu’elle est prise, on l’applique. Seulement, avec cette mesure, les chauffeurs ne peuvent s’en sortir. Car, le prix du transport n’a pas augmenté, le prix du carburant n’a pas baissé », a confié Elhadj Ousmane Horoyah Sylla.

Apparemment, c’est pour faire respecter « les gestes barrières » que les autorités ont la pris la décision de réduire le nombre de passagers dans les véhicules de transport. Et, dans sa récente adresse à la nation, le chef de l’Etat guinéen n’a mentionné que le cas « des transports en commun » dans la ville de Conakry. Mais, avec la situation actuelle de la Guinée, cette mesure contraignante a été tacitement élargie aux transports interurbains. Ceci, sans aucune mesure d’accompagnement des professionnels du secteur. Ce qui n’est pas sans conséquences sur le revenu des chauffeurs.

Boubacar Houdy Diallo, chauffeur Conakry-Kissidougou

« On nous a dit de diminuer le nombre de personnes à prendre. Moi, je prenais 9 personnes dans mon véhicule ; mais, maintenant, je prends 7 personnes. On ne s’en sort pas. Nous qui allons par exemple à Kisdidougou, nos véhicules consomment 70 litres de carburant. Si tu enlèves le prix de ces 70 litres du transport de 7 personnes, tu trouveras que plus rien ne reste. Mais, comme nous n’avons pas le choix, on est obligé de l’accepter cette décision. Seulement, on va garer nos véhicules si on ne fait rien pour baisser le prix du carburant ou bien augmenter le prix du transport », a indiqué maître Boubacar Houdy Diallo, un chauffeur de taxi qui roule entre Conakry et Kissidougou.

A entendre les plaintes, on comprend facilement que les chauffeurs traversent une période de vache maigre. En plus des épreuves qui leur sont infligées par les routes défoncées du pays, ces professionnels du volant observent impuissamment l’amaigrissement de leurs poches. Maitre Alpha Oumar Diallo fait la navette entre Conakry-Dinguiraye. Et, face à cette mesure qui appauvri les chauffeurs, il préfère garer son véhicule.

Alpha Oumar Diallo, chauffeur Conakry-Dinguiraye

« On nous a demandé de diminuer le nombre de passagers. Je suis chauffeur de taxi entre Conakry et Dinguiraye. Maintenant, au lieu de neuf (9) passagers, on ne prend que six (6). Comment on va s’en sortir ? C’est difficile. On a fait tous les calculs ; mais, moi, j’ai trouvé que ce n’est pas bon pour moi. Maintenant, je cherche le prix du carburant et je rentre à Dinguiraye. Je reste là-bas jusqu’à ce qu’une solution soit trouvée à ce problème-là. Puisque c’est un problème de maladie, au moins on va rester chez nous », dit-il avec beaucoup peine.

A l’image de maître Alpha Oumar Diallo, ils sont nombreux les chauffeurs qui promettent d’immobiliser leurs véhicules dans les prochains jours. Barrè Dopavogui voyage entre Conakry et Macenta. Il conduit un minibus qui prend d’habitude 18 personnes. Mais, avec la nouvelle mesure imposée aux chauffeurs, il ne transporte que 9 à 10 passagers par voyage. C’est éprouvant pour ses économies. Et, il n’est pas prêt à caution davantage cette descente aux enfers. Il promet de garer son véhicule si le gouvernement ne revoit pas à la baisse le prix du carburant, dans les jours à venir.

Barrè Dopavogui, chauffeur Conakry-Macenta

« De Conakry à N’Zérékoré, on consomme entre 200 et 220 litres de carburant. Ces 200 ou 220 litres de carburant coûtent au moins 2 millions de francs guinéens. Maintenant, tu quittes ici (Conakry), tu arrives à KK, on te fait payer 100 mille pour enlever le barrage. Puis, tu prends un reçu de 50 mille à la gendarmerie. En cas de panne, tu prends sur cet argent. Vous pensez qu’avec ces 9 ou 10 personnes on peut s’en sortir ? Nous, on prend les gens à 250 mille francs. Les 10 personnes vont payer quoi ? On peut voyager comme ça ? Ils n’ont pas baissé le prix du carburant ou bien ils augmentent le prix du transport. Donc, moi, je cherche le prix du carburant, je rentre à N’Zérékoré et j’arrête pour le moment le transport », Barrè Dopavogui.

Mamadou Bhoye Laafa Sow pour Guineematin.com

Tel: 666 91 92 25

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