Lorsqu’il y a pénurie d’un produit (taxi, maison comme c’est le cas en Guinée), toute chose étant égale par ailleurs, son prix a tendance à monter. En des telles circonstances les consommateurs sont mécontents et font pression auprès des hommes politiques pour imposer un prix plafond. Au contraire, lorsqu’il y a abondance d’un produit (par exemple, la récolte du riz a été bonne ou les éleveurs du bétail en ont trop élevé), les prix ont tendance à baisser. En pareil cas, les producteurs et les employés voient leurs revenus baisser constamment et cherchent à faire pression auprès des hommes politiques pour que ceux-ci imposent des prix planchers.

Beaucoup de nos compatriotes estiment de nos jours en raison de l’apparition du Covid-19, l’Etat guinéen comme l’Assemblée nationale ne s’impliquent pas totalement dans la fixation ou la réglementation du prix du logement ou encore celle des denrées alimentaires en Guinée. Pour ma part, je suis entièrement d’accord avec eux ; mais, d’un point de vue économique, des telles tentatives d’entraves au fonctionnement du système de prix ou de la loi de l’offre et de la demande impliquent toujours des résultats contraires aux effets recherchés.

L’objectif de ce travail est de répondre à notre entendement aux préoccupations de l’opinion publique sur les conséquences véritables de cette décision impopulaire si jamais elle venait à voir jour. Pour faciliter la compréhension de nos lecteurs, voyons tout d’abord les raisons qui poussent les pouvoirs publics à prendre une telle décision.

Tout d’abord, c’est parce qu’ils ne comprennent pas totalement les causes de la flambée des prix. Or cette hausse trouverait son explication soit dans la rareté des marchandises, soit une inflation causée par l’émission de la monnaie sans que cela ne corresponde à l’évolution des fondamentaux.

Généralement, lorsque l’Etat choisit de fixer le prix maximum pour quelques denrées alimentaires, il choisit à l’ordinaire des produits de base, affirmant qu’il y a un intérêt capital à ce que les classes pauvres puissent les acquérir à un « prix raisonnable ». Supposons que les denrées choisies à cet effet soient le riz, le sucre, le pain, le lait, la viande…

Toute tentative qui consiste à maintenir le prix d’une denrée quelconque au-dessous de son prix de marché sans pour autant préciser la durée de la mesure à une très courte période en attendant de revenir à l’équilibre aura deux conséquences principales. La première est d’en accroître la demande. Si en effet cette denrée baisse de prix, on aura à la fois plus de tentation et plus de moyens d’en acheter davantage. La seconde est qu’alors ladite denrée deviendra plus rare. Puisqu’on en achètera davantage, on le verra disparaître des rayons des boutiques. Et de plus, la production de cette denrée sera découragée. La marge des profits en sera réduite ou même supprimée. Les producteurs marginaux sont conduits à la faillite. Même les plus habiles d’entre eux pourront se voir amenés à vendre leurs marchandises à perte.

A titre d’illustration, lorsque l’Etat contrôle les loyers pour protéger les locataires, le logement se raréfie par ce qu’il n’est plus rentable de construire ou d’entretenir les immeubles et les maisons d’habitation. De même, Quand on établit un prix plancher pour les produits agricoles, les excédents s’accumulent dans les entrepôts. L’histoire fournit nombre d’exemples spectaculaires de ces effets pervers. Mais cela est exactement le contraire de ce à quoi les gens du contrôle économique prétendaient arriver.

Le Gouvernement peut tenter de parer à ces difficultés par l’octroi de subventions aux producteurs des denrées alimentaires visées par le contrôle des prix. Par ailleurs, bien que l’allocation soit payée aux producteurs, ce sont les consommateurs qui en réalité sont bénéficiaires car ils achètent leur produit à un prix bien inférieur à celui du marché normal.

Quant à savoir, en fin de compte, qui supportera la charge de ces décisions, cela dépendra de l’incidence des impôts même si tout le monde sait que c’est le contribuable qui paiera toujours la facture. C’est pourquoi nous nous sommes toujours posé la question de savoir pourquoi taxer un produit qu’on subventionne (cas du carburant) ? En tout cas, il faut nécessairement que quelqu’un les paye, car on n’a encore découvert une méthode qui permettrait à une collectivité de recevoir quelque chose à titre gratuit.

A la lecture de ce qui précède, l’on se rend compte que cette politique de manipulation des prix égalise à peine la perte avec le gain ; mais, dans l’ensemble, la perte l’emporte de beaucoup sur le gain, parce que le contrôle des prix décourage et désorganise la main-d’œuvre comme la production.

Mamadou Safayiou DIALLO, analyste Economique

Mamadou Safayiou DIALLO, Analyste Économique

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