C’est désormais officiel. La Guinée et la France ne filent plus le même coton. La première n’ayant pas apprécié la réaction de la seconde suite au double scrutin du 22 mars dernier. L’ancien opposant, exilé en France pendant près de quatre décennies, n’est plus en odeur de sainteté avec ses anciens protecteurs. En cause, sa volonté de s’accrocher au pouvoir.

Jusqu’ici la France avait plutôt ménagé Alpha Condé. Et ce malgré le nombre élevé de victimes consécutives aux manifestations politiques depuis son arrivée au pouvoir. Parce que le chef de l’Etat guinéen, fortement appuyé par ses amis de l’Hexagone, avait réussi à présenter ses opposants comme des gens hostiles au changement qu’il a entrepris.

Le projet de nouvelle constitution et les élections législatives boycottées par l’opposition, auxquels il faut ajouter le retrait de l’essentiel des partenaires multilatéraux au processus électoral ont porté un coup dur au régime. Lequel se tourne désormais vers la Russie et la Turquie. Deux pays pour lesquels la démocratie est le cadet des soucis.

Alors que la France a remis en cause la transparence et la crédibilité du double scrutin du 22 mars, la Russie, elle, a un tout autre son de cloche. Pour Vladmir Poutine, non seulement ces élections sont crédibles mais aussi il met en garde contre toute ingérence dans les affaires intérieures de la Guinée. Une prise de position vivement saluée par les partisans du pouvoir. Lesquels rappellent à la France que la Guinée est un pays souverain.

Au regard de cette prise de position diamétralement opposée, la Guinée pourrait-elle devenir un des foyers de la nouvelle guerre froide ? La question mérite bien d’être posée. Et pour cause, l’ambassadeur de la Russie en Guinée avait déjà il y a près de 2 ans, pris fait et cause pour le président Condé. Le diplomate avait tiré à boulet rouge sur l’opposition et ses manifestations. Suscitant une véritable levée de boucliers chez la principale formation de cette opposition. Ce qui avait suscité à l’époque de vives réactions.

Le nouveau soutien russe au gouvernement guinéen est toutefois un caillou dans la chaussure du gouvernement. Dans un contexte d’une nouvelle guerre froide entre l’Est (ou ce qui en reste) et l’Ouest, on n’a pas besoin d’être un expert pour savoir que si la Russie choisit son camp l’Occident choisira un autre. C’est peut-être même à cause du choix des Occidentaux que la Russie a fait le sien. Ou vice versa.

Les occidentaux ont mis en garde le gouvernement guinéen contre toute velléité de tripatouillage de la constitutionnelle. Ce qui n’a pas fait plaisir à Conakry. Même si, contrairement à ce qu’avait fait l’opposition après la déclaration de l’ambassadeur russe, le gouvernement, lui, avait évité jusqu’ici de crier à l’ingérence dans ses affaires intérieures. Ce qui n’est plus le cas aujourd’hui.

On pourrait assister désormais à un affrontement par communiqués interposés entre d’une part les pays occidentaux, notamment la France, les Etats-Unis et l’Allemagne et d’autre part le trio Russie, Chine et Turquie. Le président guinéen compterait beaucoup sur ces trois pays pour l’aider à faire face à la pression des Occidentaux et à la menace de l’opposition.

Le président fondant son espoir sur le soutien russe à Bassar El Assad de la Syrie qui doit sa survie à la fois politique – et même physique – au seul soutien russe. Mais cela pourrait être une erreur. Car même si la Guinée est bien pourvue par la nature, même si elle a bénéficié du soutien et de la protection du camarade russe pendant les premières années de notre indépendance, le pays de de Lénine, de Brejnev et de Poutine n’ira pas aussi loin dans le fameux pré-carré français.

Habib Yembering Diallo pour Guineematin.com

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