Pour lutter contre la propagation du Covid-19, d’autres mesures restrictives ont été prises dans la nuit du lundi par le président Alpha Condé. En plus de l’instauration du couvre-feu nocturne, la ville de Conakry est désormais isolée de l’intérieur avec interdiction de sortir pour une période de 14 jours. Cette mesure passe mal chez les femmes qui revendent des produits vivriers « importés » de l’intérieur du pays.

Interrogées par un reporter de Guineematin.com ce mardi, 31 mars 2020, ces femmes ont exprimé leur désarroi face à cette mesure qui aura un impact négatif sur leurs activités.

La décision d’isoler Conakry pour freiner l’inexorable propagation du coronavirus, avec 22 cas positifs, est saluée par de nombreux compatriotes. Mais, elle aura un coût énorme sur certaines couches socioprofessionnelles qui font la navette entre Conakry et certaines villes de la Basse Côte à la recherche de produits vivriers. C’est le cas des vendeuses du marché de Matoto qui se disent prises au dépourvu par cette mesure. Elles estiment que cette décision va faire souffrir les citoyens de Conakry et engendrer la famine et la hausse des prix de certains produits de consommation.

Madame Aminata Camara

Mme Aminata Camara, vendeuse de légumes : « aujourd’hui, nous étions en route pour Kindia. Mais, nous n’avons pas eu de passage alors que nous, si nous n’importons pas les produits vivriers à Conakry, nous ne pouvons pas nourrir nos familles. Si on nous impose cette mesure, nous ne savons plus quoi faire parce que moi je suis vendeuse d’aubergine, de tomates, de piments, de gombos que je pars chercher à Kindia pour venir revendre à Conakry. Et c’est dans ça que je soutiens ma famille. Si on nous l’interdit, comment allons-nous vivre ? Cette mesure n’est pas bonne pour nous. Donc, qu’ils nous laissent circuler parce que si nous ne sortons pas, nous ne pouvons pas vivre ».

Madame Mahmady Camara

Mme Mahmady Camara, vendeuse de légumes : « j’importe les produits vivriers au marché de Matoto. Si ces produits ne quittent pas Kindia et à l’intérieur du pays, nous ne pouvons pas vivre, à moins que nos enfants meurent de faim. C’est l’intérieur qui fait vivre Conakry, s’ils disent aujourd’hui qu’ils vont isoler la capitale guinéenne, c’est les citoyens qui vont souffrir. Aujourd’hui, ils ont commencé à empêcher nos chauffeurs de rentrer à Conakry avec nos marchandises. Ils disent qu’ils font tout cela pour stopper la propagation du coronavirus. Mais je vais leur dire, s’ils ne nous laissent pas faire rentrer nos marchandises, que ça soit un ministre, un policier ou qui que soit, nous n’allons pas vivre à Conakry ici car c’est l’intérieur du pays qui nous nourrit. Je leur demande de nous laisser circuler. Si on ne circule pas, c’est Conakry qui est foutu, ce n’est pas seulement coronavirus qui va nous tuer. C’est plutôt la souffrance et la famine qui vont nous tuer tous ».

Madame Aminata Soumah

Mme Aminata Soumah, vendeuse de gombos : « je suis vendeuse de légumes. Mais aujourd’hui, si je vous dis que je ne suis pas inquiète face à situation, c’est que j’ai menti parce que c’est de ce commerce que nous vivons. Ils ont pris cette maladie pour en faire une affaire d’Etat. Tu entends seulement, les personnes n’entrent ni ne sortent de Conakry, tout est fermé. La manière dont ils sont en train de mettre des mesures sanitaires comme le font les occidentaux, nous n’avons pas les mêmes citoyens qu’eux. Eux, ils peuvent rester à domicile et s’approvisionner de leur nourriture ou qu’on les ravitaille domicile, maison par maison. Ici, c’est le contraire car si on ne sort pas, on ne peut pas avoir de quoi manger. Si tu entends dire que tu vas te protéger, c’est parce que tu as tous les moyens. Par exemple comme moi qui suis assise là dans ce marché de Matoto, je n’ai rien. Est-ce-que je peux me protéger ? Non! Parce que là où je suis, c’est bondé du monde. Donc, je ne peux rien dire si ce n’est pas prier Dieu pour qu’il fasse disparaître cette maladie du monde entier ».

Madame Fatoumata Camara

Madame Fatoumata Camara, venue acheter des produits au marché, a la même impression : « l’isolement de Conakry pourra affecter les marchés, surtout que les produits vivriers viennent de l’intérieur ».

Madame Fatoumata Soumah

Fatoumata Soumah, femme au ménage, apprécie les mesures sanitaires prises par le gouvernement ; mais, elle sollicite qu’on laisse entrer les denrées alimentaires. « Je suis venue aujourd’hui au marché pour acheter des condiments et faire des provisions, suite au décret du président de la République qui demande l’isolement de Conakry. Je crois que c’est une bonne chose. Confiner Conakry est une meilleure solution pour éviter la propagation de la pandémie. Seulement, je dirai au gouvernement de laisser les denrées entrer, parce que c’est les villages qui approvisionnent Conakry. Donc, si on dit que les denrées n’entrent pas et que Conakry soit complètement isolée sans denrées, nous allons mourir de faim ».

Fatoumata Diouldé Diallo pour Guineematin.com

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